Les aînés se tournent de plus en plus vers le cannabis

Leïla Jolin-Dahel Collaboration spéciale
Selon les plus récentes données de Santé Canada, en 2019, les personnes de 65 ans et plus représentaient plus de 7% des consommateurs de cannabis au pays, tous usages confondus.
Photo: iStock Selon les plus récentes données de Santé Canada, en 2019, les personnes de 65 ans et plus représentaient plus de 7% des consommateurs de cannabis au pays, tous usages confondus.

Ce texte fait partie du cahier spécial Bien vieillir

Deux ans après la légalisation de la marijuana récréative, de plus en plus de personnes âgées se tournent vers le cannabis pour des raisons de santé, après avoir essayé plusieurs traitements médicamenteux.

Les douleurs chroniques et les troubles du sommeil sont les principales raisons pour lesquelles les patients de 65 ans et plus prennent du cannabis, selon la Dre Andreea Bosneaga, médecin spécialiste en douleur chronique à la clinique Nature Médic de Magog et anesthésiste de formation. « En gestion de la douleur, tu utilises des premiers, deuxièmes, troisièmes traitements. Et quand, vraiment, tu n’as plus de ressources, tu penses au cannabis médical », explique-t-elle, ajoutant que la plupart de ses patients n’avaient jamais consommé de marijuana récréative par le passé.

« Pour les personnes âgées qui souffrent d’ostéoporose, nous savons que les médicaments qu’ils utilisent ont souvent beaucoup d’effets secondaires », explique la Dre Mary-Ann Fitzcharles, du Centre de recherche sur le cannabis à l’Université McGill. Celle qui est aussi membre du Comité consultatif scientifique sur les produits de santé contenant du cannabis de Santé Canada prévient néanmoins que des éléments sont à prendre en compte comme la prise d’autres médicaments, de mêmeque les facteurs de risque, comme l’hypertension et les problèmes cognitifs ou psychomoteurs.

Selon les plus récentes données de Santé Canada, en 2019, les personnes de 65 ans et plus représentaient plus de 7 % des consommateurs de cannabis au pays, tous usages confondus. Ainsi, cette tranche d’âge a enregistré une progression plus importante que les autres, en passant de 40 000 personnes en 2012 à plus de 400 000 l’année dernière.

La Société québécoise du cannabis (SQDC) ne tient quant à elle aucune donnée sur le profil socio-économique de ses clients, écrit un porte-parole de la société d’État par courriel.

Un médecin plutôt que la SQDC

Une personne âgée pourrait-elle aller à la SQDC et se traiter elle-même ? Mieux vaut consulter un professionnel de la santé et évaluer les risques, estiment les expertes. En juin 2019, le Collège des médecins a d’ailleurs rappelé que la SQDC n’était pas un distributeur autorisé de produits à des fins médicales. Rappelons que le cannabis médical n’est pas vendu en pharmacie et que les patients, munis d’une prescription, doivent se le procurer auprès d’un fournisseur autorisé par Santé Canada.

« On pense que c’est simple, le cannabis, mais c’est extrêmement compliqué », résume la Dre Bosneaga, à propos des molécules de tétrahydrocannabinol (THC) et de cannabidiol(CBD). Si la première est surtout connue par les consommateurs de cannabis récréatif pour ses effets psychotropes, elle est également contenue en petite quantité dans les produits composés en majorité de CBD.

Les gens qui voudraient se procurer du CBD à la SQDC pour des raisons de santé n’auraient pas accès aux mêmes produits que ceux des fournisseurs de cannabis médical, ajoute la Dre Bosneaga. « [Le CBD] à la SQDC n’est pas fait pour être pris tous les jours en même quantité », résume-t-elle, prévenant que les patients pourraient expérimenter plusieurs effets secondaires, comme des irritations à la gorge et aux sinus.

Une étude publiée en mai dernier par le Collège américain de rhumatologie a été menée auprès de 1000 personnes au Canada, tous âges confondus. « Depuis la légalisation du cannabis récréatif, son usage a triplé chez nos patients », explique la Dre Fitzcharles, qui est également coautrice de l’étude. Et sur les 12 % qui en avaient consommé, environ la moitié ont cessé, en raison de l’absence des effets bénéfiques recherchés, de la présence d’effets secondaires ou du prix onéreux.

Environ 80 % des consommateurs participants ne se procuraient pas non plus du cannabis de façon appropriée. « Plusieurs l’achetaient dans la rue, car c’était moins cher, d’autres, par un ami. Et nous avons beaucoup de patients dont les petits-enfants leur disaient d’essayer le cannabis », observe-t-elle.

Les patients optant pour le cannabis médical doivent généralement débourser des sommes plus importantes que s’ils étaient traités avec des médicaments vendus en pharmacie. Un gramme de cannabis coûte entre 8 $ et 10 $chez les fournisseurs autorisés, pour un montant variant entre 100 $ et 300 $ par mois, estime la Dre Fitzcharles.

Pas pour tout le monde

La Dre Fitzcharles souligne le peu d’études sur l’usage du CBD pour les personnes souffrant de problèmes cognitifs. Elle met également en garde les gens qui ont des antécédents de maladies cardiovasculaires au sujet du cannabis. « Nous avons de plus en plus de cas rapportés de patients ou de consommateurs de cannabis récréatifs qui ont des crises cardiaques, des AVC et de l’arythmie », note-t-elle.

« Le THC, c’est vraiment très tricky. Il y a une quantité seuil, et ce seuil-là peut être différent d’un patient à l’autre », ajoute la Dre Bosneada. Ainsi, au-dessus de ce seuil, les usagers pourraient éprouver des symptômes tels que de l’agitation, une tachycardie ou des palpitations. « Il faut vraiment faire attention », avertit-elle.