Québec devance l'administration de la deuxième dose

Craignant une augmentation des cas de COVID-19 en septembre en raison du variant Delta, le ministre de la Santé, Christian Dubé, veut accélérer la vaccination. Il fait ainsi passer l’intervalle requis entre les deux doses de huit à quatre semaines. Dès mardi, le site Clic Santé permettra de devancer à nouveau les rendez-vous en conséquence.

« Particulièrement avec la menace des variants qu’on a en ce moment, on a pris une décision en collaboration avec le Dr Arruda et son équipe de permettre le changement des rendez-vous à compter de demain pour y aller plus tôt que huit semaines », a annoncé le ministre Dubé en marge d’une conférence de presse, lundi, sur l’agrandissement de l’hôpital Santa Cabrini à Montréal.

« La décision, pour moi, elle est très claire parce qu’effectivement, il y a le contexte. Et il faut bien expliquer que ces décisions-là changent avec le temps, non seulement en fonction de l’épidémiologie, mais aussi est-ce que quelqu’un aurait pensé il y a deux mois qu’on aurait deux millions de doses disponibles pour vacciner plus rapidement ? »

Le ministère autorisait depuis quelques semaines les gens à se faire vacciner dans les cliniques sans rendez-vous même s’ils n’avaient pas attendu les huit semaines réglementaires. Mais il était jusqu’à maintenant impossible de prendre rendez-vous aussi rapidement sur Clic Santé.

« C’est un enjeu technique, mais quand on va sur Clic Santé, la première chose qu’on vous demande pour changer ou accélérer votre rendez-vous, c’est si ça fait huit semaines, a précisé le ministre. C’est ça qui a peut-être créé un peu de confusion au cours des dernières semaines, car même si on avait dit aux gens qu’ils avaient le droit de le faire, techniquement, ils ne pouvaient pas le faire. »

Le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ), qui recommande encore d’attendre huit semaines entre les deux doses, devrait également procéder à une clarification en ce sens dans les prochains jours, assure Christian Dubé, qui rappelle que l’intervalle recommandé par les fabricants est de quatre semaines.

Le ministre se dit préoccupé par l’augmentation des cas en Angleterre, notamment parce que la majorité des gens qui sont touchés par le variant Delta n’ont pas reçu de vaccin, d’où l’importance selon lui d’accélérer la vaccination au Québec.

« Si vous combinez cet effet-là avec peut-être une influenza qui pourrait revenir à l’automne, il y a toutes sortes de facteurs, et on ne veut pas revivre ce qu’on a vécu dans nos hôpitaux. On regarde à l’international, on regarde comment on pourra agir, mais je vous le dis : il y a un secret, c’est qu’il faut faire vacciner notre population. Il nous reste deux mois. Et quand l’effet de saisonnalité reviendra, il faut être prêt. Et la façon d’être prêt, c’est de se faire vacciner. »

« On ne pourra pas reconfiner »

Le ministre a également laissé entendre qu’il allait resserrer les règles pour ceux qui n’auront pas reçu leur deuxième dose afin d’éviter un énième confinement.

« C’est sûr qu’à un moment donné, il va falloir faire des choix comme société, a-t-il expliqué. Si jamais ça n’allait pas bien et qu’il y avait une augmentation importante des cas au mois de septembre, on ne pourra pas reconfiner les gens avec ce qu’on vient de vivre depuis 15-16 mois. Alors, il va falloir faire des choix. Il y a des services non essentiels qui vont devoir être disponibles à ceux qui ont reçu deux doses. »

Le ministre donnera tous les détails lors d’un nouveau point de presse prévu jeudi. Mais déjà, il estime que les nouvelles mesures, liées à la « preuve vaccinale », auront un effet sur les plus récalcitrants. « Il va y avoir des choses qui vont être annoncées à ce moment-là qui pourraient justement motiver les gens qui n’ont pas encore considéré de se faire vacciner à trouver intéressant de le faire, parce qu’il nous reste deux mois pour le faire. »

Rentrée en péril ?

Dans un article publié dans Le Journal de Montréal dimanche, on indiquait que la rentrée en présentiel était compromise dans les cégeps et universités en raison du faible taux de vaccination des jeunes de 18 à 29 ans. Questionné à ce sujet, le ministre se dit lui aussi « préoccupé » par cette situation.

 

« Pour les jeunes, ce qui nous préoccupe en ce moment, c’est le bloc de 18 à 29 ans. Dans ces deux groupes-là, il nous reste en date de ce matin 115 000 personnes à aller chercher pour avoir 75 % [le taux qui permettra une rentrée en présentiel]. Il y a un mois, on était à 250 000 personnes. Alors, on gruge quelques points de pourcentage tous les jours, mais ce n’est pas assez rapide à mon goût. »

Il espère toutefois que la réduction de l’intervalle de huit à quatre semaines entre les deux doses, de même que les nouvelles mesures qui seront annoncées jeudi, permettra d’accélérer les choses.

« Si on veut un retour en présentiel pour les jeunes du cégep et de l’université, il faut absolument qu’on aille chercher mieux que 75 %. Pourquoi je dis ça ? C’est qu’il n’y a personne en ce moment qui peut prévoir l’effet du variant Delta, qui est tellement plus virulent. Il faut s’assurer qu’on ait le maximum de vaccination pour le 1er septembre. Alors, je pense qu’il va falloir continuer de l’expliquer, particulièrement aux jeunes, pour être certains qu’on profite des deux prochains mois pour aller chercher nos deux doses. »

Les vacances laissent prévoir des urgences débordées

La situation dans les urgences risque d’être compliquée cet été en raison des vacances estivales du personnel hospitalier, prévient le ministre de la Santé. « Lorsqu’on a pris la décision de donner au personnel [ses] vacances, qui étaient pleinement méritées, on savait qu’il y aurait des effets négatifs à ça. On le vit en ce moment : c’est ici [à l’hôpital Santa Cabrini], c’est à Maisonneuve-Rosemont, c’est partout. » Il fait ainsi référence au débordement dans les urgences annoncées ces derniers jours dans certains hôpitaux. Le ministre Dubé affirme qu’il travaille à trouver des solutions pour pallier le manque de personnel et qu’il discute avec les p.-d.g. des établissements de santé à cet effet. « Mais il ne faudrait pas être surpris qu’on vive encore ça pour les prochains mois », a-t-il affirmé.

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