La moitié des Québécois souffrent de fatigue pandémique

Hélène Roulot-Ganzmann
Collaboration spéciale
Deux passants sur la rue Sainte-Catherine, en plein cœur du centre-ville de Montréal, en janvier dernier. Les Québécois traversaient alors un énième confinement avec des mesures sanitaires strictes, dont la fermeture des commerces non essentiels. 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Deux passants sur la rue Sainte-Catherine, en plein cœur du centre-ville de Montréal, en janvier dernier. Les Québécois traversaient alors un énième confinement avec des mesures sanitaires strictes, dont la fermeture des commerces non essentiels. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Un adulte sur deux souffre de fatigue pandémique. Et ce n’est là qu’une seule des multiples données inquiétantes révélées par diverses études menées au Québec, au Canada et à l’international.

Réaction normale et attendue en contexte d’adversité chronique, la fatigue pandémique se traduit par un sentiment de fatigue générale, voire de désespoir, une démotivation, un sentiment de laisser-aller, ou encore une marginalisation. C’est ce qu’établit une enquête sur la réponse psychologique et comportementale à la pandémie de COVID-19 menée par une équipe interdisciplinaire de l’Université de Sherbrooke auprès de 10 368 Québécoises et Québécois, entre le 1er et le 17 octobre dernier.

L’enquête révèle deux dimensions à cette fatigue : la fatigue informationnelle (être épuisé d’entendre parler de la COVID-19) et la fatigue comportementale (être épuisé de devoir fournir des efforts pour lutter contre la COVID-19). Les parents d’enfants de moins de 11 ans (59 %), les étudiants (60 %) et les jeunes de 18-34 ans (64 %) se révèlent être les plus touchés par ce phénomène.

50 %

C’est le pourcentage de jeunes qui présentent des symptômes d’anxiété ou de dépression modérés à sévères, selon les résultats de l’enquête.

Toujours sous la houlette de l’Université de Sherbrooke, soutenue par le CIUSSS de l’Estrie, 33 000 Québécoises et Québécois de 12 à 25 ans ont par ailleurs répondu à un sondage en ligne sur leur santé psychologique, et les résultats ne sont pas très encourageants. Ainsi, à partir de l’âge de 16 ans, au moins 50 % des jeunes présentent des symptômes d’anxiété ou de dépression modérés à sévères, et un jeune sur quatre a pensé qu’il serait mieux mort, ou a envisagé de se faire du mal au cours des deux dernières semaines.

Autre fait saillant : depuis le début de la pandémie, le vapotage chez les jeunes semble en baisse, alors que la consommation excessive d’alcool est en hausse. Interrogés sur ce qui pourrait leur faire du bien dans les prochaines semaines, ils ont répondu vouloir avant tout retrouver leur quotidien — leurs activités, leur sport et leurs contacts sociaux —, mais affirment aussi qu’ils auront besoin d’un soutien et d’une mobilisation sans pareille des partenaires des milieux universitaires et communautaires.

Un virus discriminant

 

Une équipe de chercheurs issus de plusieurs universités canadiennes s’est en outre intéressée aux infections de COVID-19 présentes dans 16 villes du Québec, de l’Ontario, du Manitoba et de la Colombie-Britannique. Les résultats de leur étude montrent que la concentration géographique des cas dépend de déterminants sociaux de la santé, comme les quartiers à forte densité de logements et comptant davantage de travailleurs essentiels, de résidents à faible revenu ou à faible niveau de scolarité, et une plus grande proportion de minorités visibles ou d’immigrants récents.

Ces résultats sont comparables à ceux provenant d’autres recherches à l’échelle internationale, où les taux de COVID-19 sont plus élevés dans les quartiers accueillant une communauté vulnérable ou caractérisés par une forte diversité.

Une autre équipe de chercheurs, à l’international cette fois, s’est intéressée aux différences culturelles au chapitre des connaissances et des attitudes à l’égard de la COVID-19. Elle a mis en lumière que c’est en Europe que la population se soucie le moins du virus, tandis que la population américaine est celle qui observe le moins les consignes sanitaires. Il y a sans doute un lien à faire avec le fait que dans ces deux régions, la COVID-19 a fait plus de morts que dans les autres zones étudiées.

À voir en vidéo