Trois régions condamnées à 28 jours de réclusion

« Le cœur gros », le premier ministre du Québec, François Legault, a annoncé lundi après-midi que trois régions de la province passeront en zone rouge. Cette nouvelle étape du confinement marque notamment le retour de restrictions sévères sur les rassemblements en famille et entre amis.

« Si on veut arriver à bon port, il faut tous travailler ensemble. Je comprends que les mesures sont difficiles », a convenu M. Legault. Dès mercredi soir, à minuit, la Communauté métropolitaine de Montréal, la région de la Capitale-Nationale, à l’exception de Portneuf et de Charlevoix, et la région de Chaudière-Appalaches passeront en « zone rouge ».

Les commerces dans les régions concernées pourront rester ouverts, mais les restaurants devront se contenter de la livraison et des commandes pour emporter. Les bars, les casinos, les salles de spectacles, les cinémas, les théâtres, les bibliothèques et les musées devront fermer leurs portes.

Ces mesures renforcées seront en vigueur, a priori, jusqu’au 28 octobre à minuit. « On pense que c’est possible en 28 jours de changer la tendance, mais il n’y a rien de garanti », a reconnu M. Legault, en insistant sur le besoin d’éviter la socialisation. « C’est pas agréable de ne pas pouvoir voir ses enfants, a ajouté le directeur national de santé publique, Horacio Arruda […] mais on n’a pas le choix. »

Je tiens à vous dire qu’actuellement, même s’il y a des secteurs un peu plus rouges […], c’est partout que ça se joue

 

Tous les rassemblements privés — intérieurs comme extérieurs — seront interdits dans les régions en rouge. Il sera généralement interdit de convier des invités chez soi, mais des exceptions seront permises pour les personnes qui habitent seules. Les personnes ayant besoin d’un proche aidant ou d’une gardienne, par exemple, pourront accueillir un visiteur à la fois.

La même formule prévaudra dans les résidences pour personnes âgées : un proche aidant sera permis à la fois. Ça ne devra pas nécessairement toujours être la même personne d’un jour à l’autre.

« On ne cloîtrera pas [les aînés], on ne les emprisonnera pas, on ne barrera pas leurs portes pour les empêcher de sortir, a réagi en soirée Paul Brunet, président-directeur général du Conseil pour la protection des malades. On a appris des leçons de la première vague, mais on aurait dû les apprendre bien avant. »

Aux Québécois qui bafouent les consignes sanitaires, M. Legault a rappelé en conférence de presse que son gouvernement n’imposait pas la seconde ronde de confinement « pour le plaisir », mais bien pour protéger les populations vulnérables. Le premier ministre a aussi annoncé que le port du masque sera obligatoire dans les manifestations, en précisant que le ministère de la Sécurité publique était à l’œuvre pour déterminer comment appliquer cette règle.

Forte hausse

On a recensé 750 nouveaux cas de COVID-19 au Québec, lundi. Bien que cet incrément soit un peu plus faible que celui annoncé dimanche, la tendance actuelle est néanmoins en forte hausse. Un décès survenu à une date non précisée s’est aussi ajouté au bilan de la province.

De nombreux épidémiologistes soulignent que ce n’est qu’une question de temps avant que les hospitalisations et les décès suivent des courbes aussi abruptes que celle des cas décelés. Les infections secondaires et tertiaires générées par les malades moins vulnérables toucheront tôt ou tard les groupes à risque, disent-ils.

Selon les données les plus récentes, le Québec compte 58 cas actifs de COVID-19 par tranche de 100 000 habitants. L’Ontario — qui serait entrée dans la deuxième vague lundi, selon son premier ministre, Doug Ford — compte deux fois moins de cas actifs que le Québec.

Comme au printemps, le gouvernement Legault encourage fortement le télétravail. Toutefois, les entreprises peuvent continuer d’accueillir jusqu’à 25 % de leurs employés sur leur lieu de travail habituel. De plus, les écoles resteront ouvertes.

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Le gouvernement recommande fortement aux Québécois de ne pas se déplacer d’une zone rouge vers une zone verte, jaune ou orange, mais ne l’interdit pas. Des policiers pourraient être présents sur les routes pour rappeler cette recommandation aux automobilistes, a cependant averti le premier ministre.

« Je tiens à vous dire qu’actuellement, même s’il y a des secteurs un peu plus rouges […], c’est partout que ça se joue, a expliqué le Dr Arruda. Et le plus grand danger, c’est de penser que pour moi, c’est moins grave qu’à côté. Parce qu’il va vous frapper par en arrière, le virus. »

Pierre Thibault, le président de la Nouvelle association des bars du Québec, dit « s’accrocher » à l’annonce effectuée par le premier ministre Legault d’une aide financière imminente. « Si les aides sont significatives et qu’elles parviennent à compenser les pertes qui s’en viennent, alors c’était tout de même la décision à prendre […]. C’est un choix de société qu’on doit faire. »

Les oppositions réagissent

M. Legault comptera sur l’« entière collaboration » des élus libéraux afin de « mobiliser » les Québécois autour de l’objectif de freiner la progression de la COVID-19 au Québec, a promis Dominique Anglade. La cheffe de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale s’est cependant aussi engagée à « continuer à poser des questions » au gouvernement Legault. « Le Québec a le droit de savoir ce qui s’est passé et ce qui nous a menés à la situation actuelle », a-t-elle défendu.

La porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a promis de relayer au Parlement les préoccupations des travailleurs qui, selon elle, ont été « les grands absents des annonces » de lundi après-midi. « Les travailleuses et les artisans de la restauration, des bars et du milieu culturel vont passer une nuit blanche à se demander ce qui les attend demain », s’est-elle désolée.

Plusieurs questions sont demeurées sans réponse au terme de la conférence de presse de M. Legault, M. Dubé et M. Arruda, se désole le député péquiste Joël Arseneau. « Comment le gouvernement va-t-il freiner la propagation du virus dans des régions qui, jusqu’ici, ont été relativement épargnées par l’augmentation des cas ? » se demandait-il lundi soir.

Avec Marco Bélair-Cirino et Magdaline Boutros

Qu'est-ce que l'alerte rouge?

Voici les principaux points à retenir concernant l’alerte maximale décrétée lundi soir dans la grande région de Montréal, dans la région de la Capitale-Nationale — à l’exception de Portneuf et Charlevoix —, dans la région de Chaudière-Appalaches et dans la MRC de la Rivière-du-Nord dans les Laurentides pour « casser » la deuxième vague.

 
  • Les mesures décrétées s’appliqueront pour 28 jours du 1er au 28 octobre.
  • Les rassemblements privés à l’intérieur et à l’extérieur seront interdits.
  • Seules les personnes habitant à une même adresse pourront se trouver ensemble dans leur logement. Certaines exceptions seront consenties, par exemple pour une personne seule désirant briser l’isolement, pour une personne âgée ayant besoin de l’aide d’un proche aidant, pour des parents ayant besoin d’une gardienne ou encore pour certains services, comme celui d’un plombier. Pour ces exceptions, seul un invité pourra se trouver à la fois dans le logement.
  • Dans les résidences pour personnes âgées, les visites seront également proscrites sauf pour les proches aidants. La règle d’une personne à la fois s’appliquera. Il pourra s’agir d’une personne différente d’une journée à l’autre. Mais un maximum de deux personnes par jour seront admises en CHSLD.
  • Les salles à manger des restaurants, les bars et les casinos seront fermés. Les restaurants pourront continuer à effectuer des livraisons et à offrir des mets à emporter.
  • Les salles de spectacle, cinémas, théâtres, salles de réception, musées et bibliothèques seront fermés.
  • Les manifestations demeureront permises, mais le port du masque sera obligatoire.
  • Un maximum de 25 personnes à la fois seront admises dans les lieux de culte, qui pourront demeurer ouverts, ou encore lors de funérailles.
  • Les déplacements interrégionaux et à l’extérieur du Québec ne seront pas interdits, mais plutôt non recommandés sauf pour des déplacements jugés « essentiels » par exemple pour les travailleurs, les familles en garde partagée et le transport des marchandises.
  • Tous les commerces, incluant les salons de coiffure, demeureront ouverts, tout comme les services professionnels et de santé en cabinet privé.
  • Les écoles et les garderies demeureront ouvertes.
  • Les installations sportives demeureront ouvertes.
  • Les organismes communautaires demeureront ouverts.
Magdaline Boutros

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10 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 29 septembre 2020 06 h 54

    « La preuve, c’est l’épreuve » écrivait le maitre à penser d’Emmanuel Levinas, Franz Rosenzweig. C’est en le relisant que je me suis dit que voilà le moment historique de voir la solidarité humaine mise à l’épreuve...bienvenu dans ce «  désert du réel ». A suivre... Merci.

  • Vincent Collard - Abonné 29 septembre 2020 07 h 58

    La religion plus essentielle que la culture ?

    On admet qu'une église accueille 25 personnes (rappelons que les cérémonies religieuses ont été parmi les plus importants facteurs de transmission du virus au printemps dernier), mais on ferme les salles de spectacle qui, elles, se sont conformées de façon exemplaire (sinon carrément zélées) aux mesures sanitaires depuis leur réouverture.

    Encore une fois, les artistes et leur public font les frais d'une ségrégation qu'on tente de masquer sous une «raison d'État» à géométrie (très) variable.

    Il est plus que tentant de tracer un parallèle entre ce gouvernement et celui de Maurice Duplessis, qui se prosternait devant l'institution religieuse tout en méprisant sans vergogne les «joueurs de piano».

  • Benoit Samson - Abonné 29 septembre 2020 09 h 32

    Lacune majeure des mesures incomplètes annoncées par les premiers ministres du Québec et de l’Ontario

    Les mesures annoncées par les premiers ministres du Québec et de l’Ontario pour faire face à la deuxième vague sont élaborées mais elles sont incomplètes. Il y manque le principal.
    Les premiers ministres Legault et Ford ont certes le mérite d’avoir fait une liste interminable de détails de ce qui sera ouvert, à moitié fermé ou fermé dans les zones rouges pales, moyennes ou foncées, mais compte tenu de la situation critique, il manque à leurs listes la seule façon efficace connue pour contrôler la contagion sur tout le territoire sans égard à la couleur des zones des provinces. Autrement ce n’est qu’une question de temps avant que toutes les zones finissent par tourner au rouge foncé comme elles sont en train de le faire les unes après les autres.
    En plus des mesures annoncées dans les zones critiques, le temps est arrivé d’exiger le port du couvre-visage partout sur le territoire sans égard à la couleur des zones jusqu’à ce qu’elles soient toutes retournées au vert. Le couvre-visage exigé seulement ‘’quand la distanciation n’est pas possible’’ doit être remplacé par ‘’en tout temps’’, à l’intérieur comme à l’extérieur sauf pour quelques exceptions. Le critère de distanciation sert trop souvent d’excuse pour ne pas suivre la règle. Il faut éliminer cette échappatoire pour faciliter le respect des consignes et faciliter les interventions des forces de l’ordre pour que cette précaution s’applique sur tout le territoire.

  • André Nickell - Inscrit 29 septembre 2020 11 h 23

    Les bibliothèques et les musées?

    S'il y a bien un type d'endroit où les gens respectent la distanciation sociale, c'est bien les bibliothèques et les musées.

    • Vincent Collard - Abonné 30 septembre 2020 10 h 51

      M. Samson, le port du couvre-visage est loin d'être une panacée… et pourrait même faire partie du problème. À moins de le porter en observant un protocole très strict comme le font les professionnels de la santé qui sont formés pour ça, il est, dans la vie quotidienne, un vecteur de transmission du virus autant, sinon davantage, qu'une protection contre lui.

      En effet, même si certaines études démontrent que le virus est présent dans les «gouttelettes» que nous expirons, il reste que ses premiers (et loin) vecteurs de transmission sont nos MAINS, qui manipulent les objets et touchent les surfaces. C'est pour ça que la première mesure sanitaire prônée par les autorités de santé publique depuis le tout début de la pandémie est le lavage des mains.

      Quand vous entrez dans un commerce, donc, vous vous lavez (ou désinfectez) les mains : bravo. Mais dès que vous touchez à votre masque (ce qu'on fait sans arrêt pour l'ajuster, se gratter, etc), vous re-contaminez vos mains et redevenez un vecteur de transmission.

      De plus (je l'observe chaque fois que j'entre dans un commerce) le sentiment trompeur de sécurité qu'entraîne le port du masque a eu pour effet, dès qu'il est devenu obligatoire, d'inciter les gens à relâcher gravement leur vigilance à l'égard de toutes les autres précautions, notamment la fameuse distance de deux mètres que plus personne n'observe nulle part. En avril, on faisait de grands détours pour passer le plus loin possible des autres; depuis juillet, on se fait frôler tous les jours à l'épicerie.

      Bref, il n'est pas impossible que la prolifération des masques soit à l'origine de la recrudescence des cas. ON ne peut évidemment pas l'affirmer pour l'instant, mais il serait urgent de mener une étude à ce sujet.

      Entre-temps, il est facile de constater que les cas ont recommencé à augmenter environ deux semaines après l'imposition du masque, ce qui correspond à la période d'incubation du virus. Il faudrait prendre ceci au sérieux.

  • Vincent Collard - Abonné 29 septembre 2020 12 h 15

    Religion : 25 — Culture : 0

    Vingt-cinq personnes admises à la messe, zéro au théâtre ou au concert.

    Voilà qui en dit long sur notre gouvernement qui considère la religion comme essentielle, mais pas la culture.

    Nous nous en souviendrons, de celle-là.

    • Benoit Samson - Abonné 29 septembre 2020 18 h 07

      La laicité de l'état mise à dure épreuve en effet