Quand le rêve olympique mène au «burn-out»

Gagner une médaille constitue le rêve ultime pour les athlètes de haut niveau. Nombre d'entre eux se sont surentraînés dans l'espoir d'atteindre cet objectif et, arrivés à Tokyo, ils se rendent compte de leur état et angoissent.
Photo: Jewel Samad Agence France-Presse Gagner une médaille constitue le rêve ultime pour les athlètes de haut niveau. Nombre d'entre eux se sont surentraînés dans l'espoir d'atteindre cet objectif et, arrivés à Tokyo, ils se rendent compte de leur état et angoissent.

Se qualifier pour les Jeux olympiques, puis y décrocher une médaille ; c’est ce rêve qui pousse de nombreux athlètes à traverser des années d’entraînements épuisants. Mais quel est l’effet de cette fixation sur un seul objectif — qui peut-être exigé par les entraîneurs — sur la psyché de l’athlète ?

D’après des études menées par Robert Vallerand, professeur en psychologie sociale à l’Université de Québec à Montréal, il existe deux types de passion, que ce soit par rapport à une activité ou à une relation : la passion harmonieuse et la passion obsessive. Une personne ayant un rapport harmonieux avec sa passion serait en mesure de s’y engager en gardant de saines limites, sans que celle-ci nuise à ses autres engagements et responsabilités. À l’inverse, une personne ayant une passion obsessive se sent angoissée et incapable de gérer son investissement pour ladite passion.

« Dans la mesure où la personne juge l’activité comme étant importante, qu’elle entrevoit la possibilité que celle-ci fasse partie de son identité un jour et qu’elle opère dans un environnement soutenant son autonomie, elle développera une passion envers l’activité, révèle l’étude. Par surcroît, une passion harmonieuse sera développée si, en plus des variables mentionnées, l’environnement procure un soutien à l’autonomie. Alors que si l’environnement […] est pressurisant, une passion obsessive se développera. »

Une pression à long terme

Les recherches révèlent d’autre part que, pour atteindre l’excellence dans un domaine, en art ou dans le sport notamment, il peut falloir jusqu’à 10 ans de pratique soutenue et intense. Une implication à long terme qui peut engendrer un impact sur l’athlète dans des environnements déjà compétitifs, note M. Vallerand. « Il y a beaucoup de pression, notamment avec les Jeux olympiques et le modèle nord-américain. Pour que le coach aille aux Olympiques, il faut que les athlètes qu’il entraîne aillent aux Olympiques. Donc, le coach met de la pression sur l’athlète, l’athlète ressent cette pression, précise le chercheur. Il aime son sport, il aime son coach et ça devient obsessif ; il pense à ça 24 heures sur 24. »

C’est d’après lui pourquoi de nombreux athlètes se sentent épuisés pendant les présents JO : ils se sont surentraînés et, arrivés à Tokyo, ils se rendent compte de leur état et angoissent.

« Simone Biles : elle s’est entraînée, surentraînée, jusqu’au point où elle était obligée de dire : “J’arrête, parce que je n’en peux plus.” Elle est revenue quand elle l’a pu pour la médaille de bronze, mais sa passion obsessive l’a menée à souffrir, explique M. Vallerand. Puis, il y avait la joueuse de tennis Naomi Osaka qui s’est retirée de Roland-Garros parce que les entrevues avec les journalistes et tout ce qu’on lui demandait de faire, c’était trop. Et c’était une bonne décision, parce que l’athlète est avant tout une personne. »

L’étude souligne qu’une personne ayant une passion obsessive développe une « persistance rigide » envers son activité quand elle la pratique, persistance qui lui apporte souffrance comme plaisir. À cause de cette attraction-répulsion, elle vit moins d’émotions positives durant son activité, mais elle va ruminer lorsqu’elle n’est pas en mesure de la pratiquer. Cette tension crée plusieurs conflits intra et interpersonnelles dans sa vie et affecte sa santé mentale.

Dans une industrie aussi axée sur les résultats, peu d’entraîneurs et d’agents seraient intéressés par la littérature scientifique sur le burn-out, dit le chercheur. Il ajoute que prendre le temps de s’informer sur le sujet, c’est pourtant investir dans un futur plus sain pour les athlètes. 

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