Accès aux soins de santé: le grand brassage

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Plusieurs changements récents montrent que la pratique de la médecine devient de plus en plus interdisciplinaire. La pandémie a aussi intensifié une pratique en émergence: la télémédecine.
Image: Getty Images Plusieurs changements récents montrent que la pratique de la médecine devient de plus en plus interdisciplinaire. La pandémie a aussi intensifié une pratique en émergence: la télémédecine.

Ce texte fait partie du cahier spécial Innovation en santé

Plusieurs changements ont modifié ces derniers mois les fonctions de certains professionnels de la santé. Le gouvernement espère grâce à cela favoriser l’accès à des soins de qualité. La pandémie joue à la fois le rôle d’accélérateur et de test de cette tendance.

Au début du mois de mars, on apprenait que les pharmaciens pourraient offrir le vaccin contre la COVID-19. Le projet de loi 31, entré en vigueur le 25 janvier, permettait déjà à ces professionnels d’administrer des vaccins aux patients âgés d’au moins six ans, et même de donner le vaccin contre la grippe ou ceux requis pour un voyage à des patients d’au moins deux ans.

« L’idée n’est pas de remplacer les médecins ou les infirmières, mais d’augmenter l’offre de service », rappelle Bertrand Bolduc, président de l’Ordre des pharmaciens du Québec. Une bonification bienvenue dans le contexte de la pandémie. Au Québec, environ 3600 des 9565 pharmaciens recensés par l’Ordre ont suivi la formation pour devenir vaccinateurs. Le projet de loi 31 vise aussi à intensifier leur partenariat avec les médecins et leur rôle dans la prise en charge de certains patients.

3600
C’est le nombre approximatif de pharmaciens au Québec qui ont suivi la formation pour devenir vaccinateurs.

En 2011 déjà, les pharmaciens avaient obtenu le droit de poser d’autres gestes, comme la reconduction de prescription. « Le plus gros changement apporté cette année, c’est que des services comme la prolongation d’ordonnance, l’évaluation du besoin de prescription pour une condition mineure ou la substitution d’un médicament seront désormais gratuits pour les patients à la pharmacie, comme chez un médecin », souligne Bertrand Bolduc.

À la recherche d’IPS

Depuis le 25 janvier aussi, les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) ne relèvent plus du Collège des médecins, mais de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Ce changement découle de l’entrée en vigueur du projet de loi 43, qui modifie aussi les pratiques permises aux IPS. « Elles peuvent désormais diagnostiquer certaines maladies dans leur spécialité, déterminer des traitements médicaux et effectuer le suivi de grossesses », précise Luc Mathieu, président de l’OIIQ.

Les IPS sont généralement spécialisées en néonatalogie, santé mentale, soins aux adultes, soins de première ligne ou soins pédiatriques. Le Québec en compte environ 850. Le gouvernement souhaite voir ce nombre grimper à 2000 en 2024. En 2017, il y avait 5 IPS par 100 000 habitants au Québec, contre 22 en Ontario. Comment expliquer un tel écart ?

« L’Ontario exige un baccalauréat pour devenir infirmière, alors qu’au Québec un diplôme d’études collégiales suffit, poursuit le président. Environ 48 % de nos membres détiennent un baccalauréat. Or, pour devenir IPS, il faut avoir un diplôme universitaire, donc notre bassin de candidates potentielles est plus petit. »

Les 20 et 21 mai prochain, l’OIIQ tiendra d’ailleurs des États généraux de la profession infirmière, les premiers depuis 25 ans. « La pandémie de COVID-19 a exacerbé des enjeux dans le réseau de la santé et en soins infirmiers, qui rendent très pertinent de procéder à une grande réflexion sur la profession », avance Luc Mathieu. La rencontre comportera un volet de participation citoyenne, organisé en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde.

Consultations virtuelles

Tous ces changements montrent que la pratique de la médecine devient de plus en plus interdisciplinaire. La pandémie a accentué cette tendance. Les règles sanitaires et une certaine crainte des citoyens à l’égard des visites à l’urgence ont forcé une réorganisation dans le système de la santé. « Nous avons notamment eu beaucoup plus recours aux professionnels de proximité, comme les pharmaciens, pour garder le contact avec les patients et offrir certains services, tels les vaccins », explique la Dre Nathalie Saad, vice-présidente du Collège des médecins.

La pandémie a aussi intensifié une pratique en émergence : la télémédecine. Avant la crise sanitaire, les médecins l’utilisaient surtout dans certains cas particuliers, par exemple avec des patients habitant dans des régions éloignées. Mais avec la COVID-19, un plus grand nombre de patients ont souhaité bénéficier de consultations virtuelles, parce qu’ils craignaient de contracter le virus en se rendant à l’hôpital ou dans une clinique.

« C’est intéressant pour favoriser l’accessibilité, mais ça ne se prête pas à toutes les situations », souligne Nathalie Saad. Le Collège surveille certains aspects de cette nouvelle pratique. Les médecins doivent s’assurer que les patients consentent pleinement à ce type de consultation. Ils doivent aussi savoir détecter les signes indiquant que le patient doit être pris en charge rapidement et préserver la confidentialité des consultations.

Le Collège a adapté son encadrement et diffusé de l’information auprès de ses membres. Nathalie Saad concède que ces consignes évolueront au fur et à mesure que la télémédecine prendra de l’ampleur et que de nouveaux défis surviendront.

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