Des centres d’évaluation pour les enfants sans médecin

Avec le retour des rendez-vous en présentiel, Québec anticipe un important achalandage dans les GMF (groupe de médecine familiale) et les cliniques.
Photo: Linda Raymond Getty Images Avec le retour des rendez-vous en présentiel, Québec anticipe un important achalandage dans les GMF (groupe de médecine familiale) et les cliniques.

Les cliniques désignées d’évaluation (CDE), qui accueillent les adultes et les enfants ayant des symptômes d’allure grippale ou s’apparentant à la COVID-19, fermeront leur porte lundi prochain. Des cliniques désignées pédiatriques prendront toutefois le relais pour la clientèle âgée de 3 mois à 16 ans, a appris Le Devoir. Une initiative qui, espèrent des médecins, contribuera à désengorger les urgences.

La sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et des Services sociaux, Lucie Opatrny, annonce le déploiement d’un réseau de cliniques désignées pédiatriques dans une lettre datée du 20 août, adressée à la direction d’un centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) et dont Le Devoir a obtenu copie. La Dre Opatrny fixe un échéancier à l’établissement de santé : un plan de mise en œuvre devait être soumis avant le 27 août.

« La 4e vague de la COVID-19 avec une forte présence du variant Delta nous force à ajuster notre stratégie pour la reprise des activités en première ligne », souligne-t-elle d’emblée dans sa missive.

Ouvertes sept jours sur sept, ces nouvelles cliniques désignées accueilleront les enfants âgés de 3 mois à 16 ans qui se trouvent dans l’une des situations énumérées dans la lettre : ils présentent ou non des symptômes associés au virus SRAS-CoV-2 ; ils ne sont pas inscrits auprès d’un médecin de famille ou d’une infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne (IPSPL) ; ils sont inscrits, « mais sont incapables d’être vus par leur médecin de famille/IPSPL dans un temps opportun », soit dans un délai de 24 à 48 heures ; ou ils sont « réorientés » à partir des urgences.

Les bébés de moins de trois mois, quant à eux, devront continuer d’être vus à l’urgence, indique la sous-ministre adjointe. (À cet âge, une fièvre nécessite une consultation rapide avec un médecin.)

Dans sa lettre, la Dre Opatrny souligne que cette offre de services est « complémentaire et en soutien au réseau de première ligne, pour lequel la reprise des activités habituelles est toujours attendue à compter du 6 septembre prochain ».

Dès lundi, les patients pourront en effet consulter leur médecin de famille en personne, même s’ils font de la fièvre, toussent ou ont de la difficulté à respirer. Auparavant, ces malades étaient dirigés vers les cliniques désignées d’évaluation, les cabinets médicaux demeurant « froids ».

Avec le retour des rendez-vous en présentiel, Québec anticipe un important achalandage dans les GMF (groupe de médecine familiale) et les cliniques. Dans sa lettre, la Dre Opatrny semble préoccupée par « la capacité de la première ligne à absorber l’ensemble des demandes de consultations journalières ».

Désengorger les urgences

Le Dr Antonio D’Angelo, chef du département de pédiatrie d’urgence du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, attend avec impatience l’ouverture de ces cliniques désignées pédiatriques. « On espère que ces centres d’évaluation vont être ouverts le soir et la fin de semaine, et pas juste de 8 h à 16 h », dit-il.

Son urgence enregistre un « achalandage record » depuis la fin juin. Les « virus respiratoires de l’hiver » circulent depuis le déconfinement. Durant la saison estivale, bien des parents se sont rendus aux urgences avec leur enfant, faute d’avoir accès à un médecin de famille en présentiel, rappelle-t-il.

C’est sans compter la grippe qui commence déjà à frapper, signale le médecin. Ce virus apparaît habituellement en novembre. « On a déjà au moins une demi-douzaine de cas d’influenza à l’urgence depuis la fin de semaine, dit le Dr D’Angelo. On espère que c’est juste quelques cas isolés. Mais généralement, le pic [de la saison grippale] arrive à peu près quatre à six semaines après le début des cas [comme on voit actuellement]. »

Si la tendance est la même, le pic sera atteint en octobre, soit avant même la campagne de vaccination contre la grippe. Le Dr D’Angelo craint que des soignants du CHU Sainte-Justine contractent le virus et soient contraints de s’absenter. Son établissement est aussi aux prises avec une pénurie de personnel, précise-t-il.

Le pédiatre urgentologue se dit « très préoccupé » par l’automne et la quatrième vague de COVID-19, qui touchera davantage les enfants de moins 12 ans ne pouvant être vaccinés. Selon lui, le gouvernement devra mener une campagne de publicité afin de faire connaître les cliniques désignées pédiatriques. « Il faut alerter la population et dire que les urgences sont déjà débordées », pense-t-il.

Les citoyens doivent aussi savoir que dès le 6 septembre, les enfants ayant des symptômes infectieux pourront être vus par leur médecin de famille en cabinet ou en clinique régulière, souligne le Dr Mathieu Pelletier, médecin de famille et directeur adjoint au GMF-U du Nord de Lanaudière. « Dès lundi matin, nous [GMF-U], on va être prêts, dit-il. On a travaillé pas mal tout le mois d’août [à se préparer]. »

Selon lui, les cliniques pédiatriques demeurent une « bonne idée ». D’autant, précise-t-il, que des pédiatres se joindront à des médecins de famille pour voir les jeunes patients. L’Association des pédiatres du Québec est impliquée dans la mise en place de ces centres. « Dans notre région, il y a beaucoup d’infirmières praticiennes spécialisées qui sont mises à contribution », ajoute le Dr Pelletier.

Pour accélérer le déploiement des nouvelles cliniques, le ministère de la Santé et des Services sociaux « préconise de tirer profit des infrastructures des CDÉ [cliniques désignées d’évaluation] existantes », précise la Dre Opatrny dans sa lettre.

Dans Lanaudière-Nord, le centre d’évaluation desservant les adultes et les enfants cessera ses activités le 5 septembre, indique le Dr Pelletier, qui y a travaillé. « La clinique désignée pédiatrique commencera le 6 dans les mêmes locaux, dit le médecin. On voyait déjà beaucoup d’enfants à la CDÉ. »

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