Arctique, le mystère des peuples disparus

Les Dorsets ont-ils été  poussés à l’extinction par l’avancée des ancêtres des Inuits ?
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Les Dorsets ont-ils été poussés à l’extinction par l’avancée des ancêtres des Inuits ?

Il y a 700 ans, une culture entière semble être disparue de l’Arctique : les Dorsets, le dernier des peuples anciens de la région.

Avant les habitants actuels de l’Arctique, dont les Inuits et les Cris, il y avait eu depuis environ 5000 ans d’autres cultures, regroupées sous le terme général de « paléo-esquimaux ». On connaît un peu les Dorsets à travers leurs artefacts découverts dans le Grand Nord canadien et le Groënland. Ont-ils été progressivement poussés à l’extinction par l’avancée des ancêtres des Inuits, ou se sont-ils assimilés à eux ?

Une analyse génétique de 169 échantillons de cheveux et de dents (récoltés au Groënland, au Canada et en Sibérie) publiée en août dans la revue Science par une équipe internationale fait pencher la balance vers une extinction, et pas progressive du tout. Le portrait qui se dégage est plutôt celui d’une population qui a migré de la Sibérie vers l’Amérique en une seule fois, qui aurait vécu en isolement pendant 4000 ans, avant de disparaître en un laps de temps aussi court qu’un siècle. Ils n’auraient pas de descendants parmi les peuples actuels de l’Arctique.

« Si ça se confirme, ça serait une surprise », explique au New York Times le biologiste de l’évolution, Eske Willerslev, de l’Université de Copenhague, au Danemark. « Parce que chaque fois que des peuples se rencontrent, nous découvrons des preuves d’échanges sexuels entre eux. » Les découvertes génétiques des dernières années autour des Néandertaliens en sont l’exemple le plus connu.

Que leur est-il donc arrivé ? À défaut d’une machine à voyager dans le temps, on peut se tourner vers la génétique : si les ancêtres des paléo-esquimaux sont bel et bien arrivés en Amérique il y a environ 5000 ans, par une seule migration, cela suggère une plus faible variété génétique. Or, la biologie dit qu’une faible variété génétique signifie plus de vulnérabilité à une épidémie par exemple, ou à un changement brusque dans le climat.

Mais ce sont des hypothèses. Les chercheurs espèrent mettre la main sur des squelettes plus anciens, autant en Amérique qu’en Sibérie, qui permettront d’avoir une idée plus juste de l’évolution de ces génomes à travers les millénaires. En attendant, la recherche dans Science nourrit l’imaginaire : même le fait d’avoir survécu près de 5000 ans dans les conditions les plus hostiles de la planète ne garantit pas votre survie à long terme.

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