Les vaccins préviennent-ils la COVID-19?

Deux doses de vaccins à ARNm préviennent assurément les formes graves de la COVID-19. Mais empêchent-elles la majorité des gens de contracter l’infection ? Les résultats de récentes études divergent sur ce point. Au cœur d’une hypothèse avancée pour expliquer un tel écart : l’intervalle différent entre l’administration des doses.

Des données observationnelles obtenues au Québec et en Colombie-Britannique indiquent que les deux doses de vaccin confèrent toujours, cinq mois suivant l’administration de la seconde dose, une excellente efficacité approchant les 90 % pour contrer les infections. Par contre, une étude effectuée en Californie et publiée lundi dans The Lancet montre une baisse draconienne de cette efficacité après cinq mois. La différence entre les deux contextes : l’intervalle entre les deux doses de vaccin, qui a atteint jusqu’à 16 semaines au Québec, mais qui n’était que de quatre semaines aux États-Unis, comme recommandé par le fabricant.

Les chercheurs californiens ont estimé l’efficacité du vaccin contre la COVID-19 de Pfizer à partir des dossiers médicaux d’un peu plus de 3,4 millions de personnes, qu’ils ont analysés entre décembre 2020 et août 2021. Ils ont ainsi constaté que l’efficacité des deux doses de ce vaccin à prévenir les hospitalisations causées par le variant Delta s’élevait à 93 % six mois après la seconde dose, et qu’elle atteignait 96 % contre les infections graves provoquées par les autres variants.

Par contre, l’efficacité du vaccin contre les infections déclinait considérablement au fil du temps. Elle passait de 93 % durant le premier mois suivant la seconde dose à 53 % trois mois plus tard (soit quatre mois après la seconde dose) pour les infections dues au variant Delta, et elle glissait de 97 % à 67 % après quatre à cinq mois pour les infections causées par les variants autres que le Delta.

Conclusions tout autres

Cette chute importante de la capacité du vaccin à prévenir les infections avec le temps surprend le Dr Gaston De Serres, épidémiologiste et chercheur à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), car ce dernier a observé tout autre chose au Québec dans une étude réalisée entre la mi-mars et la mi-septembre 2021 et publiée le 29 septembre dernier.

Selon cette étude québécoise, l’efficacité de deux doses de vaccin à ARNm ou d’une première dose du vaccin d’AstraZeneca suivie d’une deuxième dose d’un vaccin à ARNm contre l’ensemble des infections, qu’elles soient causées par le variant Delta ou tout autre variant en circulation, qu’elles soient asymptomatiques, symptomatiques ou nécessitant une hospitalisation, « atteint 90 % globalement pour la période du 14 mars au 11 septembre et semblait se maintenir au cours des deux à cinq mois qui ont suivi la seconde dose », précise le Dr De Serres.

La façon d’administrer le vaccin aux États-Unis était différente de celle adoptée au Canada, souligne le Dr De Serres. Aux États-Unis, la seconde dose a été donnée de trois à quatre semaines après la première, alors qu’ici l’intervalle a pu atteindre jusqu’à 16 semaines. « Nos données montrent qu’un court intervalle [entre les deux doses] est moins bon qu’un délai plus long [comme on l’a fait ici]. Est-ce que cela pourrait expliquer la différence entre les résultats du Québec et ceux de la Californie ? C’est une hypothèse », dit-il.

Efficacité augmentée

Chose certaine, selon l’étude de l’INSPQ, l’efficacité des vaccins à prévenir les infections s’accroît lorsque l’intervalle entre les deux doses s’allonge au-delà des trois à quatre semaines recommandées par le manufacturier. Et elle semble plafonner à sept semaines de délai.

Autre élément qui conforte les données québécoises : la Colombie-Britannique a obtenu des résultats semblables.

Si le vaccin avait perdu autant d’efficacité pour prévenir les infections qu’en Californie, on dénombrerait beaucoup plus de nouvelles infections qu’il y en a actuellement, fait aussi remarquer le Dr De Serres.

Dans ce cas, pourquoi les personnes doublement vaccinées doivent-elles continuer de respecter les mesures sanitaires ? « Le vaccin n’est pas parfait », rappelle-t-il. Les personnes vaccinées ont un risque dix fois moindre d’être infectées, mais il reste qu’« un certain nombre d’entre elles peuvent néanmoins développer une infection. Certaines personnes vaccinées restent vulnérables ».

« Et il reste des centaines de milliers de personnes qui n’ont pas encore été vaccinées au Québec. Maintenir les mesures sanitaires permet de réduire le plus possible la vitesse à laquelle ces personnes vont développer l’infection, car il est certain qu’elles deviendront infectées un jour ou l’autre, dans un mois, six mois, voire un an, parce que le virus continuera toujours de circuler. Il faut donc que ces personnes ne deviennent pas malades toutes en même temps pour ne pas submerger notre système de santé, qui est au bord de la saturation », souligne-t-il.

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