La reprise précoce du sport est bénéfique après une commotion cérébrale

Les chercheurs recommandent dans un premier temps de marcher 15 minutes d’affilée par jour, mais de ne pas courir ni de faire de l’entraînement en résistance.
Photo: Cecilie Arcurs Getty Images via iStock Les chercheurs recommandent dans un premier temps de marcher 15 minutes d’affilée par jour, mais de ne pas courir ni de faire de l’entraînement en résistance.

Une nouvelle étude canadienne effectuée auprès d’adolescents confirme que la reprise de l’activité physique 72 heures après une commotion cérébrale est sans danger, voire accélère la guérison.

Il n’y a pas si longtemps, on recommandait aux victimes d’une commotion cérébrale qui se présentaient à l’urgence le repos complet jusqu’à la disparition des symptômes. On leur conseillait de rester étendus sur leur lit, les lumières éteintes et dans le silence. Depuis, plusieurs études scientifiques ont remis en question ces recommandations.

« Cette façon de faire avait des conséquences graves, dans la mesure où elle entraînait un déconditionnement complet, psychologique, émotionnel et physique. Certaines personnes tombaient dans une torpeur et ensuite pouvaient développer une kinésiophobie, une peur de bouger et de sortir », explique Dave Ellemberg, professeur à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal.

L’essai clinique effectué par des chercheurs de l’Institut de recherche du CHEO (Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario) et de l’Université d’Ottawa portait sur 456 jeunes de 10 à 18 ans qui se sont retrouvés à l’urgence de trois hôpitaux pédiatriques de l’Ontario entre mars 2017 et décembre 2019 à la suite d’une chute sur la tête associée à des symptômes de commotion cérébrale.

Ces 456 patients, qui n’étaient pas nécessairement sportifs, ont été séparés aléatoirement en deux groupes. Un premier groupe a reçu comme consigne de reprendre l’activité physique 72 heures après le traumatisme, selon un protocole très progressif, et ce, même si les individus éprouvaient encore des symptômes, tandis que le second groupe ne devait pas s’activer tant que les symptômes n’avaient pas complètement disparu.

Lorsque les chercheurs ont comparé les symptômes des participants deux semaines après leur enrôlement dans l’étude, ils n’ont relevé aucune différence significative entre les deux groupes : un résultat qui indique que « l’activité physique précoce n’est pas nocive », explique Andrée-Anne Ledoux, la première auteure de l’étude, laquelle a été publiée dans le British Journal of Sports Medicine.

En y regardant de plus près, les chercheurs ont toutefois remarqué que de nombreux participants n’avaient pas respecté le protocole qui leur avait été assigné. Près de 32 % des participants qui devaient reprendre l’activité physique après 72 heures n’avaient pas suivi cette consigne. Les chercheurs ont alors refait une nouvelle comparaison entre les deux groupes, après avoir éliminé les participants qui n’avaient pas adhéré au protocole.

Ils ont alors constaté que les sujets qui avaient recommencé l’exercice physique 72 heures après leur traumatisme présentaient significativement moins de symptômes après deux semaines que ceux qui avaient attendu d’être asymptomatiques. « Leur récupération était meilleure et plus rapide que celle du second groupe », indique la chercheuse Ledoux, de l’Institut de recherche du CHEO.

Du cas par cas

 

« On n’est pas en train de dire que, 72 heures après une commotion cérébrale, un jeune peut chausser ses patins, sauter sur la glace et jouer une partie de hockey. On ne parle pas d’un retour au sport après 72 heures, mais d’une réintroduction progressive de l’activité physique dans la routine de l’enfant, pourvu que cette activitén’aggrave pas ses symptômes et que ces derniers demeurent tolérables », précise Mme Ledoux, également professeure à l’Université d’Ottawa.

Ces symptômes sont le plus souvent des maux de tête, des nausées, voire des vomissements, de la fatigue, de l’irritation, de la tristesse, des symptômes dépressifs, de la confusion ou des étourdissements.

Les chercheurs recommandent dans un premier temps de marcher 15 minutes d’affilée par jour, mais de ne pas courir ni de faire de l’entraînement en résistance, comme des poids et haltères, ou d’activités ayant un haut risque de provoquer une autre commotion cérébrale. Si tout s’est bien passé, la journée suivante ils peuvent commencer des activités aérobiques, comme un jogging de faible intensité ou du vélo stationnaire, mais l’activité doit demeurer « modérée et pas trop vigoureuse ».

Aujourd’hui, on sait que l’activité physique est probablement le meilleur, voire le seul moyen de se remettre d’une commotion cérébrale. La question qui reste en suspens est de savoir à quel moment on doit recommencer l’activité physique. C’est là que c’est critique et c’est là qu’il y a un certain flou. L’étude de l’Université d’Ottawa vient nous guider. 

 

Ensuite, on augmente encore l’intensité de l’activité physique, mais « on ne permet pas encore [au jeune] de retourner à des sports comme le football ». Dans une quatrième étape, le sujet peut commencer à aller à ses entraînements sportifs, mais en évitant les collisions. « C’est seulement quand il aura réintégré l’école à temps complet, que ses symptômes auront complètement disparu et qu’il sera allé voir son médecin qu’il pourra retourner à son sport de contact », précise Mme Ledoux.

Selon M. Ellemberg, « 32 % des participants du premier groupe n’ont peut-être pas adhéré au protocole parce que cela ne leur convenait pas de reprendre l’activité aussi rapidement. Peut-être que, quand ces jeunes ont repris l’activité physique, ils ont vu leurs symptômes augmenter ». « Cela me porte à dire, ajoute-t-il, qu’on ne doit pas nécessairement appliquer ce protocole de trois jours à tous. Je pense que les médecins et les thérapeutes du sport doivent quand même faire une analyse de cas par cas. »

« Il faut aussi prendre en considération les antécédents du patient, car on sait que, pour une personne qui a subi deux, trois, voire quatre commotions cérébrales, la récupération sera plus lente, plus difficile. Et il en sera de même pour les personnes qui éprouvent plus de symptômes (en moyenne six ou sept symptômes) ainsi que pour celles qui rapportent de l’amnésie post-traumatique », ajoute-t-il.

« Aujourd’hui, on sait que l’activité physique est probablement le meilleur, voire le seul moyen de se remettre d’une commotion cérébrale. La question qui reste en suspens est de savoir à quel moment on doit recommencer l’activité physique. C’est là que c’est critique et c’est là qu’il y a un certain flou. L’étude de l’Université d’Ottawa vient nous guider », note-t-il.

Le Dr Jocelyn Gravel, pédiatre urgentologue au CHU Sainte-Justine, trouve cette étude particulièrement intéressante parce qu’elle a examiné une population pédiatrique générale qui représente davantage la réalité des urgences, alors que la majorité des études passées ont été effectuées dans des cliniques sportives sur des athlètes de haut niveau.

Le Dr Gravel est de plus en plus persuadé qu’il est approprié de recommencer une activité physique légère et aérobique tant que celle-ci ne comporte pas de risque de trauma à la tête, « car il est très dangereux de subir une deuxième commotion cérébrale avant d’avoir guéri la première », prévient-il, en citant à l’appui une étude du The Lancet Child Adolescent Health.

La chercheuse Andrée-Anne Ledoux rappelle aussi que, dans plusieurs autres contextes médicaux, comme à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC), une des premières prescriptions de la réadaptation est de recommencer l’activité physique le plus tôt possible, car cette dernière « est bénéfique pour le cerveau et pour la santé physique ».



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