Chimie: le Nobel des théoriciens

Martin Karplus, l'un des trois chercheurs lauréats du Nobel de chimie, décrit le comportement d'une molécule lors d'une discussion tenue mercredi après-midi avec des journalistes à l'Université Harvard, au Massachussetts.
Photo: Josh Reynolds AP Martin Karplus, l'un des trois chercheurs lauréats du Nobel de chimie, décrit le comportement d'une molécule lors d'une discussion tenue mercredi après-midi avec des journalistes à l'Université Harvard, au Massachussetts.

Les chercheurs qui ont «permis d'amener l'expérimentation chimique dans le cyberespace» se sont mérités cette année le Prix Nobel de chimie, en concevant les molécules sur un écran d'ordinateur.

Martin Karplus, de l'Université de Strasbourg et de l'Université Harvard, Michael Levitt, de l'Université Standford et Arieh Warshel, de l'Université de Californie du Sud ont arraché la prestigieuse nomination dans le domaine de la chimie pour avoir présidé au «développement de modèles à plusieurs échelles pour des systèmes chimiques complexes».

Comme pour le Nobel de physique, les théoriciens semblent avoir pris le pas cette année sur les scientifiques qui excellent dans l'expérimentation. À l'instar du prix de physique décerné à ceux qui ont pensé le boson de Higgs plutôt qu’à ceux qui l’ont découvert, le même phénomène se reproduit dans le domaine de la chimie avec ceux qui, dans les années 1970, ont pensé les molécules sur un écran d’ordinateur.

«En gros, ce que nous avons développé, c’était une méthode qui nécessite un ordinateur pour prendre la structure de la protéine et pour éventuellement comprendre comment exactement elle fait ce qu’elle fait. Si vous avez une enzyme qui digère la nourriture..., vous voulez comprendre comment ça se passe, et vous pouvez vous en servir pour fabriquer des médicaments ou, dans mon cas, pour satisfaire votre curiosité», a expliqué l'un des gagnants, Arieh Warshe, lors de l'annonce faite à Stockholm.

Son collègue Michael Levitt a rajouté que «les ordinateurs étaient faits pour la biologie. La biologie n’aurait jamais avancé comme elle l’a fait sans une augmentation radicale de la puissance informatique.»

Pendant longtemps , les chimiste ont eu recours à des balles de plastique et des bâtons pour simuler les arrangements entre atomes. Aujourd’hui, ces simulations se font devant l'ordinateur, ce qui offre beaucoup plus de latitude aux chercheurs. Comme le rappelle le Comité Nobel : «Les réactions chimiques se produisent à la vitesse de la lumière. Dans une fraction de seconde, les électrons sautent d’un noyau d’atome à un autre. La chimie classique avait du mal à suivre; il est virtuellement impossible de cartographier chaque petit pas d’un processus chimique. Avec l’aide des méthodes maintenant récompensées par le Nobel de chimie, les scientifiques laissent l’ordinateur dévoiler les processus chimiques... »

Sur les huit personnes à avoir remporté un Nobel de science cette année, six travaillent dans une université américaine. Les deux exceptions sont les Nobels de physique, Peter Higgs du Royaume-Uni, et François Englert, de Belgique.

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