20% plus d’appels à l’aide dans les centres de prévention du suicide

La hausse moyenne des appels reçus se chiffre pour l’instant à 20% dans les deux tiers des 28 centres de prévention du suicide du Québec.
Photo: iStock La hausse moyenne des appels reçus se chiffre pour l’instant à 20% dans les deux tiers des 28 centres de prévention du suicide du Québec.

Ces dernières semaines, les appels à l’aide ont bondi en moyenne de 20 % dans les deux tiers des centres de prévention du suicide au Québec, a appris Le Devoir.

Un sondage éclair mené par le Regroupement des centres de prévention du suicide (CPS) québécois au cours des dernières heures révèle que la majorité d’entre eux font face depuis le début octobre à une recrudescence notable du nombre d’appels de personnes ayant des idées ou des élans suicidaires.

La hausse moyenne des appels reçus se chiffre pour l’instant à 20 % dans les deux tiers des 28 CPS du Québec, mais elle serait beaucoup plus élevée dans certaines régions que le Regroupement préfère ne pas identifier.

« Nous ne voulons pas cibler de région en particulier pour ne pas créer de vagues ou stigmatiser une population », a bien pris soin de préciser mardi soir Linda Poirier, directrice du CPS de la région de Québec et présidente de ce regroupement provincial.

« Ce qui est clair, c’est que les appels sont en hausse dans les deux tiers des régions. Dans l’autre tiers des régions, la situation est restée stable. Ça démontre que les gens vont chercher de l’aide. C’est un bon signe et il faut continuer de les encourager à le faire. L’aide est là, et ce qu’il faut rappeler, c’est que les idées suicidaires ont une fin », a-t-elle insisté.

Selon Mme Poirier, les régions aux prises avec la plus forte hausse ne sont pas nécessairement plus affectées par la pandémie. D’ailleurs, c’est la région de Montréal, fortement éprouvée durant toute la première vague, qui affiche la plus faible hausse observée, soit 5,8 % par rapport à la même période en 2019. Suit la région de la Capitale-Nationale, avec une hausse de 6,4 % des appels de détresse.

Les plus faibles hausses des appels sont recensées ensuite dans les régions urbaines de l’Estrie et de la Mauricie.

Rumeurs non fondées

Ces derniers jours, la circulation de rumeurs sur les réseaux sociaux à l’effet que le nombre de suicides connaissait une hausse marquée au Québec a poussé l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) à intervenir pour rétablir les faits et stopper cette désinformation. Aucune donnée ne permet à l’heure actuelle de sauter à de telles conclusions, selon l’AQPS qui se fonde sur les données préliminaires obtenues du Bureau du coroner sur les décès survenus depuis le début de la pandémie.

« Nous nous préparons depuis longtemps à un surplus d’appels et des mesures ont été prises entre régions pour s’assurer que nous avons toujours le personnel nécessaire en poste. Notre plus grand défi demeure le roulement de personnel », a précisé Mme Poirier.

Au cours du mois de septembre, les CPS du Québec avaient noté des pics temporaires, certains jours ou certaines semaines. Mais depuis octobre, la tendance semble se cristalliser, à la faveur du reconfinement d’un grand part de la population.

Selon Luc Vallerand, directeur de Suicide Action Montréal, la métropole a connu un bond marqué des appels à l’aide, de l’ordre de 14 % en avril, et de 6 % en mai derniers. Au printemps, les personnes qui appelaient à l’aide affichaient une détresse psychologique reliée principalement à des conflits conjugaux, des pertes d’emploi ou des problèmes de consommation.

« Les mêmes situations de vie sont à l’origine de la détresse actuelle, mais la détresse semble plus élevée », indique le porte-parole de Suicide Action Montréal. L’organisme vient d’obtenir des fonds d’urgence de Centraide et du ministère de la Santé et des Services sociaux pour embaucher du personnel supplémentaire. Lors de la première vague, Suicide Action Montréal, un des deux seuls CPS du Québec comptant largement sur du personnel bénévole, avait perdu plus de la moitié de ses effectifs en raison du confinement.

Chaque année, on dénombre dans la métropole de 4000 à 5000 tentatives de suicide et environ 200 suicides. « On n’a pas moyen de vérifier si les chiffres de décès sont à la hausse en ce moment, mais la hausse des appels nous inquiète », assure M. Vallerand.

L’Association québécoise de prévention du suicide vient de toucher des fonds additionnels pour mettre en œuvre une nouvelle stratégie numérique, incarnée notamment dans le lancement de la plate-forme suicide.ca. Du personnel y effectue des interventions d’urgence par clavardage, entre 16 h et 23 h, du mercredi au dimanche.

Selon le psychologue clinicien Marc-André Dufour, la crise actuelle n’épargne personne et les difficultés financières sont parmi les plus grands stresseurs des personnes vivant une détresse psychologique. « Plusieurs centres de prévention peuvent offrir des services d’urgence. Ce qui m’inquiète davantage, c’est la prise en charge et le suivi de ces gens après. Dans le réseau public, les délais actuels pour obtenir une consultation sont de plus de six mois, dans 70 % des cas », dit-il.

Dans le contexte de reconfinement, ajoute ce psychologue, les facteurs de protection de la santé mentale que jouent normalement les sorties amicales et culturelles, ou la pratique d’activités sportives, sont devenus inexistants. « Le défi pour les gens est de maximiser d’autres facteurs de protection, notamment une hygiène de vie et de poser petits gestes individuels, de nature à se rassurer soi-même et rassurer les proches. Il ne faut pas attendre que les gens soient en détresse pour agir. Dans toute crise, la priorité est de parler des émotions douloureuses. Surtout, de ne pas les mettre sous le tapis et les ignorer. »

Besoin d’aide? N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)

Sur le Web:

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que l’aide par texto de la plate-forme suicide.ca était déjà disponible, a été corrigée.