Transmettre la COVID-19 d’une génération à l’autre

Une étude menée aux États-Unis a montré que les jeunes infectés ont été les vecteurs de transmission communautaire chez les gens d'âge moyen, puis chez les aînés.
Photo: Frederic J. Brown Archives Agence France-Presse Une étude menée aux États-Unis a montré que les jeunes infectés ont été les vecteurs de transmission communautaire chez les gens d'âge moyen, puis chez les aînés.

Comme une roche jetée dans l’eau, tout indique que la transmission active qui sévit chez les jeunes adultes n’est que la première onde d’une vague qui frappera sous peu les tranches plus âgées de la population au Québec.

Plusieurs spécialistes et experts consultés par Le Devoir se disent inquiets du taux actuel d’infection observé chez les 20 à 39 ans. Une réalité qui n’évolue pas en vase clos et qui risque fort d’enflammer, à brève échéance, d’autres couches de la population beaucoup plus vulnérables, comme cela s’est vu aux États-Unis.

L’étude diffusée la semaine dernière par les centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) des États-Unis montre que la vague de contagion qui a frappé cet été les jeunes Américains a entraîné de façon claire une hausse des infections chez les plus de 60 ans, en moyenne 8,7 jours plus tard.

« Les dirigeants doivent mieux communiquer avec les jeunes à quel point ils sont essentiels pour maîtriser cette épidémie », a même martelé Tom Inglesby, directeur du Center for Health Security at Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, interrogé par le New York Times.

Ce constat inquiète, alors que le Québec vit une pareille flambée chez les jeunes, affirme la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine. « Ce matin, plusieurs personnes du ministère de la Santé m’ont demandé de leur envoyer le lien vers cette étude. C’est certain que ça influence la réflexion en cours en ce moment », a confié cette spécialiste, avant même que le gouvernement ne plonge la majorité du Québec en zone rouge.

Dans la semaine du 21 septembre, près de 40 % des infections touchaient les 20 à 39 ans, alors que les 0 à 49 ans comptaient pour 74 % du total des cas.

« On sait qu’il faut diminuer les contacts. Les jeunes ont un grand rôle à jouer là-dedans. Il faut comprendre que le risque est là, porter toujours le masque et agir avec nos proches comme si tout le monde était infectieux », affirme cette spécialiste.

Effet domino aux États-Unis

L’étude du CDC a fait grand bruit aux États-Unis, où les experts considèrent que les jeunes infectés entre les mois de juin et août (20 % des cas) dans les États du Sud ont été les vecteurs de la transmission communautaire chez les Américains d’âge moyen, puis chez les plus âgés. Et cela, en raison des emplois qu’occupent massivement les millénariaux et les trentenaires dans plusieurs commerces de détail, dans la restauration et dans les services de santé.

Pour le Dr Donald Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), il ne fait plus de doute que la transmission qui court chez les jeunes aura une incidence à court ou à moyen terme sur le taux d’infection chez les plus âgés et la capacité du système hospitalier à faire face à la situation.

« On voit déjà des cas isolés dans les CHSLD qui pourraient être les braises avant le feu », avance-t-il.

« Ce qu’on voit maintenant chez les jeunes, c’est extrêmement inquiétant. Personne n’a de boule de cristal, mais on voit la trajectoire qui pourrait se dessiner. Si les cas continuent d’augmenter, il y aura une contamination exponentielle. L’effet d’entraînement des jeunes est clair », croit le microbiologiste.

L’étude du CDC conclut aussi que les jeunes sont plus réfractaires aux mesures sanitaires, en raison de la perception voulant que la COVID soit une maladie de « vieux », ayant peu ou pas d’impact sur leur santé.

Or, les taux d’infection des jeunes ne doivent pas nous préoccuper seulement en raison de leur effet domino sur les plus âgés, ajoute cet expert du CUSM. À son avis, les effets sérieux de la COVID menacent aussi les jeunes adultes, dont une proportion non négligeable se retrouve hospitalisée, et qui sont à risque de complications graves.

« On le voit déjà dans cette deuxième vague, des gens de moins de 49 ans sont hospitalisés et on craint que ce chiffre augmente dans les prochaines semaines », dit-il. Parmi les complications observées : des embolies pulmonaires, des caillots sanguins au cerveau qui peuvent laisser des séquelles importantes.

Selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec, au moins une vingtaine de jeunes de moins de 49 ans se trouvaient hospitalisés lundi pour des complications reliées à la COVID.

Aux États-Unis, le discours ambiant sur les effets « légers » de la COVID sur les plus jeunes a nourri l’insouciance de plusieurs d’entre eux et encouragé certains comportements à risque. Mais selon des résultats publiés récemment dans le Journal of the American Medical Association, la COVID aurait entraîné une proportion inquiétante d’hospitalisations et de soins intensifs chez les jeunes Américains.

La revue des dossiers médicaux de quelque 3222 jeunes de 18 à 34 ans hospitalisés entre le 1er avril et le 30 juin dernier montre que 21 % ont dû être admis à l’unité des soins intensifs et que 10 % ont dû être placés sous respirateur. Pas moins de 3 % sont décédés, notamment des jeunes atteints d’obésité morbide ou d’hypertension. Le Québec n’a déploré pour l’instant qu’un seul décès chez un jeune de moins de 20 ans.

« Je crois qu’il reste beaucoup à faire auprès des jeunes en matière de stratégies de communication », pense la Dre Marie-France Raynault, cheffe du Département de médecine sociale et préventive du CHUM. « Il va falloir revenir aux influenceurs. La norme sociale a changé depuis le début de la pandémie. Au début, c’était glorieux d’appliquer les mesures sanitaires, et là, c’est presque devenu ringard. Malheureusement, les jeunes, comme tous les autres humains, se rendent aux arguments qui leur permettent de continuer à faire ce qu’ils veulent faire. Le moment est venu de donner un coup de barre, sinon c’est notre système de santé et tous les autres soins aux patients qui vont écoper. »

4 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 29 septembre 2020 09 h 03

    Ça suffit, les hésitations.

    À l'évidence, seule la répression viendra à bout de la majorité des récalcitrants dans les lieux privés, et il faudra inévitablement y venir tôt ou tard. Alors, à quoi bon attendre que la situation se soit dégradée encore davantage? D'autant plus que l'absence de conséquences négatives pour ces récalcitrants lance un mauvais message à l'ensemble de la population et risque d'avoir un effet d'entraînement négatif.

    On peut bien s'en faire pour la liberté individuelle, rappeler le caractère sacré de l'inviolabilité des domiciles privés, déplorer la délation et évoquer le spectre d'un État totalitaire, ces arguments ne peuvent pas faire le poids quand c'est la survie même dw milliers de personnes et celle du réseau de la Santé qui sont en jeu. Les partis d'opposition auraient intérêt à s'en souvenir avant de céder à la tentation de se faire du capital politique aux dépens du gouvernement sur cet enjeu.

    Des amendes salées seront contestées en Cour? Qu'importe. Le message aura eu le temps d'être lancé et de faire réfléchir sérieusement les négationnistes irresponsables.

  • Mireille Bélisle - Inscrite 29 septembre 2020 11 h 14

    Face à la réalité

    Je trouve très éclairant et réaliste ce document des médecins américains sur la transmission du virus à partir des jeunes aux adultes et aux personnes âgées et sur les conséquences possibles pour toutes les tranches d'âge. Le gouvernement devrait appuyer davantage sur les séquelles à long terme pour faire réfléchir les 18-49 ans qui se pensent invincibles. On ne sait pas comment notre corps peut réagir à ce virus. Se protéger et protéger parents et amis devrait être notre priorité pour les prochains 28 jours au moins..

  • Jean-Roch Coupal - Inscrit 29 septembre 2020 11 h 14

    Les plus jeunes, aussi

    Notre premier ministre demande aux adultes de se contenter de rester chez eux, sortir faire les courses nécessaires et aller travailler. Mais, qu'en est-il des jeunes adolescents ???? Ils vont à l'école, se rassemblent sur l'heure du midi, se rassemblent après les cours et on ne leur demande pas de retourner, immédiatement, à la maison dès la fin de leurs cours. On leur permet de sortir manger à l'extérieur le midi. Toujours sans masque ni distanciation sociale. Eux, aussi, sont des vecteurs de transmission. Mais, d'après es spécialistes, les jeunes ont un besoin "important" de socialiser. Comme si les jeunes d'aujourd'hui ne peuvent pas se débrouiller seuls, de faire les choses seuls, d'essayer des choses sans, toujours avoir l'avis des autres, etc.... Comme un jeune qui veut essayer le "skateboard", il peut l'essayer seul au lieu d'être accompagné par sa "gang" qui va lui dire quoi faire pour ne pas chuter, se faire mal, etc... Qu'il aille l'essayer seul. Oui, il tombera, se relèvera, et réessayera. Il tombera de nouveau et se relèvera et continura jusqu'à ce qu'il réussisse. On appelle cela, le système "D" et l'auto-apprentissage. Choses, on dirait, qu'elles n'existent plus en 2020. Le gouvernement a peur de leur faire "mal" psychologiquement en les privant de leurs dépendance sociale. Cette dépendance est, pareille comme celle des alcooliques, drogués, pour certains jeunes. Peut-être devrions-nous en faire une nouvelle maladie !!!!

  • John Gilmore - Inscrit 29 septembre 2020 12 h 31

    Un raz-de-marée approche

    Et pourtant, le port du masque n'est toujours pas obligatoire dans les lieux communs des immeubles de logements à Montréal, où les jeunes vivent côte à côte avec les personnes âgées et d'autres personnes vulnérables. Ouvrez les yeux, Monsieur Legault et Madame Plante, avant qu'il n'y ait des éclosions catastrophiques dans les immeubles de logements, surtout ceux qui sont proches des universités !