Le ministère de la Santé reste prudent au sujet de la colchicine

Le vif intérêt autour de cette étude tient notamment au fait que la colchicine est un anti-inflammatoire déjà disponible sous forme de comprimé oral, et qu’il est peu dispendieux.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le vif intérêt autour de cette étude tient notamment au fait que la colchicine est un anti-inflammatoire déjà disponible sous forme de comprimé oral, et qu’il est peu dispendieux.

Le ministère de la Santé à Québec accueille positivement les résultats de l’étude menée par l’Institut de cardiologie de Montréal qui conclut que la colchicine est efficace pour prévenir les complications liées à la COVID-19. Mais il veut d’abord un avis de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) avant de faire une recommandation officielle par rapport à cet anti-inflammatoire disponible sous forme de comprimé oral.

« Nous sommes heureux qu’une telle étude soit complétée, mais nous souhaitons prendre le temps d’analyser les résultats de celle-ci et de demander un avis à l’INESSS avant d’émettre tout commentaire à son sujet », a indiqué dimanche au Devoir Marjorie Larouche, porte-parole du ministère.

« Au moment opportun, le ministère communiquera ses recommandations quant à l’utilisation au Québec de la colchicine auprès des patients atteints de la COVID-19 », ajoute-t-elle.

Vendredi soir, le premier ministre Legault avait succinctement qualifié de « grosse nouvelle » les conclusions de l’étude COLCORONA, menée par le Dr Jean-Claude Tardif du Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM).

Lancée dès le début de la pandémie, en mars, l’étude a porté sur 4159 patients dont le diagnostic de COVID-19 avait été prouvé par un test nasopharyngé. L’analyse des résultats démontre que la colchicine a « entraîné des réductions des hospitalisations de 25 %, du besoin de ventilation mécanique de 50 %, et des décès de 44 % ».

De même, « les résultats de l’étude ont démontré que la colchicine a réduit de 21 % le risque de décès ou d’hospitalisations chez les patients atteints de COVID-19, comparativement au placebo », notait le communiqué de presse diffusé vendredi par l’ICM. « Notre étude a montré l’efficacité du traitement utilisant la colchicine pour prévenir le phénomène de “tempête inflammatoire majeure” et réduire les complications liées à la COVID-19 », y affirmait le Dr Tardif.

« Traiter les patients à risque de complications avec la colchicine dès la confirmation du diagnostic de COVID-19 par PCR permet de réduire leur risque de développer une forme grave de la maladie et, conséquemment, de diminuer le nombre d’hospitalisations, dit aussi le texte. La prescription de la colchicine aux patients pourrait contribuer à atténuer les problèmes d’engorgement des hôpitaux et à réduire les coûts liés aux systèmes de santé des gouvernements d’ici comme ailleurs. »

Peu coûteuse

Le vif intérêt autour de cette étude tient notamment au fait que la colchicine est déjà disponible et peu coûteuse. « La colchicine, c’est vieux comme le monde, on traite la goutte avec ça depuis des centaines d’années, résumait le Dr Tardif à La Presse canadienne vendredi. Elle est vendue en pharmacie, alors n’importe quel médecin demain qui lit ça peut tout à fait décider d’en prescrire s’il le veut. »

Toutefois, le communiqué de vendredi précisait aussi que le résultat obtenu pour l’ensemble des patients de l’étude « approchait la signification statistique », ce qui implique qu’on n’y est pas tout à fait non plus. Le gériatre Quoc Nguyen, du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, a d’ailleurs relevé cette nuance samedi sur Twitter. « Dès que l’étude COLCORONA sera publiée, attendons-nous à des débats rigoureux et contestés sur l’interprétation des tests d’hypothèse, de l’importance (ou non) du statistiquement significatif », a-t-il prédit.

L’étude se déroulait à la maison, « randomisée, à double insu et contrôlée par placebo », a précisé l’ICM vendredi. C’est-à-dire que « ni le patient ni l’équipe qui gérait l’étude ne savaient si le patient prenait le placebo ou le médicament », a expliqué le Dr Tardif. Elle a été déployée au Canada, aux États-Unis, en Europe, en Amérique du Sud ainsi qu’en Afrique du Sud.

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