Qui sont les non-vaccinés atteints de la COVID-19 aux soins intensifs?

Les personnes non vaccinées qui comptent pour la moitié des patients atteints d’une forme grave de COVID-19 aux soins intensifs présentent un profil médical très différent de celui des patients qui ont respecté le calendrier vaccinal.

Comme nous l’avions précisé précédemment dans un article du 19 janvier, toutes les personnes adéquatement vaccinées qui requièrent des soins intensifs souffrent d’une déficience importante de leur système immunitaire en raison d’une greffe d’organe, d’une chimiothérapie, d’une hémodialyse, d’une maladie auto-immune, d’une immunodéficience primaire innée, d’une infection par le VIH mal contrôlée, voire de leur grand âge.

Quant aux personnes qui ne sont pas vaccinées, ou qui n’ont reçu qu’une seule dose de vaccin et qui se retrouvent dans une unité de soins intensifs parce que leur COVID-19 s’est sérieusement aggravée, elles présentent dans la grande majorité des cas un facteur de risque sous-jacent. Le plus souvent, elles sont atteintes d’une maladie chronique, comme l’hypertension, le diabète, une maladie pulmonaire ou une maladie cardiovasculaire. L’obésité constitue aussi un important facteur de risque, car, lorsqu’aucune de ces conditions médicales n’est présente, le surpoids apparaît fréquemment comme le facteur qui a joué un rôle crucial dans le développement d’une forme grave de COVID-19.

Une étude publiée dans l’International Journal of Obesity et effectuée au CHUM a montré que chaque augmentation de 10 points de l’indice de masse corporelle (par exemple un indice de masse corporelle de 35 kg/m2, comparativement à 25 kg/m2, qui correspond au poids idéal) triplait (3,5 fois plus) le risque de mourir de la COVID-19 aux soins intensifs, et ce, même après avoir tenu compte de l’effet possible de l’âge, du sexe, du diabète et de l’hypertension artérielle.

« Tous ces facteurs avaient été décrits au début de la pandémie comme accroissant le risque de développer une forme grave de COVID-19 susceptible de nécessiter des soins intensifs. Ils sont du même ordre qu’avant la vaccination, alors que pour les vaccinés, les facteurs de risque ont changé et sont tous associés à une déficience du système immunitaire, qui l’empêche de bien répondre au vaccin. Ils sont donc très différents de ceux des non-vaccinés », fait remarquer la Dre Madeleine Durand, spécialiste en médecine interne au CHUM.

Les personnes obèses, hypertendues, diabétiques, cardiaques et qui souffrent d’une maladie pulmonaire ne figurent plus parmi les vaccinés qui se retrouvent aux soins intensifs à cause d’une COVID-19 grave. Cela démontre que « toutes ces personnes peuvent bénéficier de la protection que procure le vaccin, car ces comorbidités n’affectent pas la capacité du système immunitaire à développer une immunité à la suite de la vaccination. Elles n’empêchent pas de bien répondre au vaccin », explique la Dre Durand.

Bien que beaucoup plus rarement, les intensivistes des hôpitaux rencontrent également des personnes jeunes, minces et en parfaite santé qui sont terrassées par une forme grave de COVID-19. « En effet, il arrive parfois qu’on ne trouve aucune autre raison médicale que le seul statut de non-vacciné pour expliquer la COVID grave que présente une jeune personne. Lors de la première vague, les médias ont rapporté des cas de personnes jeunes et en santé, dont un athlète de triathlon, qui sont mortes de la COVID. C’est un peu le drame de cette maladie-là, nous ne sommes pas encore capables de prédire précisément quel individu va faire une COVID grave et en décéder. Il y a encore cette loterie immonde dans la COVID-19 qui demeure et en vertu de laquelle on ne peut prédire à 100 %, à partir des caractéristiques de santé, d’âge et de sexe, si une personne fera une COVID-19 grave », souligne la Dre Durand.

« Un risque énorme »

Le facteur qui augmente le plus le risque de développer une forme grave de COVID-19 et d’aboutir aux soins intensifs chez les personnes qui ne sont pas adéquatement vaccinées est leur statut de non-vacciné. Selon les données du site Santé Québec, ce risque relatif est 12 fois plus élevé que celui que courent les personnes qui ont reçu deux doses de vaccin, voire trois doses.

« Une personne qui fume court un risque 10 fois plus élevé de développer un cancer du poumon et un risque 2,5 fois plus grand de développer une maladie cardiaque qu’une autre qui ne fume pas. En médecine, un risque deux fois plus élevé est considéré comme un risque énorme », soulève la Dre Durand pour illustrer l’ampleur du risque de ne pas être vacciné.

La population de patients souffrant d’une forme grave de COVID-19 et qui se retrouve aux soins intensifs est assez jeune, plus jeune du moins que celle qui demeure sur les étages de l’hôpital, et ce, autant chez les vaccinés que chez les non-vaccinés. Il en est ainsi parce que les personnes âgées qui sont très fragiles n’y sont que très rarement conduites, car ils ne pourraient survivre à l’agressivité des traitements utilisés dans ces unités de soins. Ces patients âgés qui sont le plus souvent vaccinés demeurent donc à l’étage, et si leur COVID-19 s’aggrave, on leur offre plutôt des soins palliatifs. « Ce serait futile et même cruel de faire subir des intubations de deux, trois, voire quatre semaines et une circulation extracorporelle à des personnes qui ont un syndrome gériatrique de fragilité. Ce ne serait pas médicalement raisonnable d’envoyer aux soins intensifs des personnes âgées ayant des troubles cognitifs, qui n’arrivent pas à se déplacer de leur lit à un fauteuil et pour lesquelles il n’y aurait aucun pronostic de récupération à long terme », explique la Dre Durand.

Il n’y a donc pas de différence d’âge marquée entre les patients vaccinés et les non-vaccinés présents dans les unités de soins intensifs. « Même les vaccinés sont relativement jeunes, car les personnes atteintes d’une déficience de leur système immunitaire en raison d’une greffe ou d’une maladie primaire du système immunitaire, par exemple — qui composent le groupe des vaccinés —, sont jeunes. On ne greffera pas un poumon ou de la moelle osseuse à une personne âgée », précise la spécialiste en médecine interne.

Cette dernière rappelle par ailleurs que « même si le variant Omicron est globalement moins sévère que les variants qui l’ont précédé, la forme grave de la COVID-19, telle qu’on la voyait dans les autres vagues, existe encore. « Même si en proportion, le virus [ce variant] donne moins de cas graves, les gens qui ont la malchance d’avoir une forme grave de COVID-19, même à l’heure de la vague Omicron, sont excessivement malades, ils le sont tout autant que lors des vagues antérieures. Ces gens-là ne font pas une maladie complètement différente. Omicron induit une maladie dont on doit encore se méfier », signale la Dre Durand.

Autre constat qui souligne l’efficacité du vaccin : alors que les personnes non vaccinées ne représentent que 10 % de la population adulte du Québec, elles comptent pour 40 à 50 % des patients aux prises avec une COVID-19 grave dans les unités de soins intensifs des hôpitaux. Si le vaccin n’avait aucun effet, la forme grave de la maladie se manifesterait aussi fréquemment chez les vaccinés que chez les non-vaccinés, et cela se traduirait par la présence de 90 % de personnes vaccinées et de 10 % de non-vaccinées dans les unités de soins intensifs.



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