L’immunité vaccinale décline-t-elle vraiment avec le temps?

Une étude effectuée sur la population israélienne, qui a été l’une des premières à recevoir ses deux doses de vaccin, montre que l’immunité induite par la vaccination décline avec le temps, car les infections se font plus fréquentes chez les personnes qui ont été vaccinées il y a six mois et plus. Les individus qui développent une forme grave de la COVID-19 demeurent toutefois extrêmement rares, font remarquer des experts, qui soulignent par ailleurs que la stratégie vaccinale appliquée en Israël diffère de celle adoptée au Québec.

Israël a mené une campagne de vaccination des plus efficaces qui a débuté le 20 décembre 2020. À la mi-janvier 2021, les résidents de 60 ans et plus avaient déjà été doublement vaccinés. À la mi-mars, 50 % de la population avait reçu deux doses du vaccin de Pfizer administrées à trois semaines d’intervalle comme le préconisait le fabricant, ce qui a permis de réduire substantiellement le nombre quotidien de nouvelles infections. Mais en juin, alors que le variant Delta est devenu prédominant, les infections ont commencé à croître exponentiellement et à toucher des personnes pourtant doublement vaccinées. Cette augmentation de la transmission du virus s’est également accompagnée d’une hausse du nombre de cas graves et de décès.

Dans leur étude, les chercheurs israéliens ont comparé les taux d’infection (le nombre d’infections par 1000 personnes) observés entre le 11 et 31 juillet 2021 chez des groupes de personnes étant devenues pleinement vaccinées à différents moments entre le 16 janvier et le 31 mai 2021. Ils ont également effectué une analyse comparable entre le taux de COVID-19 grave et la période de vaccination. Ils ont ainsi découvert que le taux d’infection s’accroissait en fonction du temps écoulé depuis la vaccination. Ainsi, parmi les personnes de 60 ans et plus qui avaient finalisé leur vaccination durant la seconde moitié de janvier, ils ont recensé 3,2 cas d’infection pour 1000 individus comparativement à 2,1 et 1,6 parmi celles qui avaient été vaccinées respectivement en février et en mars. Une diminution similaire de la protection offerte par le vaccin a également été observée dans les autres groupes d’âge (40-59 ans et 16-39 ans).

Une tendance comparable a aussi été relevée pour les taux de cas graves de COVID-19, qui sont passés de 0,1 cas pour 1000 personnes de 60 ans et plus vaccinées en avril-mai à 0,15 pour celles ayant reçu leur seconde dose en mars, et à 0,29 pour celles immunisées en janvier.

Le fait que l’on observe une augmentation des taux d’infection en fonction du moment de la vaccination témoigne d’« un déclin de l’immunité et non d’une moindre efficacité du vaccin face au variant Delta », font valoir les auteurs de l’article, qui n’a toutefois pas encore été révisé par les pairs. Ces chercheurs affirment que leurs résultats ont été à l’origine de la décision du ministre israélien de la Santé de commencer le 30 juillet dernier à donner une troisième dose de vaccin aux personnes de 60 ans et plus qui avaient été vaccinées au moins cinq mois auparavant.

« On ne peut pas généraliser les résultats obtenus en Israël aux autres pays, comme le Canada, qui ont employé une stratégie vaccinale différente de celle de l’État hébreu », souligne le Dr Don Vinh, microbiologiste et infectiologue au CUSM. « En Israël, on n’a utilisé qu’un seul et même vaccin, celui de Pfizer, et on a respecté à la lettre l’intervalle de trois semaines entre les deux doses alors que ce ne fut pas la norme dans d’autres pays européens, comme le Royaume-Uni, ni au Québec, où on a utilisé un mélange de vaccins et opté pour un intervalle de quatre mois au début de la campagne de vaccination. Il est possible qu’un mélange de vaccins, comme celui auquel on a eu recours à un certain moment ici, induise des réponses différentes, et il y a de plus en plus de données qui indiquent que le délai entre les doses est important. »

« Potentiellement, l’espacement entre les doses pourrait changer la donne au niveau de la nécessité d’un rappel ou du moment de l’administrer », renchérit le chercheur en immunopathologie au Centre de recherche du CHUM, Andrés Finzi, dont l’équipe vient d’observer qu’un long délai entre les deux doses génère encore une très bonne réponse immunitaire cinq mois après la vaccination.

Le Dr Vinh en déduit que « si on administre deux doses de vaccins différents à des intervalles plus longs que trois à quatre semaines, on pourrait obtenir un effet immunitaire prolongé qui ne réclamerait pas nécessairement le recours à une troisième dose ou du moins pas aussi tôt que requis avec un court délai entre les doses ».

Même si on parle de « déclin de l’immunité » comme le font les auteurs de l’étude israélienne, « ce n’est qu’une composante de l’immunité qui est en cause, celle des anticorps qui diminuent avec le temps, mais cela ne veut pas dire pour autant que le vaccin ne nous protège plus. L’immunité ne se limite pas à la quantité d’anticorps », martèle Andrés Finzi, tout en soulignant une étude publiée le 23 août dernier par des chercheurs de la University of Pennsylvania Perelman School of Medicine qui montre que la réponse immunitaire de type cellulaire est encore très bonne six mois après l’administration de la deuxième dose du vaccin de Pfizer.

« Ces chercheurs ont effectivement vu que la capacité du plasma des personnes doublement vaccinées à neutraliser le virus diminue avec le temps. C’est normal que les anticorps neutralisants diminuent une fois que le danger est passé, ou une fois que l’antigène du vaccin est parti, mais ça ne veut pas dire que le système immunitaire fait la grève. Il est plutôt important de savoir si les cellules B mémoires qui produisent les anticorps diminuent aussi dans le temps. Or, ces chercheurs états-uniens ont montré que ces cellules mémoires demeurent abondantes six mois après la vaccination », explique M. Finzi.

Ces cellules mémoires fournissent probablement la protection contre les formes graves de l’infection qui « demeure extraordinaire » malgré la diminution observée dans l’étude israélienne « puisqu’elle atteint toujours 86 % chez les 60 ans et plus et 94 % chez les 40 à 59 ans, six mois après la seconde dose de vaccin », affirme M. Finzi.

« Les données israéliennes montrent une augmentation des cas graves, mais si on regarde l’intervalle de confiance, cette augmentation n’apparaît pas vraiment significative. Et même si la différence est statistiquement significative, elle n’est pas vraiment significative biologiquement », ajoute le Dr Don Vinh.

« Même si les infections remontent en Israël, cela ne veut pas dire que le vaccin ne fonctionne pas, le vaccin continue de protéger de la mort et des formes graves de l’infection. Mais il n’est pas une barrière imperméable, les gens peuvent devenir infectés si le virus circule beaucoup dans la communauté. Elles peuvent devenir légèrement ou modérément malades, mais pas gravement. Elles pourront développer une fièvre et une toux, mais elles ne se retrouveront pas en détresse et en unité de soins intensifs », résume-t-il.

L’augmentation des infections observée en Israël six mois après la seconde dose de vaccin s’explique probablement en partie par la diminution des anticorps au niveau des muqueuses des voies respiratoires, soit là où le virus présent dans l’air tente de s’attacher aux cellules de la personne, expliquent les professeurs Finzi et Vinh. Or, pour que des anticorps se retrouvent dans les muqueuses des voies respiratoires, ils doivent être très abondants dans le sang. Et comme les anticorps que l’on mesure dans le sang diminuent avec le temps, le virus peut alors parvenir à s’attacher aux cellules des voies respiratoires et à les infecter. « Ces cellules vont essayer de le combattre et vont demander de l’aide, mais cela peut prendre un certain temps avant que les cellules mémoires [qui sont toujours présentes six mois après la vaccination selon les chercheurs états-uniens] se mobilisent, se reproduisent, fabriquent de nouveaux anticorps et se rendent dans les muqueuses des voies respiratoires. Ces quelques jours donnent le temps aux virus de se répliquer. Et pendant ce temps, on risque de tomber malade, d’avoir le nez qui coule, d’avoir mal à la gorge, un peu de fièvre et une petite toux. Mais ces quelques symptômes devraient se résoudre rapidement grâce aux cellules mémoires qui produiront de nouveaux anticorps en grandes quantités », détaille le Dr Vinh.

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