Les personnes handicapées réclament l’accès aux tests PCR

Alors même que Québec restreignait début janvier l’accès aux centres de dépistage, sous pression à cause du variant Omicron, Lucie Giroux, qui a perdu la vue il y a quelques années, a commencé à se sentir malade. Elle avait quelques tests rapides, grâce à une voisine, mais elle n’était pas en mesure de les utiliser par elle-même et de voir le résultat.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alors même que Québec restreignait début janvier l’accès aux centres de dépistage, sous pression à cause du variant Omicron, Lucie Giroux, qui a perdu la vue il y a quelques années, a commencé à se sentir malade. Elle avait quelques tests rapides, grâce à une voisine, mais elle n’était pas en mesure de les utiliser par elle-même et de voir le résultat.

Des personnes en situation de handicap, qui sont incapables d’utiliser les tests rapides par elles-mêmes à la maison lorsqu’elles ont des symptômes de COVID-19, aimeraient être ajoutées par le gouvernement du Québec à la liste des personnes prioritaires pour avoir accès aux tests PCR.

Alors même que Québec restreignait début janvier l’accès aux centres de dépistage, qui étaient sous pression à cause du variant Omicron, Lucie Giroux, qui a perdu la vue il y a quelques années, a commencé à se sentir malade. Elle avait quelques tests rapides, grâce à une voisine, mais elle n’était pas en mesure de les utiliser par elle-même et de voir le résultat.

« Je ne vois absolument rien, explique la Montréalaise au Devoir. J’ai dû demander à mon voisin, qui voit mieux que moi, de s’habiller en astronaute pour venir chez moi et me faire passer un test rapide. » Le résultat étant positif, elle est restée isolée avec sa mère âgée de 76 ans, qui a, elle aussi, de grandes difficultés à utiliser un test par elle-même.

« Je mets les gens en danger, renchérit Lucie Giroux. Pour passer un test PCR, j’ai besoin de quelqu’un pour m’amener, mais, là-bas au moins, nous avons de l’aide professionnelle. J’ai besoin des yeux d’autrui, j’ai besoin d’aide professionnelle », souligne-t-elle.

J’ai dû demander à mon voisin, qui voit mieux que moi, de s’habiller en astronaute pour venir chez moi et me faire passer un test rapide

 

Patrick Desjardins fait face au même problème. L’homme de 45 ans, qui réside à Montréal, est paralysé. « Je ne peux pas utiliser de test rapide, affirme le président d’Ex æquo, un organisme qui défend les droits des personnes ayant une déficience motrice. C’est vraiment un problème pour nous. »

Une préposée vient régulièrement lui donner un coup de main, mais il s’inquiète des risques de la contaminer. « Ce n’est pas l’idéal », dit-il. Un risque amplifié par le fait que le fils de l’homme, qui s’est récemment séparé de sa conjointe, recommencera à fréquenter l’école en personne et pourrait attraper la COVID-19.

55 organismes signent une lettre

« C’est un problème majeur », lance Antoine Perreault, directeur général du Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec (RAAQ). Au Québec, plus de 200 000 personnes ont un problème de vision, selon des chiffres de l’Office des personnes handicapées du Québec datant de 2017. Plus d’un million de personnes âgées de 15 ans et plus dans la province ont au moins une incapacité, est-il également précisé.

À l’initiative du regroupement, 55 organismes du milieu communautaire ont signé une lettre, que Le Devoir a obtenue et publiée sur son site Web, pour réclamer que les personnes handicapées soient ajoutées à la liste des groupes ayant droit aux tests PCR. « C’est une question de sécurité et d’égalité, écrivent les signataires. Nous ne remettons pas en question l’importance de prioriser les dépistages. Mais il est inconcevable que les personnes handicapées n’aient pas droit aux tests PCR. »

Plusieurs groupes sont touchés, explique Antoine Perreault. « Ce n’est pas accessible [les tests rapides] pour une personne ayant des difficultés de motricité fine, souligne-t-il. Je discutais avec des gens qui représentent des personnes avec une déficience intellectuelle, et comprendre comment ça fonctionne et le faire, c’est vraiment compliqué. »

À cela s’ajoute le fait que plusieurs personnes reçoivent de l’aide à la maison d’employés du réseau de la santé et des services sociaux, mais aussi de proches aidants, de voisins ou de bénévoles. « Ce ne sont pas des gens qui sont nécessairement formés pour la COVID-19, ou qui ont le droit de faire passer un test PCR, dit-il. Si la personne a des symptômes, il faut qu’elle sache rapidement si elle a la COVID-19 et si la personne est à l’aise de venir l’aider chez elle. »

La liste des personnes prioritaires a été élargie vendredi, rapporte Antoine Perreault, mais elle n’inclut toujours pas les personnes avec un handicap. « C’est bien que certaines personnes en lien avec les gens handicapés puissent maintenant se faire dépister », souligne-t-il toutefois.

Le RAAQ discute régulièrement avec des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) depuis le début de la pandémie pour qu’il y ait des aménagements pour les personnes handicapées. « C’est problème sur problème sur problème. La plateforme en ligne pour prendre rendez-vous pour un vaccin n’est pas accessible [pour les personnes en situation d’handicap », déplore-t-il.

Le directeur général compte continuer d’interpeller le ministère pour élargir l’accès aux tests. « Nous espérons que le MSSS prendra conscience de l’importance de tenir compte des problèmes qui touchent les personnes handicapées », dit-il.

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