COVID-19: «il n’y a pas de bon scénario» pour le Québec

Le scénario le plus pessimiste étudié par les experts laisse entendre que les mesures annoncées lundi et la troisième dose ne seraient «pas suffisantes pour réduire les hospitalisations sous un pic de 100 nouvelles hospitalisations par jour dans le Grand Montréal» en janvier.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le scénario le plus pessimiste étudié par les experts laisse entendre que les mesures annoncées lundi et la troisième dose ne seraient «pas suffisantes pour réduire les hospitalisations sous un pic de 100 nouvelles hospitalisations par jour dans le Grand Montréal» en janvier.

« On ne peut pas exclure » un dépassement des capacités hospitalières dans les prochaines semaines en dépit des resserrements des consignes sanitaires annoncés lundi et malgré l’accélération de la vaccination avec la troisième dose, prévoit l’Institut national de la santé publique (INSPQ) dans sa plus récente modélisation.

Quant à l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), il prévoit dans sa mise à jour du 20 décembre « une intensification rapide du nombre de nouvelles hospitalisations et des taux d’occupation des lits COVID au cours des trois prochaines semaines ». Ses prévisions ne tiennent pas compte des consignes sanitaires de lundi.

« C’est certain que si les citoyens portent attention aux mesures et modifient leurs comportements, les chiffres pourraient être modifiés », a déclaré le président-directeur général de l’INESSS, Luc Boileau, au Devoir.

Les prévisions de ses équipes laissent croire que d’ici le 9 janvier, environ 1200 lits courants et 300 lits aux soins intensifs seront occupés dans les hôpitaux. Cela correspond à 80 % des lits utilisés en janvier 2021.

Les projections de l’INESSS et de l’INSPQ ont été rendues publiques mercredi. Elles étaient fort attendues, puisqu’elles ont joué un rôle important dans le choix des nouvelles mesures sanitaires qui doivent être annoncées par Québec en fin d’après-midi.

Le Québec « fragile »

Les prévisions des experts de l’INSPQ ont été mises à jour mercredi. Dans celles-ci, les scientifiques notent que le Québec était dans une situation « fragile » lorsque le variant Omicron est arrivé, au cours de l’automne.

Selon les experts gouvernementaux, la hausse des hospitalisations observée depuis novembre s’explique par deux facteurs : l’augmentation des contacts sociaux pendant l’automne et la diminution graduelle de la protection offerte par les deux doses de vaccins. Début décembre, la proportion de personnes vaccinées avec une troisième dose n’était que de 4 %, rappelle l’INSPQ.

À ce jour, « la combinaison d’une adhésion forte de la population aux mesures, de l’accélération de la vaccination avec la troisième dose, du dépistage et de l’isolement pourrait atténuer la transmission d’Omicron au Québec », note le rapport. « Toutefois, étant donné l’incertitude concernant la sévérité d’Omicron, on ne peut pas exclure un dépassement des capacités hospitalières, même avec les mesures annoncées le 20 décembre et l’accélération de la vaccination avec une troisième dose », nuancent-ils aussitôt.

L’INSPQ note au passage que les données concernant les caractéristiques du variant Omicron « sont très incertaines et limitées pour le moment, particulièrement concernant sa sévérité ». Des incertitudes au sujet du rythme de vaccination et de l’adhésion de la population aux mesures sanitaires invitent aussi à la prudence dans l’interprétation des données, font valoir les experts.

Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’INSPQ, rappelle en entrevue l’importance des consignes sanitaires pour freiner la hausse des hospitalisations. « Si on n’applique pas très strictement les mesures qui sont actuellement faites pour essayer de réduire les contacts, on va aller dans une situation très, très difficile », insiste-t-il.

225 hospitalisations par jour

 

Le scénario le plus pessimiste étudié par les experts (voulant qu’Omicron soit d’une sévérité similaire à Delta) laisse entendre que les mesures annoncées lundi et la troisième dose ne seraient « pas suffisantes pour réduire les hospitalisations sous un pic de 100 nouvelles hospitalisations par jour dans le Grand Montréal » en janvier. Selon que l’échappement vaccinal soit élevé ou faible (à savoir si les vaccins nous protègent mal ou bien du variant), le nombre d’hospitalisations quotidiennes pourrait s’approcher de 200 ou dépasser 225, respectivement.

Le seul scénario qui pourrait permettre d’éviter le « pic de janvier 2021 » — avec un sommet de 150 nouvelles hospitalisations le 2 janvier — est celui voulant que l’Omicron ait une « moyenne transmissibilité » (qu’il soit 1,5 à 1,7 fois plus transmissible que Delta), bien que le vaccin offre un taux de protection réduit (taux d’échappement vaccinal élevé). Ce scénario tient compte des mesures annoncées lundi.

En revanche, même si le vaccin protégeait bien la population (taux d’échappement vaccinal faible), une haute transmissibilité d’Omicron (deux à trois fois plus transmissible que le variant Delta) ne permettrait pas d’éviter ce sommet dans les hospitalisations.

« En effet, il n’y a pas de bon scénario », a résumé Cécile Tremblay, microbiologiste infectiologue au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) « Dans le scénario le plus optimiste, la situation en janvier serait similaire à celle de l’an dernier. Si on considère le scénario moyen, ceci devrait inciter tous les citoyens à respecter les mesures à la lettre et à aller chercher sa troisième dose le plus rapidement possible. Le scénario le plus pessimiste implique que des mesures draconiennes doivent être prises rapidement. »

De l’avis de Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM, le gouvernement « n’a pas le choix que d’aller avec le scénario qui prend en compte qu’Omicron est aussi sévère que le Delta ». Il faut donc prévoir le scénario du pire, selon elle. Elle espère néanmoins qu’un confinement complet sera évité. « Oui, il y a le système de santé, mais il y a la santé mentale, dit-elle. Ce n’est pas une décision facile. »

Deux scénarios étudiés par l’INSPQ

Pour bâtir leurs prévisions, les experts de l’INSPQ ont mis sur pied deux scénarios. Le premier considère que l’Omicron est deux à trois fois plus transmissible que le variant Delta, mais que le vaccin protège bien la population (échappement vaccinal faible). Le second se base sur l’hypothèse voulant que l’Omicron soit 1,5 à 1,7 fois plus transmissible que le Delta et qu’il ait un échappement vaccinal élevé (le vaccin offrant une protection réduite, de 30 à 50 % contre l’infection et de 75 à 85 % contre les hospitalisations). Ces deux scénarios ont ensuite été modélisés en suivant deux hypothèses de sévérité : d’une part, qu’Omicron serait trois fois moins sévère que Delta et d’autre part, qu’il serait aussi sévère que Delta.



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