Besoin criant d’infirmières pour former la relève

Très sollicitées dans les hôpitaux depuis le début de la pandémie de COVID-19, les infirmières sont aussi très demandées dans plusieurs cégeps, situés un peu partout au Québec, qui ont du mal à en embaucher suffisamment pour donner les cours et superviser les stages des programmes de soins infirmiers, alerte le syndicat des enseignants au collégial.

« Les hôpitaux ne donnent plus de congés aux infirmières en place. Ils ont peur de les perdre. Ils sont en pénurie, on le comprend. Mais on a besoin de ces infirmières pour assurer une relève », dit Annie Martel, professeure de soins infirmiers au collège de Bois-de-Boulogne, à Montréal.

À cause de l’indisponibilité des infirmières, très sollicitées dans le réseau de la santé, et d’un grand nombre de congés de maladie dans la profession, la direction du cégep et les enseignants doivent faire des pieds et des mains pour arriver à trouver des professionnelles prêtes à donner un cours ou à superviser un stage. Ils doivent ainsi appeler les hôpitaux, demander à leurs amis et à leurs collègues, ou encore diviser les tâches en surplus entre plusieurs enseignants, explique Mme Martel, également présidente du syndicat des enseignants de son collège.

« Il ne faudrait pas bloquer l’accès aux infirmières qui veulent venir enseigner si on veut augmenter notre capacité à former plus d’infirmières », souligne-t-elle. Selon son estimation, le collège aurait besoin d’embaucher « à peu près trois profs » pour répondre aux besoins actuels. Malgré la tâche accrue qui incombe au reste du corps enseignant, notamment pour la supervision de stages, les cohortes actuelles ne sont pas en péril.

Le collège de Bois-de-Boulogne est toutefois loin d’être le seul à connaître d’importants défis de recrutement d’infirmières. Au moins une demi-douzaine d’établissements collégiaux de la province serait aux prises avec une telle pénurie, selon la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC), rattachée à la CSQ.

« Au printemps, il y avait beaucoup d’incertitude, beaucoup d’improvisation, se rappelle la présidente de la FEC, Lucie Piché. Mais en même temps, ce qui reste, pour l’année 2021, c’est que les problèmes de recrutement continuent, persistent. Pourquoi ? Parce que les infirmières sont à l’hôpital, et n’ont pas les congés habituels accordés par les hôpitaux pour venir travailler dans les cégeps. »

Les problèmes de recrutement ne datent toutefois pas d’hier, souligne-t-elle ; l’enseignement au collégial dans divers programmes techniques, et en particulier dans le programme de soins infirmiers, en souffre depuis plusieurs années. Cela serait dû notamment à des salaires inférieurs à ceux offerts dans le réseau de la santé et par les agences privées, déplore Lucie Piché. La question des salaires fait partie des négociations actuelles dans le cadre du renouvellement des conventions collectives entre Québec et les enseignants de la CSQ.

Pénurie

Dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière, les enseignants des deux cégeps de Sherbrooke déploraient également la situation de double emploi, la difficulté d’obtenir un poste à temps plein et les salaires non compétitifs du métier d’enseignant. « Dans certains cas, comme dans les soins infirmiers, la pénurie d’enseignants est telle qu’on frôle l’impossibilité de donner les cours à chaque congé de maladie », peut-on lire.

« À Sherbrooke, on a droit à des groupes de six étudiants en milieu hospitalier. Mais c’est difficile pour nous d’avoir des groupes de six étudiants, on est obligés de faire des groupes de sept. Donc, à chaque stage, un étudiant va faire des tâches administratives », explique Nicolas Lecomte, président du syndicat des enseignants du collège Champlain, qui donne un cours de sociologie dans le programme de soins infirmiers.

Les problèmes logistiques de l’enseignement sont combinés à une baisse du nombre d’inscriptions dans le programme, confirment les enseignants interrogés. « On a des difficultés en temps habituel, parce que les conditions d’exercice de la profession sont difficiles, surtout en soins infirmiers », explique Yannick Malouin, vice-président du Syndicat du personnel enseignant du Cégep de Matane.

Là aussi, difficile de trouver des infirmières prêtes à sacrifier une journée de travail pour accompagner des étudiants en stage, ce qui s’ajoute à la difficulté de trouver des milieux de pratique prêts à accepter des étudiants. « Des milieux de stage refusent aussi nos stagiaires parce que les infirmières de l’unité ne peuvent plus superviser les stagiaires. On n’admet plus de personnel non essentiel dans les hôpitaux », illustre-t-il.

Le bureau du ministre de la Santé, Christian Dubé, a renvoyé les questions du Devoir au cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, qui n’a pas donné suite à notre demande, lundi. Son ministère n’a pas fourni de réponse à temps pour la publication de l’article.

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