Les doses de rappel seront-elles à la remorque des variants?

Dans le cas d’Omicron, une dose de rappel est nécessaire, car le variant  est doté de  mutations qui  le rendent très différent des précédents  variants.
Valérian Mazataud Le Devoir Dans le cas d’Omicron, une dose de rappel est nécessaire, car le variant est doté de mutations qui le rendent très différent des précédents variants.

Alors qu’une troisième dose de vaccin est actuellement administrée aux Québécois pour faire face au très contagieux variant Omicron, plusieurs se demandent si une telle dose de rappel deviendra nécessaire chaque fois qu’un nouveau variant fera son apparition. Sommes-nous condamnés à recevoir des doses de vaccins périodiquement pour nous protéger contre la COVID-19 ? Dans l’immédiat, il se pourrait bien que cela devienne nécessaire si de nouveaux variants préoccupants surgissent. Mais des chercheurs travaillent à mettre au point un vaccin universel qui protégerait contre tous les variants du coronavirus qui pourraient émerger.

« On n’aura pas nécessairement besoin d’une dose de rappel pour chaque variant qui surgira. On n’en a pas eu besoin pour faire face aux variants Mu et Delta. Si des variants émergent de la même lignée que Delta et Omicron et qu’ils ne présentent pas trop de changements, on n’aura probablement pas besoin de rappel. Si, par contre, ils sont dotés de mutations qui les rendent vraiment différents des précédents, une dose de rappel du vaccin original sera peut-être nécessaire, comme cela l’est pour Omicron. Et si un variant émerge d’une nouvelle lignée, on devra probablement avoir recours à un nouveau vaccin », avance le Dr Donald Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

« La fréquence des doses de rappel dont on aura besoin dépend donc des variants qui feront leur apparition et aussi des vaccins qui ont été développés », souligne le Dr Vinh avant de rappeler que pour l’instant, on utilise des vaccins qui ciblent principalement la protéine S des spicules, ces excroissances à la surface du coronavirus qui lui servent à s’attacher aux cellules qu’il veut infecter. Or, cette protéine S et son domaine de liaison au récepteur des cellules sont des régions qui subissent très fréquemment des mutations susceptibles de changer la structure du virus, qui alors pourrait ne plus être reconnu par les cellules et les anticorps générés par l’immunité acquise par la vaccination ou par une infection antérieure.

Si des variants émergent de la même lignée que Delta et Omicron et qu’ils ne présentent pas trop de changements, on n’aura probablement pas besoin de rappel

 

« Il est probable que de nouveaux variants fassent irruption à tout moment comme c’est arrivé avec Omicron. Dans un tel contexte et étant donné qu’il est trop tôt pour savoir quelle sera la durée de l’immunité induite par la troisième dose du vaccin de départ, il est possible qu’on ait besoin de doses de rappel de façon périodique, notamment quand surviendront des recrudescences, à l’automne ou à l’hiver par exemple, comme on le voit pour la grippe. Il se peut qu’à l’automne, une dose de rappel ne soit nécessaire que pour les personnes plus vulnérables, comme les personnes âgées ou celles atteintes de maladies chroniques. Il se peut aussi qu’on doive adapter les vaccins en fonction des variants qui seront en circulation. Mais ce ne sont que des possibilités, car pour le moment c’est difficile de s’avancer », affirme pour sa part l’expert en immunologie Alain Lamarre, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Chose certaine, « on savait que l’immunité contre les coronavirus n’est pas très durable, car l’immunité qu’on acquiert lorsqu’on fait un rhume à coronavirus nous protège peu contre une réinfection l’année suivante. C’est assez typique des coronavirus, et le SRAS-CoV-2 n’est probablement pas très différent », souligne-t-il.

Selon l’immunologiste André Veillette, de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et membre du Groupe de travail sur les vaccins contre la COVID-19, il faut attendre de voir si la troisième dose permettra d’arrêter la vague actuelle d’Omicron ou si une nouvelle version du vaccin conçue spécifiquement pour combattre Omicron sera nécessaire pour y arriver. « Les vaccins sont fantastiques. Les gens doivent aller chercher leur troisième dose. On aura peut-être besoin d’une quatrième dose, mais j’en doute, à moins qu’on ait une autre vague-surprise d’ici l’automne. Et même si c’est tranquille cet été, il faudra penser à une dose à l’automne comme pour la grippe. Ce pourrait être un vaccin à ARNm plus adapté au variant en circulation ou un vaccin à base de protéines, comme le Novavax, qui a été approuvé en Europe, qui stimulerait le système immunitaire différemment », dit-il.

Les multiples changements qu’a subis le variant Omicron et qui lui permettent d’échapper à la protection offerte par les deux premières doses de vaccin à ARNm « nous démontrent qu’il faut vraiment investir et travailler dès maintenant sur une nouvelle génération de vaccins. Et nouvelle génération ne veut pas dire prendre le code génétique d’Omicron et le mettre dans des vaccins, ce qui serait seulement une adaptation de la première génération, comme Pfizer nous l’a annoncé. Il nous faut sortir d’un paradigme où on devra donner des doses aux six mois, ce qui n’a pas de bon sens ! Pour le moment on le fait, on encourage les gens à aller prendre leur troisième dose pour élever leur niveau d’anticorps qui leur seront très utiles pour faire face au variant Omicron. Il reste que c’est une stratégie qui se justifie dans l’urgence. Mais à long terme, il faut trouver autre chose », affirme le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

« Il nous faut mettre au point un vaccin qui ne soit pas à la remorque de l’évolution du virus, comme c’est le cas pour le vaccin contre l’influenza qu’on administre en novembre et décembre et qui est composé de virus qui circulaient durant le mois de février précédent. Or, le virus a continué d’évoluer [entre février et novembre], et celui qui occupe le plancher en automne n’est souvent pas exactement le même que celui qu’on a mis dans le vaccin. Mais beaucoup de gens ont rencontré l’influenza à quelques occasions depuis leur naissance, ils ne sont donc pas complètement dépourvus d’immunité contre lui. Cette immunité est loin d’être une protection complète, et c’est pour ça qu’il y a des gens qui sont hospitalisés ou décèdent de la grippe chaque année, mais dans des proportions qui n’ont rien à voir avec ce qu’on voit avec la COVID-19 », fait-il remarquer.

« Ce n’est pas simple de développer un vaccin qui serait universel [qui agirait contre tous les possibles variants susceptibles d’émerger]. Chose certaine, ce n’est vraisemblablement pas des compagnies comme Pfizer et Moderna que viendra un tel vaccin. Pfizer et Moderna ont utilisé des technologies qui ont été développées à la suite de nombreuses années de recherches financées par l’État. Ils ont réussi à utiliser cette technologie pour produire des vaccins, on doit leur en être reconnaissant. Mais le développement d’une nouvelle génération de vaccins va demander le génie de nombreux chercheurs », dit-il.

Un vaccin de seconde génération ne devra pas cibler uniquement la protéine S des spicules, qui est très sujette aux mutations, préviennent les experts. « Des universitaires et des compagnies s’appliquent justement à mettre au point des vaccins qui ciblent des protéines plus stables, c’est-à-dire moins susceptibles de subir des mutations, que la protéine S », fait remarquer le Dr Vinh.

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