Les hôpitaux sont-ils toujours sécuritaires ?

Selon les plus récentes données de la Direction régionale de la Santé publique de Montréal, pas moins de 4156 cas d’infection liés à 263 éclosions actives sont rapportés dans les hôpitaux et CHSLD de la métropole et dans d’autres milieux de vie et de soins publics.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Selon les plus récentes données de la Direction régionale de la Santé publique de Montréal, pas moins de 4156 cas d’infection liés à 263 éclosions actives sont rapportés dans les hôpitaux et CHSLD de la métropole et dans d’autres milieux de vie et de soins publics.

Plus de 1300 éclosions frappent les hôpitaux et CHSLD du Québec, dont plusieurs ont causé des décès chez des patients. Pas moins de 2630 résidents de CHSLD sont infectés à l’heure actuelle. Est-il encore sécuritaire de fréquenter les hôpitaux et les milieux de fin de vie ?

Selon les plus récentes données de la Direction régionale de la Santé publique de Montréal, pas moins de 4156 cas d’infection liés à 263 éclosions actives sont rapportés dans les hôpitaux et CHSLD de la métropole et dans d’autres milieux de vie et de soins publics.

Le plus récent rapport sur les éclosions de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) faisait état, en date du 26 janvier, de plus de 1324 éclosions actives en cours dans les hôpitaux généraux et de soins de longue durée, en légère baisse toutefois depuis le 17 janvier. Cela reste le plus haut seuil d’éclosions rapporté en milieux de soins depuis septembre 2020.

« On nous a récemment rapporté le cas d’une dame âgée, vivant en résidence, qui a dû être hospitalisée à Saint-Eustache, où elle a contracté la COVID. Après 10 jours, son état a dégénéré, et elle est allée mourir à sa résidence », déplore Me Paul G. Brunet, président du Conseil pour la protection des malades. « Gère-t-on encore bien les zones chaudes et froides dans les hôpitaux ? » demande-t-il.

Plusieurs experts reconnaissent que la grande contagiosité du variant Omicron pose des défis de taille pour prévenir les infections COVID en milieu hospitalier, mais estiment que cela ne devrait pas rebuter les gens qui ont vraiment besoin de s’y rendre.

« Un variant comme Omicron, dans un milieu où se concentrent des personnes vulnérables, exposées à des contacts étroits, c’est la combinaison idéale pour une tempête parfaite », affirme Régis Blais, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« Il ne faut pas dire “n’allez plus à l’hôpital”. Mais ceux qui le peuvent devraient penser à une alternative, comme un médecin de famille », dit-il.

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Avec Omicron, des patients admis à l’hôpital pour d’autres diagnostics risquent d’attraper la COVID-19, mais la vaste majorité n’aura pas de conséquences graves, avance la Dre Marie-Pascale Pomey, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « Il ne faut surtout pas que les gens qui en ont vraiment besoin évitent l’hôpital et s’exposent à des complications plus graves. »

Selon celle-ci, Omicron continue de « se balader » dans les hôpitaux et les CHSLD, malgré l’application de mesures de prévention des infections pourtant très sévères.

« Ce sont plutôt les patients non vaccinés et des populations très vulnérables, comme celles immunodéprimées ou très âgées, qui sont à risque et qu’il faut protéger en changeant les façons de faire. En même temps, les mesures de prévention des infections sont très lourdes, et ça pèse sur l’efficacité et le moral du personnel. C’est tout un casse-tête », concède-t-elle.

Actuellement, des « vents contraires » soufflent quant à la tolérance face à la circulation d’Omicron au sein des hôpitaux, ajoute cette spécialiste en santé publique. Compte tenu de sa dangerosité moindre pour les patients en général, certains souhaiteraient relâcher certaines mesures de prévention pour augmenter la capacité des hôpitaux à traiter plus de patients requérant d’autres soins que la COVID-19.

L’INSPQ remarque par ailleurs que les chiffres sur les éclosions ne sont pas un indicateur précis du nombre de cas de COVID nosocomiales (contractés dans les hôpitaux), car certains patients y sont infectés sans qu’une éclosion soit en cause.

Un sommet dans les CHSLD

 

Dans les CHSLD, le plus récent état de situation du ministère de la Santé et des Services sociaux dénombre quelque 2630 cas actifs et 297 décès liés à des éclosions chez les résidents âgés dans 278 de ces installations. En résidences pour aînés (RPA), on rapporte quelque 5117 cas actifs et 96 décès liés aux éclosions en cours dans 546 résidences.

« Le fait d’avoir des troisièmes doses a mieux protégé les résidents de CHSLD des décès et des conséquences graves que les années précédentes, mais il y aura toujours des aînés vulnérables pour qui Omicron passera à travers les défenses », avance aussi le professeur Régis Blais.

« C’est sûr que la vague actuelle est fulgurante. Ça nous rappelle la première vague, mais il y a beaucoup moins de décès, et les cas sont en baisse maintenant », insiste la Dre Sophie Zhang, cheffe adjointe pour l’hébergement du CIUSSS Centre-Sud.

« Toute infection a des conséquences graves chez des résidents très vulnérables, donc même si Omicron est moins grave, une infection à la COVID-19 n’est pas banale », reconnaît-elle.

Par ailleurs, cette dernière juge qu’il n’y a aucune raison qui justifie d’éviter les hôpitaux généraux pour la population qui requiert des soins. « Pour ceux qui vont en cliniques de consultations externes et qui sont triplement vaccinés, il n’y a pas de raison de voir ça comme un danger. Quant aux gens hospitalisés, s’ils sont là, c’est que la gravité de leur condition le justifiait. La réalité fait qu’il y a un risque de contracter la COVID, mais c’est un risque souvent moindre que celui de ne pas être soigné. »