Musique et pique-nique: la campagne de vaccination sur le mode ciblage

À Montréal, plus de 66% des personnes de 12 à 39 ans ont reçu au moins une dose, selon les plus récentes statistiques. Sur la photo, une unité mobile de vaccination installée, dimanche, à la sortie du métro au parc Jean-Drapeau à Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir À Montréal, plus de 66% des personnes de 12 à 39 ans ont reçu au moins une dose, selon les plus récentes statistiques. Sur la photo, une unité mobile de vaccination installée, dimanche, à la sortie du métro au parc Jean-Drapeau à Montréal.

Au camping, au parc, au centre commercial, au cinéma ou en vaccibus : les autorités de santé publique ont déployé des dizaines d’unités mobiles de vaccination cette fin de semaine au Québec. Ces initiatives ciblent particulièrement les jeunes de 18 à 29 ans, le groupe qui reste le moins vacciné dans la province, alors que le variant Delta continue d’inquiéter au pays et ailleurs dans le monde.

À Montréal, c’est dès la sortie du métro au parc Jean-Drapeau qu’une brigade s’activait à diriger les promeneurs du dimanche vers un site de vaccination. Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (CCSMTL) s’y était installé pour la fin de semaine, avec la collaboration du Piknic Électronik, un événement de musique électronique en plein air.

« Première dose, deuxième dose à partir de quatre semaines, c’est par ici », répétait l’une des employées de la brigade à qui voulait l’entendre. Un homme passe les portes de la station de métro avec son équipement de pêche. « Je n’ai pas encore eu ma première dose, car je travaille six jours par semaine. Je vais suivre tout le monde et me faire vacciner, surtout aussi pour ma mère qui a des problèmes de santé », expose Robert Ménard, 41 ans.

À l’entrée du site, une file s’est vite formée. À peine une heure et demie après l’ouverture du site, près de 200 doses avaient été écoulées.

À quelques pas des aiguilles, un couple dans la fin vingtaine est enthousiaste de pouvoir obtenir sa deuxième dose aussi tôt : « Notre rendez-vous était prévu pour le 22 septembre, alors c’était tard », explique Hugo Seute.

Même son de cloche pour Julie Jardel, 25 ans, qui en profite elle aussi pour obtenir sa couverture vaccinale complète après avoir pris connaissance samedi de l’existence de cette clinique ambulante. « Ce sera fait et, si je dois voyager pour le travail, je vais pouvoir éviter la quarantaine au retour », dit-elle.

« Nous sommes passés d’une campagne de vaccination de masse au ciblage plus précis », résume Marie-Ève Brunelle, directrice de la vaccination au CCSMTL.

Dans la majorité des cas, il s’agit d’accélérer l’administration des deuxièmes doses, mais aussi de cibler les personnes encore non vaccinées. « Une denrée de plus en plus rare », souligne Mme Brunelle.

Encore des réticences

À Montréal, plus de 66 % des personnes de 12 à 39 ans ont reçu au moins une dose, selon les plus récentes statistiques. Cette proportion grimpe à 72 % si l’on considère l’ensemble des catégories d’âge dans toute la province.

C’est particulièrement la tranche des 18 à 29 ans qui est en retard, avec 68 % ayant reçu leur première dose. La catégorie plus jeune des 12 à 17 ans a quant à elle rattrapé le temps perdu, avec 76 % de gens vaccinés une première fois.

Pour réduire l’écart, la clé est maintenant « de lancer un dialogue » et « d’écouter les craintes pour y répondre », énumère la directrice de vaccination. Puisque les canaux de communication utilisés précédemment n’ont pas encore fonctionné auprès de certaines personnes, « vacciner là où se trouve la personne » peut être un incitatif supplémentaire.

« Le message est que retrouver la vie normale sera en péril tant qu’on n’atteindra pas 75 % de gens complètement vaccinés, voire plus », réitère quant à elle Annie Dufour, responsable des relations médias pour le CCSMTL, également sur place dimanche. La campagne devra redoubler d’efforts « pour chaque point de pourcentage qui reste », avance-t-elle.

Derrière elles, un rare couple réticent à la vaccination se présente à la barrière du Piknic Électronik. Ils ne sont pas vaccinés, et ne souhaitent pas l’être. En tout cas, pas aujourd’hui : « On n’est pas pressés, on ne sort presque jamais puisqu’on travaille tous les deux de la maison », explique Lili, qui refuse de donner son nom de famille par crainte de représailles de son employeur.

Son compagnon, Marc, également dans la mi-vingtaine, veut « se donner du temps pour continuer à analyser la situation ». Comme pour d’autres, le développement rapide du vaccin a éveillé une certaine hésitation. « Le virus est devenu trop politisé pour voir clair », déplore-t-il.

Invincibles

« Le groupe des jeunes est un peu en retard, et il faut augmenter la cadence, mais je pense qu’on va y arriver », estime quant à lui André Veillette, immunologiste affilié à l’Université de Montréal et membre du Groupe de travail sur la vaccination COVID-19.

Il ne voit pas dans les statistiques un motif pour s’alarmer outre mesure, ni d’indices que les jeunes soient particulièrement contre la vaccination. C’est plutôt que les jeunes se sentent souvent invincibles, observe-t-il : « Ils ont tendance à être moins malades, donc ils se sentent moins interpellés. Ils vivent parfois dans une bulle, avec des amis de leur âge. »

Ils ne sont cependant pas moins infectés que les autres groupes d’âge à l’heure actuelle, rappelle-t-il. Le variant Delta a en effet touché de plein fouet les jeunes, notamment en Europe, où les cas ont connu une remontée dans plusieurs pays.

Le Royaume-Uni avait d’abord reporté en juin le relâchement de plusieurs mesures sanitaires. Le premier ministre, Boris Johnson, a cependant décidé d’aller de l’avant dans son plan de déconfinement complet au 19 juillet, malgré une recrudescence due au variant Delta. Aux Pays-Bas, le gouvernement avertissait cette fin de semaine que la plupart des nouvelles infections se sont déclarées à la suite de rassemblements nocturnes et de grandes fêtes.

« Les jeunes ne sont pas à l’abri des complications », remarque M. Veillette, avec la possibilité de développer la COVID longue avec des symptômes débilitants durant des mois. « Plus le virus circule, plus il y a de risques de développer de nouveaux variants », ajoute-t-il.

L’annonce d’un passeport vaccinal la semaine dernière a déjà fait augmenter le nombre de rendez-vous pour une première dose, a dit le ministre de la Santé, Christian Dubé. Le désir de voyager ou de manger au restaurant pourrait en convaincre un bon nombre, croit aussi l’immunologiste.

C’est en tout cas ce qui a amené dimanche Alexandre Amro, 31 ans, au site de vaccination du parc Jean-Drapeau. « Je suis en bonne santé et je ne me sens pas en danger. Mais je commençais à me sentir isolé sans ma première dose », confie-t-il. En outre, il veut pouvoir bénéficier de certains avantages du passeport vaccinal, « surtout pouvoir voyager ».

Avec Zacharie Goudreault

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