Meurt-on plus de la COVID-19 en région?

Dans la métropole, le nombre moyen de décès hebdomadaires, jusqu’au 4 décembre 2021, est resté plusieurs mois sous la moyenne.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Dans la métropole, le nombre moyen de décès hebdomadaires, jusqu’au 4 décembre 2021, est resté plusieurs mois sous la moyenne.

Il est trop tôt pour jauger de l’impact de la vague Omicron, mais une hausse de la surmortalité est anticipée pour janvier 2022. L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) évalue à 3 % la surmortalité globale depuis le début de la pandémie. La vague Omicron semble avoir jusqu’ici frappé davantage les régions.

« On ne peut pas se prononcer encore sur les mois de décembre et janvier, mais si la tendance se poursuit, il y a des indices qu’on se dirige vers une surmortalité pour le début de 2022 », a précisé jeudi Frédéric Fleury-Payeur, démographe à l’ISQ, qui produira des données détaillées sur le sujet à la mi-février.

L’Institut a publié jeudi son plus récent bilan comparant les décès de l’année 2021 jusqu’au 4 décembre, soit avant la vague Omicron, à ceux des dix années précédentes.


 

Si on ne note pas de surmortalité pour l’ensemble du Québec en 2021 (-1), on observe toutefois une hausse de la surmortalité dans les régions autres que Montréal, et que la Montérégie, Lanaudière et les Laurentides.

Dans la métropole (Montréal et Laval), le nombre moyen de décès hebdomadaires, jusqu’au 4 décembre 2021, est resté plusieurs mois sous la moyenne en raison du grand nombre de décès survenus lors des vagues précédentes chez les personnes plus âgées.

« Il y a eu un devancement des décès engendrés par la COVID-19 notamment à Montréal et à Laval lors de la première vague de la pandémie dans les milieux de fin de vie. Cela fait qu’on a été par la suite sous la normale pour une bonne partie de l’année 2021 », explique le démographe.

Mais ça ne semble pas être le cas dans d’autres régions du Québec, où les chiffres sur les décès semblent plutôt indiquer une hausse de la mortalité. « Ça peut être dû à la structure par âge de ces régions. Il y a des différences régionales à l’intérieur même du Québec. Il nous faudra des données plus détaillées pour les expliquer », indique M. Fleury-Payeur.

Selon Robert Choinière, démographe à la retraite de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), la surmortalité cumulée dans les régions a dépassé 6 % en octobre, avant même l’arrivée d’Omicron. « Maintenant qu’il y a plus de décès quotidiens, on va peut-être pouvoir analyser davantage cette tendance, dit-il. Avant décembre, les chiffres étaient trop petits pour expliquer ces différences. »

Chose certaine, depuis le début décembre (du 1er décembre au 19 janvier), le taux de décès avec la COVID-19 par million d’habitants est nettement plus élevé dans certaines régions, notamment en Mauricie et dans Chaudière-Appalaches, qu’ailleurs au Québec.

Nombre de décès ou surmortalité

 

L’ISQ soutient toutefois qu’il faut regarder les tendances à long terme et non les fluctuations temporaires des taux de décès. À cet effet, l’Institut établit à 3 % la surmortalité cumulée depuis le début de la pandémie au Québec, comparativement à 15 % aux États-Unis, 5 % en Ontario et près de 11 % en Alberta. « On est parmi les taux les plus bas de surmortalité dans le monde », affirme Frédéric Fleury-Payeur.

D’ailleurs, le premier ministre François Legault répète que le Québec fait meilleure figure que le reste du Canada, en brandissant ces taux plutôt que les décès en raison de la COVID-19 par habitant. À ce chapitre, le Québec (7,6 décès liés à la COVID-19 par million d’habitants) se classe au dernier rang des provinces canadiennes et a même devancé les États-Unis (5,3 décès par million) ces 7 derniers jours, selon l’INSPQ.

La surmortalité permet de mieux comparer le Québec au reste du Canada et du monde, plaide aussi l’ISQ. Car contrairement à d’autres provinces, le Québec quantifie tous les décès où la COVID-19 est en cause, même si le virus n’est pas la première cause du décès. « Il y a plein de décès où la COVID-19 est rapportée, même si elle est secondaire. Le taux de mortalité, lui, inclut la COVID-19 et ses dommages collatéraux, ainsi que la sur ou sous-mortalité due à d’autres causes. Ça indique un résultat net », explique l’expert de l’ISQ.

Mais comme la pandémie frappe par vague, le nombre de décès « par ou avec » la COVID-19, bien qu’imparfait, demeure un des indicateurs utilisés, avec les hospitalisations, pour suivre en temps réel les effets du virus, affirme Robert Choinière. « Avec Delta, les courbes de surmortalité et de décès se rapprochaient, car le variant causait plus de formes plus graves de la maladie. Avec Omicron, la COVID-19 est le premier diagnostic d’environ la moitié des patients hospitalisés. Le Québec a, en ce moment, un des taux d’hospitalisation les plus élevés dans le monde, mais ça ne veut pas dire nécessairement qu’il y aura surmortalité », nuance-t-il.

Avec Laurianne Croteau

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