Qui sont les vaccinés aux soins intensifs à cause de la COVID-19?

La moitié des personnes qui se retrouvent dans les unités de soins intensifs en raison d’une forme grave de COVID-19 ne sont pas vaccinées, soulignait le premier ministre, François Legault, la semaine dernière. L’autre moitié est par contre vaccinée, d’où le scepticisme de certains à l’égard de l’efficacité du vaccin, dont on ne cesse pourtant de vanter les vertus protectrices.

Quand on y regarde de plus près, il apparaît que ces personnes, pourtant adéquatement vaccinées, qui sont terrassées par la COVID-19 et qui se retrouvent aux soins intensifs sont toutes immunodéprimées ou immunodéficientes en raison d’une greffe d’organe, d’une chimiothérapie, d’une hémodialyse ou d’une maladie auto-immune qui les a empêchées de développer de bonnes défenses immunitaires à la suite de la vaccination, soutient la Dre Madeleine Durand, spécialiste en médecine interne au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Aucune personne adéquatement vaccinée et dotée d’un système immunitaire sain n’a encore été admise dans une unité de soins intensifs du CHUM.

Ces derniers jours, dans les unités de soins intensifs de l’établissement montréalais, 50 % des patients atteints de la COVID-19 qui s’y trouvaient étaient en effet vaccinés. Parmi ceux-ci, à peu près la moitié avait été transférée dans cette unité parce que leur état s’était sérieusement aggravé à cause de la COVID-19. L’autre moitié y séjournait pour une autre raison médicale, mais comme le test qu’on leur avait fait subir à leur admission à l’hôpital s’est avéré positif, ces patients qui présentent souvent une COVID-19 légère, voire asymptomatique, figurent néanmoins dans les statistiques comptabilisant les patients atteints de la COVID-19 qui sont dans une unité de soins intensifs.

« On ne peut donc pas affirmer que le vaccin n’a pas marché pour ce genre de patients, car ils ne se trouvent pas aux soins intensifs pour leur COVID-19, mais pour soigner autre chose comme une hémorragie intracrânienne ou un choc septique à la suite d’une chirurgie abdominale, par exemple », précise la Dre Madeleine Durand.

Par contre, toutes les personnes vaccinées qui se sont retrouvées jusqu’à ce jour dans un état critique aux soins intensifs à cause de la COVID-19 présentaient un problème médical sous-jacent qui les rendait incapables de générer une défense immunitaire suffisante pour se protéger d’une infection grave, même en étant adéquatement vaccinés. Il s’agit de personnes que la Dre Durand qualifie de « non vaccinables ».

Parmi ces personnes qui répondent moins bien au vaccin figurent les personnes immunodéprimées, notamment celles qui ont subi une greffe d’organe et qui, pour cette raison, doivent prendre des immunosuppresseurs pour ne pas rejeter l’organe qui leur a été greffé. On compte aussi les personnes sous chimiothérapie en raison d’un cancer, celles qui vivent avec le VIH, les personnes atteintes d’une maladie auto-immune, comme le lupus ou l’arthrite rhumatoïde. Les personnes sous hémodialyse qui sont également moins capables d’acquérir une bonne immunité avec le vaccin, de même que les personnes atteintes d’une immunodéfience primaire, c’est-à-dire qu'elles sont nées avec un système immunitaire anormal qui n’arrive pas à développer une immunité adéquate contre la COVID-19 à la suite de la vaccination, ainsi que les personnes très âgées, dont le système immunitaire est moins performant, souligne la Dre Durand.

Une protection qui diminue

 

Un autre facteur pouvant expliquer le fait que certains patients ayant pourtant reçu deux doses de vaccin ont abouti dans une unité de soins intensifs en décembre dernier est la diminution de l’immunité vaccinale observée six mois après la seconde dose dans différents pays, dont Israël. « Si ces patients avaient reçu leur troisième dose, ils n’auraient probablement pas développé une COVID sévère », avance la Dre Durand.

« On ne peut pas dire “toujours” en médecine, mais on pourra dire que dans 99 % des cas, les gens qui développent une COVID-19 sévère ne sont pas vaccinés ou bien leur vaccination a été inefficace en raison du trop long délai depuis leur dernière dose, en raison de leur âge avancé ou de leur immunodépression imputable à une condition médicale sous-jacente, telle qu’une greffe d’organe, une chimiothérapie, une maladie auto-immune, des traitements de dialyse, qui a grandement affaibli leur réponse au vaccin. Mais cela ne veut surtout pas dire que ça ne vaut pas la peine qu’ils se fassent vacciner », résume la Dre Durand. Elle affirme n’avoir vu aucune personne vaccinée décéder d’une COVID-19 sévère sans une de ces différentes raisons.

« Il n’y a aucun doute que les vaccins fonctionnent », affirme la spécialiste du CHUM tout en faisant remarquer que ces patients qui sont adéquatement vaccinés (doublement, voire triplement), mais vulnérables en raison de leur état médical préexistant, « sont très dépendants de l’immunité collective. Ils ne sont pas en sécurité si les autres ne sont pas vaccinés ».

« On se fait vacciner pour nous, mais aussi pour les autres car il y en a parmi les autres qui, même s’ils font tout pour se protéger, n’auront pas accès à une bonne efficacité vaccinale parce que leur corps ne produira presque pas d’anticorps quand ils se feront vacciner. Tous nos greffés d’organes, tous les individus sous hémodialyse, toutes les personnes très âgées dépendent de la vaccination de tous les autres ! », rappelle-t-elle.

À voir en vidéo