Flambée de cas dans les milieux de vie pour aînés

Contrairement à ce qui s’était passé lors de la première vague, qui avait ravagé les CHSLD, les personnes âgées qui sont infectées actuellement présentent des formes plus légères de COVID-19.
Photo: Getty Images Contrairement à ce qui s’était passé lors de la première vague, qui avait ravagé les CHSLD, les personnes âgées qui sont infectées actuellement présentent des formes plus légères de COVID-19.

Tout comme dans la population en général, les cas de COVID-19 dans les milieux de vie pour personnes aînées et vulnérables ont connu un bond fulgurant au cours des derniers jours. De 319 cas actifs répertoriés le 23 décembre dans les CHSLD et les résidences pour aînés (RPA), ce bilan est passé à 822 cas actifs le 28 décembre, révèlent des données publiées mercredi par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Mardi, 207 milieux de vie étaient touchés, alors que ce nombre n’était que de 80 jeudi dernier. Sept CHSLD de la province se trouvent désormais en « zone rouge » (plus du quart des résidents ont la COVID-19), un CHSLD est en « zone orange » (15 % à 25 % des résidents sont infectés) et 74 CHSLD sont en « zone jaune » (les cas confirmés touchent moins de 15 % des résidents). Du côté des RPA, 125 établissements sont en « zone jaune », sans qu’aucun ne se trouve sur les autres paliers. Le MSSS rapporte dix décès survenus dans les éclosions en CHSLD et deux décès dans les éclosions en RPA.

La vague Omicron a donc commencé à déferler avec force sur les milieux de vie pour aînés. Interrogés par Le Devoir, deux propriétaires de résidences pour personnes âgées touchées par des éclosions se font toutefois rassurants, rappelant qu’on est encore très loin de la situation vécue au printemps 2020.

« Omicron est très contagieux, mais très faible dans les symptômes », souligne Paul Arbec, président et chef de la direction du Groupe Santé Arbec, propriétaire du CHSLD Marguerite-Rocheleau, sis à Saint-Hubert en Montérégie, où 59 % des résidents sont infectés par la COVID-19. « Le bon côté, c’est que 85 % à 90 % de notre monde sont asymptomatiques ou ont de très légers symptômes. Mais le côté sournois, c’est qu’on a quelques personnes, une mince minorité de nos résidents triplement vaccinés, qui l’ont difficile. »

Selon le bilan publié mercredi par le Groupe Santé Arbec, 64 résidents et 32 employés du CHSLD Marguerite-Rocheleau sont positifs à la COVID-19 et deux aînés ont perdu la vie.

Paul Arbec fait valoir que les milieux de vie pour aînés sont maintenant mieux armés que lors de la première vague. « C’est complètement une autre game. On est prêt. Le réseau de la santé est prêt. Les équipes de prévention et de contrôle des infections sont prêtes et très présentes, insiste-t-il. On connaît beaucoup mieux notre adversaire qu’il y a deux ans. »

Pour affronter Omicron, le CHSLD Marguerite-Rocheleau a été chanceux dans sa malchance, croit-il. « On a été dans les premiers établissements touchés, alors il y avait encore du personnel d’agences qui était disponible. » Avec les renforts, il y a actuellement 15 à 20 % plus d’effectifs qu’à l’habitude dans l’établissement, rapporte Paul Arbec. « On n’a pas de pénurie de personnel. »

Une situation « fluide »

À la Résidence Bellerive, une RPA des Résidences Quatre Saisons située à Salaberry-de-Valleyfield en Montérégie, onze résidents ont contracté la COVID-19, de même que cinq employés et un employé d’agence, rapporte Ronald Vinet, propriétaire des Résidences Quatre Saisons.

Une zone chaude a été aménagée, mais la résidence envisage déjà de la fermer puisque les personnes infectées ont commencé à retourner dans leur unité. « Si on ferme la zone chaude, c’est que les résidents auront tous reçu deux ou trois tests négatifs », assure-t-il, précisant que l’éclosion a débuté il y a trois semaines.

Tous les résidents qui ont contracté la COVID-19 avaient reçu leurs trois doses de vaccin. « Cette vague-là est certainement moins dévastatrice. Les gens qui sont atteints ont eu des symptômes très légers, poursuit M. Vinet. La première vague a été beaucoup plus difficile. C’était nouveau pour tout le monde. »

On connaît beaucoup mieux notre adversaire qu’il y a deux ans.

 

La machine est aujourd’hui beaucoup mieux huilée, ajoute-t-il. « La grande amélioration, c’est la volonté de dépister nos employés et nos résidents rapidement [par le CSSS du Suroît]. Ça nous a beaucoup aidés. »

La situation est actuellement maîtrisée à la Résidence Bellerive, dit-il. Mais s’il y a une chose que la pandémie nous a apprise, c’est que tout peut changer rapidement, prévient-il. « C’est une situation très fluide. »

Aux aguets

 

Avec une transmission communautaire aussi forte, il fallait s’attendre à cette montée des cas dans les CHSLD et les RPA, indique le Dr David Lussier, gériatre à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. « Mais ce que j’entends [du terrain], ce n’est pas du tout ce qu’on a vécu dans la première vague avec des décès élevés, parce que la plupart [des personnes infectées] ont des formes légères [de la maladie]. »

Le Dr Lussier souligne que les milieux de vie sont aujourd’hui mieux préparés, notamment pour isoler les personnes infectées, et leurs résidents sont mieux protégés avec leur troisième dose de vaccin. Il faudra toutefois suivre la situation de près dans les prochains jours, indique-t-il. « Le nombre de cas pourrait augmenter très rapidement comme ça a été le cas dans la population, de manière exponentielle. »

D’autant que des opérations de dépistage auront lieu dans plusieurs résidences. « Quand il y a une éclosion sur un étage, on dépiste tout le monde, donc il est possible qu’on trouve plus de personnes infectées qui sont asymptomatiques », souligne-t-il.

Julie Bouchard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), demande quant à elle au gouvernement de conserver un œil plus vif sur la situation dans les milieux de vie pour aînés.

« On ne doit pas s’asseoir sur le fait que la clientèle est triplement vaccinée et [présumer] qu’une autre histoire d’horreur ne pourrait pas arriver », laisse tomber la leader syndicale.

Pour prévenir de nouvelles flambées, la FIQ réclame que le personnel de la santé travaillant dans les milieux de vie pour aînés ait un accès accru aux masques N95. « Malgré la recommandation en ce sens formulée par la CNESST le 24 décembre, le ministère de la Santé n’a toujours pas statué sur cette recommandation », déplore-t-elle.

Le Dr Lussier appuie d’ailleurs cette demande. « Les risques qu’un résident ou un employé soit positif et asymptomatique sont très élevés, donc si on veut diminuer les risques, ça serait la meilleure chose à faire. »



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