Percer les mystères du vieillissement du cerveau

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Depuis 30 ans, Sylvie Belleville poursuit ses recherches cliniques auprès des personnes âgées, s’intéressant aux troubles cognitifs associés au vieillissement et à la maladie d’Alzheimer.
Image: Getty Images Depuis 30 ans, Sylvie Belleville poursuit ses recherches cliniques auprès des personnes âgées, s’intéressant aux troubles cognitifs associés au vieillissement et à la maladie d’Alzheimer.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Depuis 30 ans, Sylvie Belleville cherche à mieux comprendre le cerveau et la mémoire chez les personnes âgées. Le prix Acfas Léo-Pariseau reconnaît aujourd’hui les travaux de cette pionnière de la neuropsychologie du vieillissement et des démences.

Jeune, Sylvie Belleville a été marquée par l’accident vasculaire cérébral de son père. À 40 ans, celui-ci a subi des atteintes cognitives avec lesquelles il a dû vivre le reste de sa vie. À l’époque, on pensait que seul le cerveau des enfants était plastique. « On n’avait aucune idée de ce qui se passait », raconte-t-elle.

Cet événement a teinté de façon inconsciente le parcours de celle qui est maintenant professeure titulaire au Département de psychologie de l’Université de Montréal. « Ça a été un déclic, ajoute-t-elle. La conviction qu’il aurait pu bénéficier d’une intervention cognitive est restée en moi depuis. »

De la psychologie à la neuropsychologie

Sylvie Belleville est d’abord formée en psychologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, pour devenir psychologue clinicienne. Elle y découvre la neuropsychologie, une science qui combine psychologie et biologie. Plusieurs chercheurs en neuropsychologie reconnus y évoluaient à l’époque. « J’étais fascinée par la question de la plasticité cérébrale », se souvient-elle.

Photo: Matthew Dessner La neuropsychologue Sylvie Belleville

Elle décide alors de faire un doctorat en neuropsychologie à l’Université McGill, puis un postdoctorat, avant de pratiquer quelques années comme clinicienne, plus particulièrement à l’hôpital Côte-des-Neiges, un établissement gériatrique.

« C’est là où j’ai fait une autre grande découverte : celle du travail avec les personnes âgées. C’est un milieu extraordinairement stimulant », ajoute Mme Belleville. Celle-ci y découvre l’importance du dialogue entre la recherche et la pratique. « Pour moi, la recherche clinique est un outil essentiel pour faire avancer les choses », soutient-elle.

Détection précoce, intervention précoce

 

Depuis 30 ans, la professeure poursuit ses recherches cliniques auprès des personnes âgées, s’intéressant aux troubles cognitifs associés au vieillissement et à la maladie d’Alzheimer. Ses intérêts de recherche s’articulent autour de deux grands axes : le diagnostic précoce de l’alzheimer de même que l’intervention précoce pour compenser les pertes cognitives. Dans les dernières années, les spécialistes se sont en effet affairés à tenter de diagnostiquer l’alzheimer plus tôt, pour agir en prévention et avant l’atteinte des stades finaux. « On comprend de mieux en mieux qu’on peut faire plusieurs choses pour protéger le cerveau, pour l’aider à se défendre et faire en sorte qu’il y ait moins d’atteintes cognitives », affirme Sylvie Belleville.

Même à un âge avancé, le cerveau a donc encore la capacité de se réorganiser. La chercheuse a développé une série d’interventions non pharmacologiques pour l’exercer : trucs mnémotechniques, stratégies pour rendre l’acte de mémoriser plus actif, stratégies de mémorisation de texte, contrôle de l’attention. « Ce sont des choses relativement simples, mais c’est important quand on vieillit, parce qu’on tend à avoir une attitude passive pour mémoriser », remarque-t-elle.

Pourquoi certaines personnes vieillissent-elles mieux que d’autres ? On commence à comprendre que ce n’est pas seulement une question de génétique, mais aussi de style de vie.

 

Pour comprendre les processus de la pensée, la chercheuse utilise l’imagerie cérébrale. Elle observe ainsi comment le cerveau réalise une tâche, et quelles régions s’activent, avant et après ces entraînements cognitifs. « On observe des changements gigantesques, même lorsque la personne est aux premiers stades de la maladie d’Alzheimer », explique-t-elle.

Ces changements semblent également perdurer. La chercheuse note en effet que ceux-ci sont maintenus après cinq ans chez les gens qui ont bénéficié d’une intervention. « C’est spectaculaire », souligne Mme Belleville. Ses résultats seront bientôt publiés.

Continuer d’explorer

Remporter ce prix de l’Acfas est un jalon important dans la carrière de la professeure. « C’est une grande fierté. Mais ce n’est pas juste moi, Sylvie Belleville, qui est reconnue, c’est aussi mon domaine. Ça reconnaît l’importance de faire de la recherche sur le vieillissement cognitif », croit-elle.

Le prix Acfas Léo-Pariseau souligne l’excellence des travaux et des actions dans le domaine des sciences biologiques ou des sciences de la santé, un détail important pour la chercheuse. C’est en effet la première fois que ce prix est remis à une neuropsychologue.

Mme Belleville poursuit donc son chemin. Elle aimerait explorer dans l’avenir la question de la réserve cognitive : « Pourquoi certaines personnes vieillissent-elles mieux que d’autres ? On commence à comprendre que ce n’est pas seulement une question de génétique, mais aussi de style de vie », explique-t-elle.

Par-dessus tout, la chercheuse souhaite améliorer la vie des patients. Elle travaille en ce moment sur le développement d’une plateforme Web qui donnera de l’information sur les facteurs de protection contre le vieillissement cognitif et sur des approches en prévention.

« Je veux donner accès à ces innovations et implanter ces connaissances dans la vraie vie », termine Sylvie Belleville.

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