Des Québécois défient les limites du port obligatoire du masque

Des Québécois exaspérés de porter le masque défient les limites de cette obligation sanitaire. Près de 400 adresses qui n’imposeraient pas cette mesure activement sont compilées sur une carte circulant largement en ligne, parfois à l’insu des commerçants eux-mêmes, a constaté Le Devoir.

Le port du couvre-visage reste obligatoire dans tous les lieux publics fermés du Québec, y compris dans les commerces de détail, pour les personnes de 10 ans et plus. Les experts en santé publique considèrent toujours que c’est l’une des manières les plus efficaces de freiner la propagation de la COVID-19.

Si les consignes sanitaires se sont assouplies dans les dernières semaines, c’est justement en grande partie grâce au port du masque et à la vaccination de masse, rappelle l’expert en virologie Benoit Barbeau. « Ce n’est pas le temps de sauter des étapes qui doivent être franchies progressivement », dit celui qui est également professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM.

Le fait que le virus se transmette par aérosols fait aujourd’hui l’objet d’un consensus scientifique et, par conséquent, la pertinence du port du masque aussi. « Le masque a vraiment changé la lutte contre la pandémie et a donné des résultats probants partout sur la planète. Il demeure un élément essentiel de notre capacité à maintenir un faible taux de transmission », souligne M. Barbeau.

Cette obligation pourrait même être parmi les dernières à se maintenir, croit-il, puisque la mesure « n’est pas très contraignante » au regard de son « grand impact ». C’est aussi une mesure qu’une majorité de Canadiens appuient.

Un groupe Facebook opposé au port obligatoire du couvre-visage a néanmoins récolté plus de 52 000 adeptes en une semaine. Certaines personnes s’y affichent ouvertement « conspirationnistes », selon leur propre vocabulaire. D’autres disent plutôt en avoir assez de se couvrir la bouche et le nez à l’intérieur ou sont confus par rapport aux normes en vigueur. Les égoportraits sans masque à l’intérieur de lieux publics restent parmi les publications les plus populaires.

Sans autorisation

Plusieurs de ces messages portent la mention du lieu en question, ce qui donne des maux de tête à certaines entreprises.

Des franchises locales de grandes chaînes telles que Couche-Tard, Canadian Tire, Subway, Walmart et Maxi se retrouvent sans autorisation sur cette liste, selon les appels faits par Le Devoir. Au Groupe Jean Coutu, on préfère tout simplement en parler le moins possible. « On continue à appliquer les mesures en vigueur », explique Catherine Latendresse, chef des communications pour l’entreprise. L’une des propriétaires d’une pharmacie Jean Coutu à Vaudreuil-Dorion s’est dite surprise de s’y retrouver contre sa volonté.

Des commerces indépendants affirment quant à eux figurer sur la liste en toute connaissance de cause. Une vingtaine de boutiques d’accessoires de vapotage opérant sous le nom PopaVape s’affichent notamment volontairement « en faveur du libre choix », a indiqué la représentante provinciale de la chaîne au téléphone, sans vouloir s’identifier.

Sur le groupe Facebook où se fédèrent les opposants au port du masque, des affichettes à mettre en vitrine sont proposées. Elles reprennent le graphisme de celles du gouvernement, mais en détournent le message : au lieu d’y lire « ici, je porte mon couvre-visage », il est inscrit « ici, je porte mon plus beau sourire » ou encore « ici, on respecte votre choix ». Les administrateurs du groupe encouragent aussi leurs membres à profiter de l’exception donnée aux personnes souffrant de certains problèmes de santé. « Si vous ne portez pas de masque, nous [les commerçants] tenons pour acquis que vous avez une condition qui le justifie et nous allons vous servir avec le sourire sans vous poser de question ! » écrivent-ils.

Les commerçants ne sont cependant pas à l’abri d’amendes, ce que note le propriétaire d’un dépanneur de Gatineau. Il s’est lui-même inscrit sur la liste, mais choisit de taire son identité de crainte de « voir la police débarquer ». Il dit avoir voulu satisfaire ses clients : « Ils me l’ont demandé et, ensuite, ils ont adoré mon geste », affirme-t-il.

Une mesure toujours répandue

L’homme d’affaires dit aussi avoir voulu suivre l’exemple de certaines autres provinces. La Saskatchewan a en effet mis fin au port du masque à l’intérieur le 11 juillet. En Alberta, le masque est toujours obligatoire dans les transports en commun, mais les commerces ou les municipalités sont libres de choisir leur propre politique. L’Ontario applique une politique semblable à celle du Québec.

Plusieurs pays européens, dont la France et l’Espagne, avaient imposé cet hiver le port du masque en tout temps, même à l’extérieur. La France a assoupli cette mesure dans une nouvelle phase de déconfinement, mais le port du masque dans les commerces y demeure prescrit. Il est aussi obligatoire de le porter dans les bureaux, contrairement aux directives en vigueur au Québec en zone jaune et verte.

Israël a aussi rétabli cette obligation devant la hausse des contaminations liées au variant Delta. D’autres villes dans le monde ont aussi fait marche arrière.

Benoit Barbeau invite à songer à la rentrée automnale, quand le quotidien des Québécois sera de retour entre les murs des écoles et des bureaux. « Le masque est une mesure simple, qui donne des résultats », résume-t-il.



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