Le Québec suivra-t-il la cinquième vague européenne?

À l’approche de l’hiver, les cas de COVID-19 flambent dangereusement en Europe. Le continent a vu le nombre de nouveaux cas augmenter de plus de 55 % au cours des quatre dernières semaines, selon l’Organisation mondiale de la santé. Devant cette remontée, plusieurs pays rétablissent des restrictions sanitaires. Le Québec suivra-t-il la tendance à l’arrivée des Fêtes ?

Les bilans quotidiens semblent peindre une remontée des cas à travers la province. Après une moyenne quotidienne de 500 cas le mois dernier, la province enregistre 635 cas quotidiens en moyenne depuis le début de novembre.

Malgré la tendance haussière, le Québec ne devrait pas connaître de flambée comme en Europe, croit Alain Lamarre, virologue et professeur chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Si une hausse des cas demeure possible, elle ne s’apparentera pas à la situation que l’on observe de l’autre côté de l’océan.

Qu’est-ce qui distingue la situation européenne de la nôtre ? « Dans la plupart des pays d’Europe où on voit une recrudescence importante, la couverture vaccinale n’est pas optimale, comme l’Allemagne ou l’Autriche », explique M. Lamarre.

Des records d’infections quotidiennes ont effectivement été battus ces derniers jours dans ces deux pays, où les taux de vaccination sont assez faibles. Environ 68 % de la population allemande est entièrement vaccinée. C’est un peu plus qu’en Autriche, où 64 % de la population est adéquatement immunisée.

Au Québec, 80 % de la population générale a reçu au moins une dose de vaccin. Plus de 88 % des Québécois de 12 ans et plus sont adéquatement vaccinés. À l’échelle du pays, c’est 75 % des Canadiens qui sont complètement vaccinés — et 85 % chez les plus de 12 ans.

« Chaque pays européen a un certain élément manquant dans la réponse au virus. Au Québec, sans pour autant dire qu’on est le meilleur exemple, je crois qu’on a rapidement réussi à offrir le vaccin à l’ensemble de la population et, contrairement à d’autres provinces, à garder un bon nombre de mesures restrictives », observe pour sa part Benoit Barbeau, virologue et professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

80%
C’est le pourcentage de Québécois qui ont reçu au moins une dose du vaccin.

Les couvertures vaccinales à elles seules n’expliquent toutefois pas la situation européenne, selon les deux experts, qui rappellent que plusieurs pays avaient relâché des mesures sanitaires l’été dernier, comme l’application du passeport vaccinal ou le port du couvre-visage dans certains lieux.

Rester vigilants

Malgré un taux de vaccination de près de 85 % de leur population adulte, les Pays-Bas sont happés de plein fouet par la vague européenne, ayant récemment vu les nouveaux cas passer la barre des 16 000 en une journée. Cet automne, les Néerlandais avaient laissé tomber les masques partout et la distanciation sociale ne s’imposait plus.

Maintenant que le système de santé est à nouveau comprimé, avec un nouveau record d’infections enregistrées il y a quelques jours, le pays entame un traitement choc pour sauver Noël.

Au Québec, de nouveaux allègements aux règles sanitaires liées à la COVID-19 sont entrés en vigueur lundi au Québec. Les élèves du secondaire n’ont plus à porter le masque en classe et les Québécois peuvent revenir travailler en présentiel, la consigne du télétravail étant levée. Le gouvernement Legault a aussi annoncé des assouplissements touchant les restaurants, les bars et les soirées de karaoké.

64%
C’est le pourcentage d’Autrichiens qui sont adéquatement vaccinés contre la COVID-19.

« C’est pour ça que plusieurs voix s’élèvent en ce moment pour envoyer un message de prudence. Quand on se met à relâcher les mesures sans attendre d’en voir l’impact, c’est difficile de voir quelle mesure contribue le plus à la remontée des cas », croit Alain Lamarre.

Les récents allègements sont-ils arrivés trop tôt ? « C’est effectivement une période un peu risquée, pense le professeur de l’INRS. Je ne suis pas contre le fait qu’il y ait des relâchements. Avec un haut taux de vaccination, la population est fatiguée et il risque d’y avoir un effritement de l’adhésion aux mesures et même un abandon généralisé, et ce n’est pas ce qu’on veut. »

Assouplissements ou non, une remontée des cas sur le territoire lors des prochaines semaines demeure possible, avertissent les deux experts. « On rentre dans une saison plus froide, les gens sont plus souvent à l’intérieur, donc il y a certainement une hausse de cas qui pourrait survenir », indique M. Barbeau.

La vague des non-vaccinés

Au Québec, la situation reste toujours maîtrisée, malgré la tendance à la hausse répertoriée depuis le début du mois. Et, comme en Europe, les nouveaux cas dans la province sont surtout observés chez les jeunes et chez les non-vaccinés.

 

Pour s’attaquer au problème, certains gouvernements ont décidé d’appliquer des mesures sanitaires pour les non-vaccinés. L’Autriche, qui a l’un des plus bas taux de vaccination de l’Europe occidentale, emploie maintenant les grands moyens : depuis lundi, les personnes de plus de 12 ans non vaccinées n’ont pas le droit de quitter leur domicile, sauf pour faire leurs courses, du sport ou pour des soins médicaux, sous peine d’encourir une amende de 500 euros. Cette mesure toucherait environ deux millions d’habitants.

Le nouveau gouvernement allemand a déclaré qu’il imposerait des règles plus strictes aux personnes non vaccinées, notamment en exigeant qu’elles obtiennent un test de dépistage négatif avant de voyager dans les autobus ou les trains.

Malgré un taux de 10 % de la population non immunisée, le Québec reste en bonne position pour ne pas reproduire le scénario européen, croit Alain Lamarre. La vaccination à venir des enfants de 5 à 11 ans ainsi que les troisièmes doses de vaccin aux personnes vulnérables permettront de maîtriser la situation sanitaire de la province, croit le professeur.

Les personnes de plus de 50 ans représentent effectivement la majorité des nouvelles hospitalisations quotidiennes, et ce, peu importe le statut vaccinal. Les personnes non vaccinées restent les plus touchées par les hospitalisations.

 

« L’efficacité vaccinale peut diminuer chez les personnes les plus vulnérables. On sait que la troisième dose est efficace dans ces groupes-là pour augmenter le nombre d’anticorps neutralisants, solidifier la mémoire immunologique et développer une mémoire à plus long terme », explique M. Lamarre.

À partir de mardi, les personnes âgées de 80 ans et plus peuvent prendre leur rendez-vous pour obtenir leur troisième dose de vaccin contre la COVID-19. Bien qu’elle ne soit pas obligatoire, elle est recommandée à titre préventif. Le 18 novembre, ce sera au tour des personnes âgées de 75 ans et plus ; puis, le 23 novembre, les 70 ans et plus pourront également prendre rendez-vous pour recevoir leur dose de vaccin.

De nombreux pays européens préconisent également une troisième dose pour les personnes âgées et les personnes vulnérables. La France a notamment annoncé que la troisième dose sera ajoutée à son passeport sanitaire pour les plus de 65 ans. Les Français de 50 ans et plus auront la possibilité de se faire injecter cette dose de rappel à partir du mois prochain.

À voir en vidéo