Anxiété généralisée parmi les professionnels de la santé

Selon les premières données de l’étude, les travailleurs de la santé ont vécu au printemps de l’anxiété à un degré élevé.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Selon les premières données de l’étude, les travailleurs de la santé ont vécu au printemps de l’anxiété à un degré élevé.

La première vague de COVID-19 a durement éprouvé les professionnels de la santé au pays. Au Canada, 48 % des médecins ont dit ressentir des symptômes témoignant d’un degré modéré ou élevé d’anxiété, selon les résultats préliminaires d’une étude menée dans quatre provinces canadiennes. Cette proportion atteint 44 % au Québec.

Quelque 5000 travailleurs de la santé de la Colombie-Britannique, de l’Ontario, de l’Alberta et du Québec ont participé à cette étude de l’Université de l’Alberta, dirigée par la Dre Nicola Cherry, professeure en médecine préventive. Parmi les participants, 1500 médecins, dont 144 au Québec.

Selon les premières données, les préposés aux bénéficiaires, les aides-soignants et les infirmières ont vécu au printemps de l’anxiété à un degré élevé. C’est particulièrement vrai pour les médecins, indique l’étude.

« Je ne m’attendais pas à ce que le niveau d’anxiété soit à ce point [élevé], mais ça ne m’étonne pas tant que ça, dit France Labrèche, chercheuse principale de l’étude au Québec, rattachée à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail. Tout était inconnu lors de la première vague. Il y avait beaucoup de cas [au Québec] et tout le monde essayait de s’organiser. »

Le Québec a été l’épicentre de la pandémie de COVID-19 au Canada lors de la première vague — ce qui pourrait expliquer pourquoi les médecins québécois, débordés, ont participé en faible nombre à l’étude, d’après France Labrèche.

Les provinces de l’Ouest sont, cette fois-ci, plus durement frappées. « L’anxiété a beaucoup augmenté chez les médecins en Alberta », dit France Labrèche, qui s’appuie sur les derniers résultats de la deuxième phase d’étude, actuellement en cours. Il faudra voir, dit la chercheuse, si les médecins québécois se sentent moins ou plus anxieux lors de la deuxième vague.

Combien de travailleurs déjà infectés ?

En plus de se pencher sur la santé mentale des soignants, cette étude vise à déterminer la proportion des soignants possédant des anticorps au virus. Les chercheurs ont demandé aux participants s’ils ont subi un test de dépistage à la COVID-19 durant la première vague.

Les résultats préliminaires révèlent que les taux d’infection étaient plus élevés chez les médecins que chez les autres travailleurs de la santé. « Au Québec, un peu plus du tiers des médecins qui ont été testés étaient positifs, dit France Labrèche. Pour les autres provinces, c’était à peu près 15 %. »

   

Le nombre de soignants qui ont contracté la COVID-19 semble maintenant augmenter en Alberta, selon l’étude. Trois fois plus de travailleurs de la santé ont reçu un diagnostic positif lors de la deuxième vague, par rapport à la première. Les chercheurs précisent toutefois que le nombre de tests positifs a été peu élevé dans cette province lors de la première phase de l’étude.

Toutes ces informations sont cruciales en vue de la future campagne de vaccination contre la COVID-19, selon la Dre Catherine Hankins, coprésidente du Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19, un comité d’experts formé par Ottawa, qui finance cette étude de l’Université de l’Alberta. « Les travailleurs de la santé vont être le premier groupe à être vacciné en priorité contre la COVID-19, dit la médecin. C’est important de savoir quel pourcentage d’entre eux ont été infectés. »

Les gouvernements devront tenir compte de la proportion des soignants ayant des anticorps pour organiser leur opération d’immunisation, précise la Dre Catherine Hankins. « Ce qu’on veut savoir, c’est si on peut juste faire un blitz [de vaccination] des travailleurs de la santé, dit-elle. Est-ce que les gens qui ont eu la COVID-19 et que ça a été prouvé par un test positif, ils n’ont pas besoin d’un vaccin ? ou ils ont besoin d’une dose pour faire un boost ? Ce sont des questions qui restent à déterminer pour l’instant. »

L’étude vise aussi à améliorer la protection des travailleurs. D’après les données préliminaires, 15 % des médecins québécois ont dit ne pas avoir eu accès à un équipement de protection individuelle approprié lors de la première vague (par exemple, un masque chirurgical plutôt qu’un N95 lors d’une intervention générant des aérosols). « Dans les autres provinces, c’est 10 % », précise France Labrèche.

Une infirmière plus à risque qu’un préposé à l’entretien ?

Une nouvelle étude ontarienne, financée par le Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19, vient d’être entamée pour mesurer le risque d’être infecté en fonction de son corps d’emploi et de sa proximité avec le patient dans un hôpital. L’Université de Sherbrooke et l’Université McGill y participent.

Au total, près de 2500 travailleurs de la santé (des infirmières, des médecins, des préposés à l’entretien ménager, des administrateurs, etc.) seront recrutés en Ontario, en Alberta et au Québec.

« Notre but principal est de déterminer quels sont les facteurs de risque d’infection dans les hôpitaux, dit Brenda Coleman, professeure à l’Université de Toronto qui dirige cette étude avec la Dre Allison McGeer. Est-ce le contact avec le patient ? le type de patient dont on prend soin ? le type de travail qu’on fait ? Peut-être que [la personne] a été infectée par un collègue de travail. »

Les conclusions de l’étude seront utiles pour la gestion des prochaines épidémies et pandémies, croit Brenda Coleman. « Et pas seulement dans le cas du coronavirus, mais aussi de l’influenza et d’autres virus respiratoires. »


Dans une version précédente de l'article, il était écrit que 47 % des médecins au Canada (55 % au Québec) ont dit ressentir des symptômes témoignant d’un degré élevé d’anxiété, selon les résultats préliminaires d’une étude de l'Université de l'Alberta. Or, les chercheurs ont signalé au Devoir avoir commis des erreurs dans le traitement de leurs données. Ils indiquent que 48 % des médecins canadiens ont vécu de l'anxiété à un niveau modéré ou élevé (44 % au Québec).


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