Des agences de placement proposent leur aide contre Omicron, mais non sans conditions

La Croix-Rouge contribue à l’effort de guerre pandémique depuis son arrivée sur le terrain au printemps 2020.
Photo: Valerian Mazataud Archives Le Devoir La Croix-Rouge contribue à l’effort de guerre pandémique depuis son arrivée sur le terrain au printemps 2020.

Le président du Regroupement des agences de placement de personnel de la santé (RAPDS), Richard Mercier, compte dans ses rangs plus de 800 infirmières, infirmières auxiliaires et préposées aux bénéficiaires prêtes à contribuer à l’effort de guerre contre le variant Omicron à condition que le gouvernement mette fin à l’« iniquité » entre les agences.

« On a des gens qui, si les conditions étaient uniformes pour l’ensemble des agences, [pourraient s’ajouter] aux ressources dont on a grandement besoin dans le réseau de la santé », soutient M. Mercier dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, impose une série de conditions aux agences de placement qui ne faisaient pas partie du « groupe d’approvisionnement en commun » reconnu par le Centre d’acquisitions gouvernementales avant le 13 mars 2020. Par exemple, il a plafonné à 71,87 $ le montant horaire pouvant leur être alloué en échange des services d’une infirmière.

« Avec un taux de 71,87 dollars, il faut que je paye le taux [horaire de l’infirmière], les heures supplémentaires s’il y en a, le transport et l’hébergement… Vous comprenez que ça ne fonctionne pas », poursuit M. Mercier, qui dirige aussi une entreprise vouée à « établir des liens entre [environ 4000] travailleurs autonomes et des clients potentiels », AideXpress.

L’entrepreneur presse le gouvernement de « traiter sur un pied d’égalité » toutes les agences de placement et, par ricochet, tous ceux qui en sont membres. « On comprend l’idée du gouvernement de moins utiliser d’agences, puis de ramener du monde dans le réseau de la santé, mais la mécanique actuelle n’arrive pas à faire ça », souligne M. Mercier.

Le RAPDS a perdu 50 % de ses professionnels membres, non pas au profit de CISSS et de CIUSSS, mais plutôt d’agences dispensées des règles pandémiques édictées par le ministre de la Santé puisqu’elles étaient dans l’orbite du réseau avant le 13 mars 2020. « [Ces agences] ont la capacité de demander des tarifs qui ne respectent pas les arrêtés, des conditions qui ne respectent pas les arrêtés, ce qui leur permet de recruter notre monde. Pour le gouvernement, ça coûte plus cher, ça ne réduit pas l’exode du personnel du réseau de la santé », explique Richard Mercier, avant d’évoquer d’éventuels bris de services en région si rien n’est fait.

Pour l’heure, il s’explique mal que le gouvernement québécois fasse appel aux Forces armées canadiennes et à la Croix-Rouge, mais se prive de quelques centaines de travailleurs autonomes membres de la quinzaine d’agences de placement qu’il représente. « On comprend que dans la sphère publique, l’image des agences n’est pas très bonne, mais ce n’est pas à cause de nous autres si le réseau de la santé a des défis actuellement. »

La Croix-Rouge s’en vient

L’appel à l’aide de Québec a été entendu au quartier général de la Croix-Rouge canadienne.

En effet, l’organisme d’aide humanitaire dépêchera « dans les prochains jours » jusqu’à 300 employés — des « aides de service » et des experts en prévention et en lutte contre les infections — dans le réseau québécois de la santé, lequel est actuellement privé de près de 5200 employés qui sont en congé de maladie parce qu’ils ont testés positifs à la COVID-19, qu’ils sont en attente d’un résultat ou qu’ils refusent de passer un test de dépistage. « Ça ne veut pas dire le 25 décembre », précise la directrice des communications de la Croix-Rouge, Carole Du Sault, au Devoir. La plupart des équipes devraient être déployées plus dans les centres de soins de longue durée, et moins dans les centres de vaccination et de dépistage, a-t-elle précisé.

Les employés de la Croix-Rouge grossiront les rangs formés par les médecins spécialistes du Québec, les militaires des Forces armées canadiennes et les personnes recrutées par le biais de la plateforme Je contribue, où 8000 curriculum vitæ ont été déposés « dans les derniers jours ».

D’ailleurs, le gouvernement du Québec n’a toujours pas fait connaître la nature des renforts qu’il demande à Ottawa. La ministre provinciale de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, ne les chiffrait pas dans la lettre qu’elle a envoyée au fédéral mardi. Son collègue à la Santé, Christian Dubé, s’est contenté de parler d’un manque à gagner de 500 vaccinateurs. Les syndicats du réseau de la santé font état d’une pénurie de personnel dans presque tous les milieux. En conférence de presse mercredi, le premier ministre François Legault a indiqué que « pour ce qui est de l’armée, au mieux on parlerait de quelques dizaines de personnes. Donc on s’organise sans l’armée ».

« On n’a pas des ressources infinies », a fait valoir un peu plus tôt mercredi son homologue au fédéral, Justin Trudeau, en conférence de presse.

Avec Marie Vastel, Isabelle Paré et Anne-Marie Provost

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