Des facteurs qui prédisposent les enfants à une forme grave de COVID-19

La vaccination des enfants de 5 à 11 ans a déjà débuté aux États-Unis. Des chercheurs ont tenté d’isoler les caractéristiques et les facteurs particuliers des enfants qui développent une forme grave de la COVID-19.
Photo: Jeff Kowalsky Agence France-Presse La vaccination des enfants de 5 à 11 ans a déjà débuté aux États-Unis. Des chercheurs ont tenté d’isoler les caractéristiques et les facteurs particuliers des enfants qui développent une forme grave de la COVID-19.

Quels sont les facteurs qui prédisposent les enfants à développer une forme grave de COVID-19 ? Des chercheurs canadiens, costaricains et iraniens ont mené une étude qui a permis de mettre en lumière certains problèmes de santé sous-jacents qui en augmentent les risques.

L’étude a porté sur 403 enfants qui avaient été hospitalisés entre le début de la pandémie et le 31 mai 2021 pour la seule et unique raison qu’ils souffraient de la COVID-19, laquelle maladie avait été confirmée par un test PCR effectué sur des sécrétions respiratoires.

Les chercheurs ont voulu savoir quels étaient les facteurs et les caractéristiques particuliers des enfants qui développaient une infection grave, c’est-à-dire qui sont décédés ou qui ont eu besoin d’un soutien respiratoire, comme un haut débit d’oxygène administré sous pression ou une intubation combinée à une ventilation mécanique, ou encore qui ont requis un traitement hémodynamique visant à maintenir un bon rythme cardiaque et une tension artérielle normale.

Les résultats de cette étude qui ont été obtenus à partir des données de 16 centres pédiatriques canadiens, ainsi que d’un hôpital pour enfants du Costa Rica et d’un autre de l’Iran University of Medical Sciences, à Téhéran, ont été rendus publics cette semaine sur le site de prépublications MedRxiv, mais ils n’ont pas encore été révisés par des pairs.

Les chercheurs ont remarqué que « l’âge des enfants en tant que tel n’était pas un facteur associé à la gravité de l’infection », et ce, même si les enfants plus âgés, les adolescents en particulier, étaient plus nombreux à développer une forme grave de COVID-19. Mais cette plus grande incidence de cas graves parmi les adolescents hospitalisés « était en grande partie due au fait que ces derniers étaient plus nombreux à souffrir de maladies chroniques sous-jacentes. Cette comorbidité semblait plus importante que l’âge pour prédire si un enfant était à risque d’une forme plus grave de COVID-19 », précise l’auteur principal de l’étude, le Dr Jesse Papenburg, spécialiste en microbiologie et en infectiologie pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Obésité et maladies neurologiques

L’analyse des données a permis de voir que les enfants qui étaient atteints d’au moins deux maladies sous-jacentes étaient, de par leur fragilité, plus susceptibles de développer une infection grave. Parmi ces problèmes de santé déjà présents, l’obésité est apparue comme « le facteur de risque le plus important chez les adolescents », tandis que ce sont « les maladies neurologiques, telles que des troubles neuromusculaires globaux, soit des problèmes plus complexes que la migraine, qui rendaient les jeunes enfants de moins de 12 ans » plus à risque de développer une infection particulièrement sérieuse.

Les chercheurs ont également découvert que l’anémie et les hémoglobinopathies, telles que l’anémie falciforme dans laquelle la forme des globules rouges est anormale, étaient elles aussi associées à une COVID-19 plus grave.

« L’identification de ces caractéristiques qui étaient présentes chez les enfants avant leur hospitalisation et qui semblent les prédisposer à une COVID-19 plus grave aidera sûrement la Santé publique à mettre sur pied un programme de vaccination plus ciblé et à concentrer ses efforts pour augmenter le taux de vaccination dans les populations dotées de ces caractéristiques », fait remarquer le Dr Papenburg.

Par ailleurs, « nous avons trouvé des signes cliniques qui pourraient alerter les cliniciens qui prennent en charge ces patients à l’hôpital et qui les préviendraient que les patients qui présentent ces caractéristiques sont plus à risque de voir leur état se dégrader, et qu’il faut les surveiller de plus près », affirme le Dr Papenburg.

Syndrome inflammatoire

Ainsi, les chercheurs ont observé que les jeunes patients étaient plus gravement malades s’ils souffraient déjà d’une autre infection virale (rhinovirus, adénovirus) ou bactérienne (pneumocoque) que la COVID-19, si l’imagerie de leurs poumons ressemblait à celle d’une personne atteinte de la COVID-19, s’ils éprouvaient des difficultés respiratoires, si leur taux sanguin de neutrophiles (un type de globules blancs impliqués dans la réaction inflammatoire) était plus élevé que la normale ou s’ils développaient un syndrome inflammatoire multisystémique.

Le syndrome inflammatoire multisystémique survient généralement de quatre à huit semaines après avoir contracté la COVID-19, qui a pu avoir été peu symptomatique, voire asymptomatique, rappelle le Dr Papenburg. Compte tenu de ce délai, on a d’abord cru qu’il s’agissait de la maladie de Kawasaki, qui est aussi un syndrome inflammatoire déclenché par une infection virale. Mais on s’est ensuite rendu compte que le syndrome inflammatoire associé à la COVID-19 comportait certaines différences : l’âge des enfants qui le développaient était différent, les artères du cœur étaient moins affectées que dans la maladie de Kawasaki. Lors de cette réponse post-infectieuse, le système immunitaire qui a été stimulé par l’infection de COVID-19 déclenche une réponse inflammatoire qui est normalement bien maîtrisée, mais qui pour une raison inconnue s’emballe, devient hors de contrôle et peut entraîner chez l’enfant une forte fièvre, ainsi que des problèmes cutanés, gastro-intestinaux, cardiaques, rénaux et hépatiques. Le tiers des enfants atteints ont besoin de séjourner aux soins intensifs, mais on peut heureusement les traiter efficacement avec des médicaments anti-inflammatoires », explique le spécialiste, qui a également participé à une étude portant spécifiquement sur ce syndrome.

Dans cette dernière étude, 22 % des 232 enfants ayant souffert d’un syndrome inflammatoire multisystémique faisant partie de l’analyse présentaient d’autres pathologies sous-jacentes. Les enfants âgés de 6 à 12 ans sont apparus les plus à risque de nécessiter un transfert aux soins intensifs. Les chercheurs ont également remarqué que les admissions aux soins intensifs dans les hôpitaux canadiens se sont grandement accrues durant la période allant de novembre 2020 à mars 2021, comparativement à la période précédente, particulièrement celle comprise entre mars et mai 2020. « Il est possible que des différences dans la réponse immunitaire aux variants en circulation par rapport à celle induite par le virus d’origine altèrent la gravité de l’infection et le syndrome inflammatoire multisystémique », avancent les auteurs de l’article pour expliquer cette augmentation du nombre de cas nécessitant des soins intensifs.

Une nouvelle étude portant sur les décès chez les enfants et les adolescents à la suite de la COVID-19 en Angleterre confirme les observations du Dr Papenburg et ses collègues, qui soulignaient que la présence de maladies chroniques sous-jacentes accroissaient le risque de souffrir d’une forme grave de COVID-19. Parue le jeudi 11 novembre dans Nature, la nouvelle étude précise que ce sont surtout des enfants de plus de 10 ans, d’origine ethnique asiatique et noire qui ont succombé à la COVID-19. Selon les auteurs de l’article, cette plus grande vulnérabilité de certaines ethnies s’expliquerait probablement par «une prédisposition biologique différente».


Ce texte a été mis à jour après sa publication pour ajouter la mention d'une étude parue jeudi.

À voir en vidéo