Le climat à la fois fossoyeur et à l'origine de l'ours blanc

Une ourse blanche et ses deux rejetons sur les rives de la mer de Beaufort, en Alsaka. La fonte des glaces oblige les ours à nager de plus en plus loin pour chasser et s’alimenter.
Photo: Agence Reuters Une ourse blanche et ses deux rejetons sur les rives de la mer de Beaufort, en Alsaka. La fonte des glaces oblige les ours à nager de plus en plus loin pour chasser et s’alimenter.
Les ours blancs, tels que nous les connaissons maintenant, descendraient d'une lignée... d'ours bruns irlandais ayant vécu il y a entre 10 000 et 38 000 ans. C'est en comparant l'ADN de spécimens d'ours bruns trouvés dans des grottes d'Irlande, une espèce aujourd'hui disparue, avec celui d'ours blancs modernes que des chercheurs britanniques sont arrivés à cette conclusion étonnante.

Les ours bruns et les ours blancs formeraient deux espèces distinctes depuis plus de 100 000 ans. Bien qu'ils soient très différents aux niveaux morphologique et comportemental, des individus de chacune de ces deux espèces ont pu s'accoupler, lorsqu'au gré des changements du climat leurs chemins se sont croisés, produisant une descendance forte qui aurait perduré jusqu'à aujourd'hui.

Cette découverte, en plus d'identifier les origines génétiques de l'ours blanc, établirait que le croisement n'est pas nécessairement dommageable pour l'une ou l'autre espèce concernée. Et pourrait redéfinir par le fait même... la notion d'espèce.

De très longues distances

Un record de distance à la nage vient d'être établi: une ourse blanche a parcouru, pendant neuf jours consécutifs, une distance de 687 km à la nage! Si la mère s'en est tirée avec une perte de 22 % de son poids corporel, son petit a été moins chanceux. Il est mort en cours de route...

C'est en étudiant les mouvements de 68 ourses blanches, à l'aide de GPS, entre les années 2004 et 2009, que des chercheurs ont pu «homologuer» cette performance. De ce nombre, une vingtaine auraient nagé sur des distances supérieures à 50 km. Parmi celles-ci, 11 étaient accompagnées de leurs petits au départ de la traversée. Et seulement cinq auraient réussi à atteindre la terre ferme avec leurs rejetons.

Depuis 2005, la couche de glace de la mer Beaufort s'amenuise en raison du réchauffement climatique. Les ours blancs sont, par conséquent, obligés de parcourir de plus longues distances à la nage pour chasser et s'alimenter. «Ce type de conditions, qui contribue à la nage sur de longues distances, persistera probablement, et si la mortalité des oursons y est directement reliée, ça devrait avoir un impact négatif sur la population», conclut George Durne, coauteur de l'étude.

Code jaune

L'ours blanc fera peut-être prochainement son entrée, en tant qu'espèce préoccupante, sur la liste des animaux en péril du Canada. Et si c'est le cas, il pourra dorénavant être protégé par la Loi canadienne sur les espèces en péril.

Vous pensiez qu'il en faisait déjà partie? C'est que l'ours blanc détient déjà un statut d'espèce en danger à l'échelle internationale (proclamé entre autres par les États-Unis en 2008). Mais qu'à cela ne tienne, si la nouvelle proposition est acceptée, l'ours blanc pourrait avoir droit à son «plan de gestion pour l'empêcher de devenir en voie de disparition ou menacée».

Des consultations publiques avaient déjà été menées en 2008 et en 2010 quant à son inscription sur la liste des espèces en péril. La majorité des communautés sondées dans le nord du Canada refusaient que l'ours blanc en fasse partie. «Tandis que les habitants sont nombreux à affirmer que le changement climatique perturbe l'espèce, lit-on sur la page du décret annonçant la nouvelle, ils ont aussi remarqué que les populations d'animaux sauvages fluctuent et se déplacent normalement et que les ours blancs ont une très bonne capacité d'adaptation.» Les voix dissidentes ont encore quelques jours pour se faire entendre...

La population canadienne d'ours blancs est estimée, selon le gouvernement fédéral, à 15 000 individus, comptant pour 60 % de la population mondiale.

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