Hospitalisé dans le confort de son foyer

Larry Katz, ici accompagné de son épouse, Carol Adams, est l’un des premiers patients à avoir bénéficié du programme élargi d’hôpital virtuel de l’Hôpital général juif de Montréal, lancé lors de la cinquième vague pandémique, alors que trop de lits étaient occupés par des patients COVID-19.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Larry Katz, ici accompagné de son épouse, Carol Adams, est l’un des premiers patients à avoir bénéficié du programme élargi d’hôpital virtuel de l’Hôpital général juif de Montréal, lancé lors de la cinquième vague pandémique, alors que trop de lits étaient occupés par des patients COVID-19.

L’Hôpital général juif de Montréal élargit son programme d’hôpital à domicile afin de désengorger son urgence et de libérer des lits lors de la sixième vague. Il offre à des patients ayant des maladies cardiaques ou des problèmes de santé comme la cellulite (infection de la peau), la pneumonie ou la maladie pulmonaire obstructive chronique d’être soignés dans le confort de leur foyer. Une possibilité jusqu’ici réservée aux malades de la COVID-19.

Cette unité d’hospitalisation virtuelle a été lancée en pleine cinquième vague, alors que l’Hôpital général juif fonctionnait au maximum de sa capacité et manquait de personnel. En six semaines, 11 patients souffrant de la COVID-19 ont été suivis à distance.

La direction du centre hospitalier veut maintenant accélérer l’implantation du programme. D’autant que l’urgence déborde ces jours-ci. Le taux d’occupation sur civière dépassait les 200 % lors du passage du Devoir lundi.

« On a l’objectif d’atteindre cinq lits [dans notre unité virtuelle] au cours des prochaines semaines », dit Erin Cook, directrice adjointe à la Direction de la qualité, de l’innovation, de l’évaluation, de la performance et de l’éthique du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

L’hôpital à domicile n’est pas fait pour tous les patients. L’état de santé du malade est le premier facteur pris en compte. Le patient doit aussi pouvoir compter sur l’aide d’un proche aidant durant son séjour hospitalier à la maison. « Un critère important, c’est le consentement », ajoute Erin Cook. Personne n’est obligé de participer au programme, souligne-t-elle.

Ceux qui se lancent reçoivent des outils pour prendre leurs signes vitaux à domicile (ex. : tensiomètre, oxymètre, capteur thoracique, etc.), en plus d’un téléphone ou d’un iPad pour acheminer les données à l’équipe de l’Hôpital général juif. Une infirmière surveille l’état du patient en temps réel et le contacte plusieurs fois par jour. Une infirmière à domicile peut aussi donner des soins, des traitements par intraveineuse, par exemple.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Erin Cook (à gauche), directrice adjointe à la Direction de la qualité, de l’innovation, de l’évaluation, de la performance et de l’éthique du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, et le Dr Lawrence Rudski (à droite)

Le médecin traitant, lui, effectue chaque jour sa « tournée virtuelle » en compagnie de l’infirmière, de l’inhalothérapeute et du pharmacien qui suivent ses patients.

« On voit le patient ensemble par Teams, explique le Dr Lawrence Rudski, directeur du Centre cardiovasculaire Azrieli et chef de l’Information médicale au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. On peut voir [en direct] tous les signes vitaux et on peut même faire marcher le patient pour voir s’il devient essoufflé ou non. »

Une expérience concluante

 

Larry Katz est l’un des premiers patients à avoir bénéficié du programme élargi d’hôpital virtuel. Le Montréalais de 80 ans a subi en février un triple pontage coronarien à la suite d’un malaise cardiaque. De retour à la maison après un séjour entre les murs de l’Hôpital général juif, il a été réadmis trois semaines plus tard pour de l’arythmie. Son médecin a alors statué qu’une intervention supplémentaire était nécessaire. Celle-ci ne pouvait toutefois avoir lieu que quatre jours plus tard. Il devait demeurer hospitalisé entre-temps.

« J’ai dit “non” », dit Larry Katz. Il n’était pas question pour lui de rester dans une chambre d’hôpital aux seules fins de monitorage. Son cardiologue lui a alors proposé de participer au programme d’hôpital à domicile. Il a aimé l’expérience. « C’est beaucoup plus confortable à la maison qu’à l’hôpital, dit l’homme aux cheveux gris, assis dans le salon de sa résidence, à Westmount. Et ils ont pu utiliser le lit [que j’aurais occupé] pour quelqu’un d’autre. »

Son épouse, Carol Adams, estime que le suivi à domicile a aidé son mari à récupérer. Il va d’ailleurs bien, et marche une heure pratiquement chaque jour.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Larry Katz à son domicile

« Cela permet aussi au proche aidant de gagner du temps en faisant d’autres choses, pendant que le patient se repose confortablement à la maison », dit Carol Adams. Cette formule exige toutefois de la « discipline », souligne-t-elle, parce que le patient, même s’il est à la maison, est tout de même « à l’hôpital ».

Larry Katz a eu tôt fait de le savoir. « Parfois, par erreur, j’oubliais mon téléphone quelque part dans la maison. Je recevais immédiatement un appel de l’infirmière. Elle s’imaginait peut-être que je m’étais enfui », raconte-t-il en blaguant. Le couple dit ne pas avoir connu de bogues avec les technologies utilisées.

Bénéfices pour tous

 

Le Dr Lawrence Rudski croit que l’hospitalisation à domicile peut être bénéfique pour les patients. « Chaque jour qu’une personne âgée demeure dans son lit, ça lui prend trois jours pour récupérer. Le plus tôt qu’on peut lui donner son congé, le plus vite il peut retourner à sa vie normale. » Grâce au programme, les risques de déconditionnement et d’exposition aux maladies infectieuses diminuent.

L’Hôpital général juif y gagne aussi. L’initiative assure une utilisation optimale du personnel. « On a été capables d’aller chercher une certaine capacité de ressources humaines avec des gens qui, autrement, ne peuvent pas se présenter au travail en raison des restrictions COVID, dit Erin Cook. Ces personnes sont retirées parce qu’elles sont enceintes ou immunosupprimées. »

L’hôpital à domicile sert aussi, et surtout, à libérer des lits. Le nerf de la guerre lors des vagues successives de COVID-19. « Avoir cinq patients dans une unité virtuelle nous permet d’avoir cinq autres lits disponibles pour d’autres patients », indique Serge Cloutier, directeur adjoint à la Direction des soins infirmiers au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Chaque lit compte dans le rattrapage du retard en chirurgie, souligne le Dr Lawrence Rudski. L’Hôpital général juif envisage d’ailleurs d’intégrer au programme d’hôpital virtuel les patients ayant subi une opération de la hanche ou du genou. Leur récupération pourrait s’effectuer à la maison, avec le soutien, entre autres, d’un physiothérapeute à domicile.

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