Pas de cas de variole simienne chez un enfant québécois, finalement

D’après la Direction régionale de santé publique de Montréal, 516 personnes ont reçu le vaccin contre la variole du singe entre le 30 mai et le 5 juin 2022.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir D’après la Direction régionale de santé publique de Montréal, 516 personnes ont reçu le vaccin contre la variole du singe entre le 30 mai et le 5 juin 2022.

La variole simienne continue de se propager au Québec, mais aucun enfant ne l’a contractée, contrairement à ce qu’a annoncé la Santé publique il y a une dizaine de jours. « On s’est rendu compte qu’il y avait eu une erreur au niveau du Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg, explique la Dre Caroline Quach-Thanh, présidente du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ). Il n’y a pas de cas pédiatrique. »

La Dre Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, était aux côtés du directeur national de santé publique du Québec par intérim, le Dr Luc Boileau, lorsqu’il a fait part aux médias d’une infection chez un enfant, lors de son point de presse du 26 mai.

Joint par Le Devoir, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) confirme « que le cas mineur présumé annoncé lors de la dernière conférence de presse sur le sujet est maintenant infirmé ». Selon la Dre Quach-Thanh, l’enfant souffrait finalement de la varicelle.

Les cas de variole simienne augmentent au Québec. Selon le dernier bilan disponible, la province en compte 71, dont 67 à Montréal et quelques-uns en Montérégie. Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes demeurent les plus touchés.

Rappelons que la variole simienne n’est pas une infection transmissible sexuellement. Elle se transmet entre humains lors de contacts étroits et prolongés avec des lésions cutanées, des muqueuses ou des sécrétions respiratoires d’une personne infectée.

La maladie, qui se manifeste notamment par des lésions, des maux de tête, de la fièvre et une grande fatigue, se résout d’elle-même en deux à quatre semaines dans la majorité des cas, selon la Direction régionale de santé publique de Montréal.

71
C’est le nombre de cas de variole simienne détectés au Québec, dont 67 cas à Montréal, selon le dernier bilan disponible.

La Dre Cécile Tremblay, microbiologiste au CHUM, estime que le Québec a détecté « très précocement » les infections. « À partir du moment où il y a l’introduction d’un ou deux cas dans une population donnée, tous les contacts proches de ces gens-là risquent d’être affectés, dit-elle. Ça fait des chaînes de transmission, ce qui explique pourquoi le nombre grandit. » Elle ne craint pas une propagation à plus large échelle. « Il n’y a pas de transmission asymptomatique », indique-t-elle.

La variole simienne n’est pas aussi contagieuse que la COVID-19. Son taux de reproduction (R0) se situe entre 0,6 et 1, contre 10 à 12 pour le variant BA.2, d’après la Dre Quach-Thanh. La présidente du CIQ s’attend néanmoins à une augmentation des cas. « On n’a pas nécessairement fini de circonscrire la transmission. »

5000 doses de vaccin

 

La vaccination contre la variole simienne a débuté il y a environ une semaine à Montréal. Le vaccin doit être administré idéalement dans les quatre jours suivant la dernière exposition à un contact infecté.

D’après la Direction régionale de santé publique de Montréal, 516 personnes ont reçu le vaccin entre le 30 mai et le 5 juin 2022. Mais « toutes ces personnes ne résident pas nécessairement à Montréal », précise son porte-parole, Jean-Nicolas Aubé.

Ottawa approvisionne le Québec en vaccins. « Une première commande de 1000 doses de vaccin contre la variole au gouvernement fédéral a été autorisée par le DNSP [directeur national de santé publique par intérim], ainsi qu’une deuxième commande de 4000 doses supplémentaires pour un total de 5000 doses au Québec », rapporte le porte-parole du MSSS Robert Maranda.

Dès mardi, la clinique médicale L’Actuel, à Montréal, recevra des doses de vaccin, affirme son président-directeur général et fondateur, le Dr Réjean Thomas. Un infirmier procédera au dépistage et à la vaccination. Le vaccin sera aussi disponible au « sans rendez-vous ».

L’Actuel dénombre 19 cas dans sa clientèle, dont un chez un homme hétérosexuel, colocataire d’une personne infectée. « J’ai des patients qui ont fréquenté des saunas, dit le Dr Thomas. J’ai plusieurs patients que j’ai vus qui ne fréquentaient pas les saunas. Certains n’avaient pas tant de partenaires sexuels que ça non plus. Certains ne savaient pas du tout où ils l’avaient contractée. »

Le Dr Thomas signale que les hommes gais dépendants à la méthamphétamine en cristaux (crystal meth) sont plus à risque de contracter la maladie. « Ils ont beaucoup de partenaires sexuels, affirme-t-il. Est-ce que la problématique [actuelle] est liée à ça ? C’est trop tôt pour le dire. »

Le médecin espère que les infirmières et les médecins de sa clinique pourront bientôt recevoir le vaccin contre la variole simienne. « J’ai fait deux fois la demande pour que notre personnel soit vacciné, dit-il. Imaginez-vous si une de nos infirmières contracte la maladie. D’abord, on est en pénurie de personnel. Deuxièmement, c’est beaucoup de travail quand arrivent des cas. Ça retarde le “sans rendez-vous” régulier. »

Le Dr Thomas ne souhaite pas que les employés soient malades. Dans une mise à jour du 3 juin, la Santé publique de Montréal rapporte trois hospitalisations : « deux liées au risque d’obstruction des voies respiratoires, et une liée à une atteinte ophtalmique possible ».

La souche de variole simienne de l’Afrique de l’Ouest, présente au Québec, n’entraîne la mort que dans 1 % des cas. « Mais ça peut laisser des cicatrices sur la peau, ajoute la Dre Tremblay. C’est une maladie qu’on ne veut pas laisser se répandre dans la population. »

La Dre Quach-Thanh croit qu’il faut absolument juguler la maladie. « On ne veut vraiment pas que ça tombe dans un réservoir animal, dit-elle. Parce qu’une fois que ça tombe dans un réservoir animal, on n’est plus capables de s’en débarrasser, jamais. En Amérique du Nord, nos chiens de prairie sont sensibles à ça et peuvent devenir infectés et le transmettre [le virus de la variole simienne]. »

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