L’APTS veut soigner le système de santé

André Lavoie
Collaboration spéciale
Le 11 janvier dernier, les techniciens de la banque de sang de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, ont manifesté pour dénoncer le manque de personnel qui met en péril le fonctionnement de leur laboratoire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le 11 janvier dernier, les techniciens de la banque de sang de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, ont manifesté pour dénoncer le manque de personnel qui met en péril le fonctionnement de leur laboratoire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Lors de son congrès annuel en novembre dernier, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) adoptait sa toute première plateforme politique, qui se décline en trois axes : prendre soin de ses membres, de la collectivité et de l’environnement.

Dans un contexte pandémique, alors que le système de santé déjà fragile fut mis à rude épreuve, cette plateforme prend tout son sens, témoignant d’une volonté d’aller bien au-delà des revendications traditionnelles. Car tous l’ont constaté au cours des deux dernières années : si un virus peut ébranler toute une société, ceux et celles dont la mission est de prendre soin de la population en subissent forcément les contrecoups.

Le président de l’APTS, Robert Comeau, était aux premières loges pour voir à quel point la crise sanitaire affectait le quotidien, de même que le moral, des technologistes en laboratoire, ergothérapeutes, orthophonistes, physiothérapeutes, psychologues, etc. Car les 65 000 membres de ce syndicat exercent des professions moins mises en lumière depuis le début de la crise, mais tout aussi essentielles au bon fonctionnement d’un hôpital, d’une clinique ou d’une école.

« Le gouvernement Legault a constaté les problèmes des infirmières et des préposés aux bénéficiaires, et c’est tant mieux, souligne le président de l’APTS qui est aussi technologue en imagerie médicale. Mais ceux des centres jeunesse, ce n’est que la pointe de l’iceberg. Nous baignons dans un perpétuel climat de crise, et on ne cesse de se demander de quel côté ça va éclater ; les professionnels sont épuisés de vivre ce stress. »

Leur fatigue affecte tout autant la clientèle, mais pas nécessairement de la même manière que pour les infirmières, insiste celui qui est impliqué au sein de l’APTS depuis sa fondation. « Leur absence [à l’urgence ou au bloc opératoire] se fait tout de suite sentir. De notre côté, ça se reflète sur les listes d’attente. Elles ne cessent de s’allonger, et pour la majorité des gens, ça signifie six mois ou un an d’attente. Mais à la suite d’un accident, obtenir rapidement un rendez-vous avec une physiothérapeute, c’est important. Même chose pour le psychologue dans une situation de crise. »

Pour un dialogue et des solutions

 

Afin de remédier à la situation et de raccourcir les délais, la solution passe-t-elle par un apport plus grand du secteur privé ? « Nous n’y sommes pas opposés, affirme Robert Comeau. Dans des périodes exceptionnelles comme cette pandémie, il peut aider le réseau public. »

Selon certains, ce déséquilibre est aussi provoqué par une désertion des travailleurs du secteur public au profit du privé, ce que reconnaît le président de l’APTS.

« Il est attractif, avec de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail, mais je peux vous assurer que nos membres ont à cœur le service public, qui existe pour servir la population, peu importe son revenu. Mais ils souhaitent aussi travailler dans des équipes en nombre suffisant, et que l’on reconnaisse leur expertise. » Ce qui n’est pas toujours le cas, tous en conviennent.

Est-ce que le désir de « refondation » du système par le ministre de la Santé, Christian Dubé, représente une lueur d’espoir aux yeux de l’APTS ? « Ça viendra sans doute plus tard, mais au moins le gouvernement ne semble pas vouloir changer les structures, affirme Robert Comeau avec soulagement. On parle de réinvestir en santé mentale, dans les centres jeunesse, des secteurs sous-financés depuis trop longtemps. Une chose est certaine : nous ne pratiquerons pas la politique de la chaise vide. Nos membres s’attendent à ce que nous proposions des solutions, et je serai leur porte-parole. »

Dans ces débats à venir, la question du financement sera incontournable. Dans une lettre ouverte publiée le 4 avril dernier à l’initiative du Bloc québécois et cosignée par plusieurs organisations syndicales, dont l’APTS, un appel pressant est lancé au gouvernement Trudeau pour une augmentation des transferts en santé, tout en calmant ses envies d’ingérence dans les compétences des provinces. Robert Comeau a du mal à comprendre cette posture fédérale, alourdissant la tâche des redditions de comptes d’un réseau déjà à bout de souffle, d’autant que l’argent provient des poches du même contribuable.

Selon lui, le gouvernement du Québec pourrait donner l’exemple en créant un bouclier budgétaire autour des sommes consacrées à la santé et aux services sociaux, une protection même, et surtout, en période de turbulence. Les dépenses seront de 54,2 milliards en 2022-2023, « et il est tentant d’aller piger là parce que la marge de manœuvre est plus grande ». Du moins en apparence.

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