Doit-on redouter le variant Mu?

Depuis le mois de mai dernier, le Laboratoire de santé publique du Québec a détecté une centaine de cas du variant Mu dans la province.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Depuis le mois de mai dernier, le Laboratoire de santé publique du Québec a détecté une centaine de cas du variant Mu dans la province.

Le variant Mu du SRAS-CoV-2 fait de plus en plus parler de lui, et ce, même si sa progression est loin d’être aussi fulgurante que celle du variant Delta. Les experts du Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) surveillent de près ce variant qui a pris pied au Québec.

Apparu en Colombie en janvier 2021, le variant Mu (B.1.621) a été désigné « variant d’intérêt » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 30 août dernier. Depuis le mois de mai dernier, le LSPQ en a détecté une centaine de cas au Québec. « Ça ne ressemble donc pas du tout à une progression du type de celle du variant Delta. Cela dit, parmi les variants qui ne sont ni préoccupants ni d’intérêt, il est celui dont on détecte le plus grand nombre de cas chaque semaine. Ce sont des nombres qui sont peu élevés pour l’instant, mais qu’on ne doit pas négliger », précise Sandrine Moreira, responsable de la coordination de la génomique et de la bio-informatique au LSPQ.

Pour le moment, il ne s’agit donc pas d’un variant dit « préoccupant » comme l’Alpha découvert au Royaume-Uni, le Bêta détecté en Afrique du Sud, le Gamma repéré au Brésil et le Delta apparu en Inde, pour lesquels il a été prouvé qu’ils possédaient une caractéristique les rendant plus dangereux. Le Delta, par exemple, s’avère plus contagieux et plus virulent (il peut provoquer une infection plus grave), alors que le Bêta présente une certaine résistance aux vaccins.

Le Mu a été qualifié de « variant d’intérêt » parce qu’on suspecte qu’il pourrait être plus contagieux et, surtout, qu’il pourrait échapper à certains vaccins. « Cette suspicion vient du fait qu’en Colombie, il semble avoir été responsable d’un bon nombre d’infections. On a observé une proportion importante de variants Mu [39 % des échantillons ayant été séquencés], mais sur un très petit nombre d’échantillons. Pour l’instant, on ne dispose pas de données permettant de conclure à une plus grande transmissibilité », affirme Mme Moreira.

Mais il y a aussi le fait que le variant a été détecté dans au moins 42 pays à ce jour, dont le Chili, où le variant Mu a été identifié dans 40 % des échantillons séquencés au cours du dernier mois, et les États-Unis, particulièrement en Floride, en Californie et au Texas. « Comme, au Québec, on a beaucoup des snowbirds qui reviennent du sud des États-Unis, il y aurait peut-être des liens avec ce qu’on observe ici. Ce ne sont que des hypothèses. Cette possible transmissibilité accrue demande à être confirmée », conclut Mme Moreira.

Mu, un « frère » de Bêta

Les experts tiennent le variant Mu à l’œil également parce qu’il possède les deux mêmes mutations génétiques que le variant Bêta d’Afrique du Sud contre lequel l’efficacité du vaccin d’AstraZeneca est moindre.

« Dans l’arbre phylogénétique des variants, le Mu a un ancêtre commun avec le variant Bêta d’Afrique du Sud, il se trouve sur une [branche] sœur. Or, il a été démontré que le variant Bêta possède deux mutations en position N501Y et E484K de la protéine S qui ont un impact sur la neutralisation du virus par les anticorps [générés par le vaccin, ces derniers n’arrivent pas à neutraliser le virus aussi bien]. Est-ce qu’on peut transposer cette observation au variant Mu parce qu’il possède les deux mêmes mutations ? Non, peut-être pas. Ça n’a pas été démontré, mais c’est ce qu’on redoute. En tous les cas, on est vigilants », souligne Mme Moreira.

Une étude parue le 6 septembre dernier — mais qui n’a pas encore été révisée par les pairs — indique en effet que le variant Mu résiste 7,6 fois plus au pouvoir de neutralisation du sérum de personnes doublement vaccinées (avec le vaccin de Pfizer) que la souche d’origine.

Andrés Finzi, qui à son tour évalue en ce moment l’efficacité des vaccins face au variant Mu, s’attend à voir aussi « fort probablement une perte de protection stérilisante des vaccins vis-à-vis de Mu », c’est-à-dire la perte d’une protection qui empêcherait les réinfections avec symptômes légers.

« Mais la réponse cellulaire devrait être toujours là pour prévenir les formes graves de l’infection », avance le chercheur en immunopathologie au CHUM. Car comme il ne cesse de le rappeler, l’immunité induite par le vaccin ne se limite pas à la présence d’anticorps neutralisants, elle comprend aussi des cellules dites mémoires qui répondent peut-être moins rapidement à l’agresseur, mais qui apportent une protection contre les hospitalisations et les formes graves.

Chose certaine, « on a moins à craindre avec le Mu qu’avec le Delta, qui est vraiment problématique en raison de sa plus grande transmissibilité et plus importante virulence », affirme Mme Moreira.

Elle souligne par ailleurs que, contrairement à ce qui se passe « ailleurs dans le monde, voire ailleurs au Canada, où il est majoritaire d’une façon écrasante », le variant Delta n’est responsable que de 60 à 70 % des infections qui se déclarent en ce moment dans la province. « Ici au Québec, curieusement, il n’augmente pas aussi vite que ce qu’on aurait pu redouter. […] C’est peut-être une conséquence de la vaccination et du respect des mesures de santé publique. Ou c’est peut-être un effet d’un autre variant qui prendrait un peu la place. C’est donc pour cette raison qu’on surveille le variant Mu », fait remarquer Mme Moreira.

On a moins à craindre avec le Mu qu’avec le Delta, qui est vraiment problématique en raison de sa plus grande transmissibilité et plus importante virulence

 

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