La bataille sanitaire contre la COVID-19 se livre avec trop peu de soldats

Selon le Dr Horacio Arruda, le nombre d’employés qui effectuent de la recherche de contacts et des enquêtes de cas a doublé dernièrement au Québec, passant de 800 à 1600.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Selon le Dr Horacio Arruda, le nombre d’employés qui effectuent de la recherche de contacts et des enquêtes de cas a doublé dernièrement au Québec, passant de 800 à 1600.

Plus de sept mois après le début de la pandémie de COVID-19, le Québec tente toujours de former une armée d’enquêteurs pour retrouver les contacts des personnes infectées. La Santé publique mène en ce moment une campagne de recrutement pour renflouer ses troupes. Une bonne initiative, qui survient trop tard, disent des experts.

Dans une infolettre publiée le 26 octobre, le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, signale aux professionnels de la santé que des « démarches sont actuellement effectuées afin de recruter de nouvelles ressources, soit l’équivalent de 1000 personnes à temps plein à l’échelle du Québec ». L’une de leurs missions ? Réaliser des enquêtes épidémiologiques, indique-t-il dans la missive.

Présentement, on n’a pas beaucoup d’outils pour nous aider à contrôler l’épidémie. Le vaccin, faut oublier ça à moyen terme. Et il n’y a pas vraiment de traitement.

Réponse tardive

Ces embauches vont « aider », estime Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « On se demande juste pourquoi ça n’a pas été fait avant, dit-il. Mieux vaut tard que jamais. »

Benoît Mâsse rappelle que la recherche des contacts des cas est cruciale pour limiter la propagation de la COVID-19. « Présentement, on n’a pas beaucoup d’outils pour nous aider à contrôler l’épidémie, souligne-t-il. Le vaccin, faut oublier ça à moyen terme. Et il n’y a pas vraiment de traitement. » Reste le dépistage rapide (le Québec devait recevoir jeudi, de la part d’Ottawa, 30 696 tests, qui offrent un diagnostic en moins de 15 minutes) et la recherche de contacts.

Selon la Dre Marie-France Raynault, une recherche de contacts efficace est essentielle pour réduire le nombre de nouvelles infections quotidiennes, qui stagne autour de 1000. « Ça fait un mois qu’on n’a pas de restaurants, pas de bars, pas de cinémas, pas de salles de spectacle, dit la cheffe du Département de santé publique et de médecine préventive du CHUM. Il faudrait plus de “search and contain” [en français, rechercher, tester et isoler]. C’est bien beau les mesures populationnelles, mais il faut courir après les gens. »

La Dre Marie-France Raynault cite en exemple la Corée du Sud, qui a contrôlé la transmission de la COVID-19 grâce à la recherche des contacts des personnes infectées et à l’isolement de ceux-ci.

Du délestage dans les enquêtes

Débordées par les cas et les enquêtes, des directions de santé publique — dont celles de Montréal et de la Capitale-Nationale — demandent aux personnes atteintes de la COVID-19 de communiquer elles-mêmes avec leurs contacts à risque modéré (par exemple, un ami avec qui on a discuté à moins de deux mètres pendant plus de 15 minutes).

 

Les enquêteurs, eux, se concentrent sur les cas positifs et leurs contacts à risque élevé (gens qui habitent sous le même toit, partenaires sexuels et proches aidants).

Cette nouvelle façon de faire inquiète une médecin en santé publique, qui souhaite garder l’anonymat. Elle craint que les contacts à risque modéré, qui ne sont plus appelés directement par la Santé publique, ne respectent pas les règles d’isolement. « Est-ce qu’un contact modéré comprend que si son test de dépistage s’avère négatif, il doit tout de même rester en isolement ? » demande-t-elle. La maladie peut se déclarer plus tard, l’incubation du virus étant de 14 jours.

En point de presse jeudi, le Dr Horacio Arruda a indiqué que la Santé publique « est en train d’augmenter la capacité des enquêtes » pour « revenir à faire effectivement un traçage direct, avec un appel aux contacts ». Le directeur national de santé publique a expliqué, entre autres, que bien des volontaires de « Je contribue » et des étudiants en médecine, qui ont rejoint les rangs de la Santé publique le printemps dernier, ont repris leurs occupations habituelles lors du déconfinement. Il faut les remplacer.

Selon le Dr Horacio Arruda, le nombre d’employés qui effectuent de la recherche de contacts et des enquêtes de cas a doublé dernièrement, passant de 800 à 1600. « J’aimerais ça qu’on puisse éventuellement monter autour de 3000, a-t-il ajouté. Même si on n’utilise pas ces personnes-là, on aura un bassin de personnes formées. Quand je vois ce qui se passe ailleurs, dans d’autres pays, j’essaie de me dire, il faut qu’on s’organise à l’avance si c’est possible. »

Aide du fédéral

Dès cet été, le gouvernement fédéral a mis à la disposition des provinces des téléphonistes de Statistique Canada afin de retrouver les contacts de cas de COVID-19. Il y a trois semaines, Le Devoir a révélé que le gouvernement québécois n’a eu recours qu’à une infime part des travailleurs offerts par Ottawa. Québec avait alors plaidé qu’il avait fallu du temps pour s’entendre avec le gouvernement de Justin Trudeau. Du côté fédéral, on avait rétorqué que l’aide offerte avait plutôt été ignorée jusqu’à la fin septembre.

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), une centaine d’agents de Statistique Canada prêtent actuellement main-forte aux équipes de la Santé publique. Quelque 300 autres sont disponibles et pourraient se joindre à eux, indique le MSSS.

Dans Chaudière-Appalaches, la directrice de santé publique, la Dre Liliana Romero, voudrait bien pouvoir compter sur davantage d’enquêteurs. « On a une liste de 25 personnes qui sont en attente pour commencer à travailler avec nous, dit-elle. Mais pour la formation, on peut recevoir un gros maximum de 7 personnes par semaine. » Des enquêteurs doivent être libérés de leurs tâches pour accompagner les recrues pendant une semaine. « Pendant qu’on forme, il faut continuer à faire le travail », dit la Dre Romero.

La Direction de santé publique de Montréal, elle, fait affaire avec une firme externe depuis cet été, dans le cadre d’un projet-pilote. Chaque jour, 130 employés (dont 70 du privé) travaillent aux enquêtes épidémiologiques, indique la Dre Catherine Habel, médecin responsable de l’urgence sanitaire en maladies infectieuses. Du recrutement est aussi en cours.

La médecin indique que son équipe pourrait recommencer à appeler les contacts des personnes infectées, mais à certaines conditions. « Si on maintient un plateau avec une augmentation du personnel, c’est sûr qu’on va commencer à regarder les activités qu’on peut reprendre », dit la Dre Habel. Mais si le nombre d’infections augmente, « on préserverait nos ressources pour appeler les cas » et « s’assurer qu’ils respectent l’isolement ».

 

À voir en vidéo

1 commentaire
  • Patrick Dolmaire - Abonné 30 octobre 2020 12 h 44

    Le respect de la vie ...

    Qu'attend le PM pour accepter la proposition du fédéral? Peut-il arrêter 5 minutes de faire de la politique quand la vie des gens est en jeu? Tout le monde persiste à dire qu'il manque du monde dans le système de santé, ce n'est plus un mystère et en période de crise ça devient catastrophique! Le temps n'est plus à la communication mais à l'action, les québécois méritent d'être respectés ...

    Selon le PM, il faut respecter la capacité de payer des québécois ...

    Ne pense-t-il pas qu'il faut aussi respecter les québécois en s'assurant qu'ils en ont vraiment pour leur argent?

    Est-ce que les 500 000 québécois qui n'ont pas de médecins de famille sont respectés et en ont pour leur argent?

    Est-ce que les québécois sur les listes d'attentes en chirurgie sont respectés et en ont pour leur argent?

    Est-ce que les québécois atteints de cancer ou de différentes maladies qui ne peuvent être dépistés ou soignés sont respectés et en ont pour leur argent?

    Est-ce que les québécois qui ne devraient pas décéder à l’hôpital parce qu'un homme a décidé de tout centraliser sont respectés et en ont pour leur argent?

    Est-ce que les aînés sont respectés et en ont pour leur argent? Est-ce que le PM a vu l'émission «enquête» sur les aînés le 29 octobre 2020? Est-ce qu'il va entreprendre de corriger cette situation lamentable ou faudra-t-il que le fédéral s'en occupe?