Unir ses forces pour faire face à la crise de la COVID-19

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Des travailleurs de la brigade orange, accompagnés d’employés de la Croix-Rouge, font du porte-à-porte dans l’arrondissement de LaSalle pour sensibiliser la population au dépistage et à la vaccination.
Photo: Geneviève Décarie Croix-Rouge canadienne Des travailleurs de la brigade orange, accompagnés d’employés de la Croix-Rouge, font du porte-à-porte dans l’arrondissement de LaSalle pour sensibiliser la population au dépistage et à la vaccination.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Lorsque la première vague de COVID-19 a déferlé sur le Québec, en mars 2020, quatre fondations montréalaises ont uni leurs forces afin de financer les actions sur le terrain. Les fondations Saputo, Trottier, Molson et Jarislowsky ont ainsi formé le Consortium philanthropique COVID Québec, destiné à intervenir rapidement durant la crise.

« On savait que ça allait être quelque chose qui allait frapper très fort et qui aurait des conséquences importantes. Et même avant que la pandémie soit déclarée [au Québec], on se préparait déjà à faire quelque chose. On voyait l’importance d’agir avec d’autres acteurs du secteur philanthropique et de notre société pour avoir le plus d’impact possible », se souvient Sylvie Trottier, membre du conseil d’administration de la Fondation familiale Trottier.

« On était tous à se demander ce qu’on pouvait faire de plus », ajoute Lise Roche, directrice de programmes à la Fondation Mirella et Lino Saputo. Pour les fondations du Consortium, le fait d’unir leurs forces était « la façon la plus intelligente de ne pas dédoubler » les actions, de partager de l’information et de faciliter la vie des organismes communautaires bénéficiaires.

Elles ont d’abord procédé à une analyse des besoins sur le terrain, notamment en sécurité alimentaire, en logement et sur d’autres problématiques sociales, explique Félix-Antoine Véronneau. Ce dernier a travaillé comme coordonnateur COVID-19 à Fondations philanthropiques Canada, pour le Consortium COVID Québec, jusqu’en octobre dernier.

Les besoins les plus criants étaient alors les problèmes liés à la prévention de la contamination. « Le consensus n’a pas été difficile à atteindre », observe M. Véronneau. Le financement a d’abord été assuré par une mise en réserve de 3 millions de dollars, soit 500 000 $ venant de chacune des fondations et un million supplémentaire de la Fondation familiale Trottier, selon une étude de cas du Philab publiée en septembre 2020. De son côté, la Fondation Saputo a versé au total dans l’initiative 1 585 500 $, indique Mme Roche.

De la prévention à la vaccination

L’une des réalisations majeures selon M. Véronneau a été le déploiement d’actions dans divers secteurs de la grande région de Montréal, alors la plus touchée par la pandémie. Cela a permis de travailler en collaboration avec les acteurs de la santé, du milieu municipal, du milieu communautaire et parfois des établissements scolaires.

Ces initiatives locales ont réussi à atteindre plus de 500 000 personnes, évalue-t-il, dans des activités de sensibilisation au dépistage et aux mesures barrières dans une douzaine de langues. Les actions se sont ensuite poursuivies pour encourager la vaccination. « Il y avait aussi du transport qui était mis à la disposition des personnes en situation de handicap pour se faire vacciner ou se faire dépister », ajoute M. Véronneau.

Les défis ont varié selon les endroits, ce qui a demandé l’élaboration d’un plan adapté à chaque arrondissement. Ainsi, certains quartiers avaient besoin de livraison de nourriture à domicile ou de trousses sanitaires, tandis que dans d’autres, il était plutôt nécessaire de traduire des documents pour mieux communiquer les mesures de prévention aux allophones, explique Mme Trottier.

Repenser les mesures d’urgence

Si, au départ, les initiatives du Consortium n’étaient pas coordonnées avec celles du gouvernement pour prévenir la pandémie, certains CIUSSS ont par la suite mis sur pied des actions similaires. « Certains ont développé leur propre brigade, qui a travaillé en partenariat avec celles qui avaient été envoyées sur le terrain par les organismes locaux soutenus par le Consortium. C’était vraiment en complément », explique M. Véronneau.

Pour Mme Roche, les actions du Consortium ont fait en sorte que le milieu communautaire puisse rebondir, en ayant accès à des fonds plus rapidement que ceux octroyés par les gouvernements. « L’argent du fédéral a été très long à arriver. Mais les organismes sur le terrain, eux, ils n’ont pas les fonds pour payer du monde, acheter des masques et des visières pendant trois mois. Notre Consortium a permis d’avancer, parce qu’on ne pouvait pas attendre », insiste Mme Rogue.

L’une des initiatives du Consortium, le programme CoVivre, est d’ailleurs toujours en place. Financé par la Fondation familiale Trottier, il vise à favoriser la communication et le soutien auprès des populations vulnérables.

À l’avenir, les différents acteurs de la société gagneraient peut-être à intégrer la philanthropie à leur plan d’urgence, estime Mme Roche. « J’ai été étonnée du fait que les fondations donatrices ne fassent pas partie des plans de mesures d’urgence. Parce que l’une des choses qui manquent quand survient une urgence, c’est l’argent. Je trouve qu’on devrait faire partie des possibilités », dit-elle.

« Si ça revenait demain matin, comment procéderait-on pour voir où on investit de la meilleure façon ? La philanthropie est un outil qu’on utilise dans différents moments. Mais pour la mesure d’urgence, on a un levier financier qui est rapide. Cela vaut la peine de se poser la question. »

Des fondations plus agiles

La pandémie a entraîné une union des forces entre plusieurs organismes philanthropiques. Mais cela a également permis de créer « énormément d’agilité » pour s’adapter aux nouvelles mesures sanitaires, estime Christophe Leduc, responsable des communications à l’Institut Mallet.

« Chacun a su faire preuve d’assez d’ouverture pour faciliter la tâche des uns et des autres », explique-t-il. Ainsi, les règles d’attribution des subventions ont notamment été assouplies afin de faire face à l’urgence de la situation, a-t-il observé. « Beaucoup de fondations ont dit à leurs organismes “prends l’argent et fais-en ce que tu penses qui est le mieux. Et pour la reddition de comptes, on verra plus tard” », illustre-t-il. Certains changements pourraient d’ailleurs rester au-delà de la pandémie, même si d’autres façons de faire reviendront à ce qu’elles étaient avant, croit M. Leduc. « On imagine qu’un donateur va forcément vouloir voir l’impact et avoir un certain contrôle », prédit-il.

Toutefois, l’évolution mènera à une philanthropie davantage basée sur la confiance, avance-t-il. « La reddition de comptes, souvent, on pouvait s’en passer. Et c’est difficile après de l’exiger. Je pense que, sur l’attribution des subventions, ça va s’alléger. »

Il estime également que le financement sera plus axé sur le long terme au lieu d’octroyer des fonds seulement pour des projets et ainsi alourdir l’administration si une initiative se répète. « Parce que c’est tout simplement une évolution de la société de regarder les choses différemment. »



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