La zone rouge en neuf questions

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne

Lors de son point de presse lundi après-midi, le gouvernement Legault a décrété que la grande région de Montréal, la région de la Capitale-Nationale — à l’exception de Portneuf et Charlevoix — et la région de Chaudière-Appalaches passaient en zone rouge. Qu’est-ce que cela implique pour les commerces, les écoles, les cinémas ou les établissements de soins de santé?

Qu’est-ce que l’alerte rouge ?

Dans le système d’alertes régionales du gouvernement du Québec, c’est la couleur la plus chaude — et donc, le dernier palier d’alerte et d’intervention. Cela dit, le gouvernement s’est réservé une très grande marge de manœuvre pour ce qui est des mesures rattachées à ce palier. Les mesures décrétées pour les régions en zone rouge s’appliqueront pour 28 jours, du 1er au 28 octobre.

Va-t-on épargner les salles à manger des restos ?

Le premier ministre a annoncé ce que plusieurs craignaient : les salles à manger des restaurants, les bars et les casinos seront fermés pour la durée de 28 jours. Les restaurants pourront continuer à effectuer des livraisons et à offrir des mets à emporter.

François Meunier, vice-président aux affaires publiques à l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ), s’est dit « sous le choc », évoquant des drames humains qui sont en train de se jouer en plus des drames économiques. 

« On continue de penser qu’on fait plutôt partie de la solution en fournissant des lieux de rassemblement sécuritaires, contrôlés et contrôlables par la police et la santé publique. » Le versement des loyers, des taxes foncières et de la TPS/TVQ sont autant d’impondérables devenus de véritables boulets pour des entreprises déjà lourdement affectées par le confinement du printemps, rappelle-t-il.

Pour sa part, Pierre Thibault, président fondateur de la Nouvelle association des bars du Québec (NABQ) dit « s’accrocher » à l’annonce effectuée par le premier ministre Legault d’une aide financière imminente. « Si les aides sont significatives et qu’elles parviennent à compenser les pertes qui s’en viennent, alors c’était tout de même la décision à prendre. […] C’est un choix de société qu’on doit faire. »

Le milieu culturel est-il à nouveau menacé ?

Lors de la première vague de la COVID-19, il a fallu un bon moment avant que Québec ne précise les balises à respecter du côté de la culture. Cette fois-ci, les mesures sont claires: les salles de spectacle, cinémas, théâtres, salles de réception, musées et bibliothèques seront fermés pendant 28 jours. Pour plusieurs acteurs du milieu, c’est un retour à la case de départ. 

Il s’agit d’un véritable casse-tête pour les directeurs de programmation ont déjà dû jongler avec les contraintes pour élaborer leur saison « alternative » d’automne. 

Lors de la conférence de presse, le premier ministre Legault a tenté de se faire rassurant. À l’adresse des propriétaires de salles comme de restaurants, il a promis d’élaborer « une formule pour aider financièrement et pour compenser les pertes ». 

Sera-t-il toujours possible de se rassembler? 

Les rassemblements privés à l’intérieur comme à l’extérieur seront interdits. Seules les personnes habitant à une même adresse pourront se trouver ensemble dans leur logement. Le premier ministre a réitéré l’importance de mettre toute activité sociale sur pause pendant cette période.

« Les gens ont profité de l’été. Ils ont eu du plaisir. On a vu des images circuler. [...] La situation est désormais critique. Il faut maintenant revenir un peu en arrière », a expliqué le premier ministre.

Certaines exceptions seront consenties, par exemple pour une personne seule désirant briser l’isolement, pour une personne âgée ayant besoin de l’aide d’un proche aidant, pour des parents ayant besoin d’une gardienne ou encore pour certains services, comme celui d’un plombier. Pour ces exceptions, seul un invité pourra se trouver à la fois dans le logement.

Dans les lieux de culte ou lors de funérailles, un maximum de 25 personnes à la fois seront admises.

Le premier ministre a aussi annoncé que le port du masque sera obligatoire dans les manifestations. Le ministère de la Sécurité publique doit encore déterminer comment appliquer cette règle.

Qu’adviendra-t-il des visites pour les proches aidants ? 

Dans les résidences pour personnes âgées, les visites seront également proscrites, sauf pour les proches aidants. La règle d’une personne à la fois s’appliquera.

Paul Brunet, président-directeur général du Conseil pour la protection des malades, s’est réjoui d’apprendre que les proches aidants pourront cette fois continuer de visiter leurs proches dans des résidences pour aînés. « On ne cloîtrera pas [les aînés], on ne les emprisonnera pas, on ne barrera pas leurs portes pour les empêcher de sortir. On a appris des leçons de la première vague, mais on aurait dû les apprendre bien avant. »

Mais reste encore à s’assurer que cette consigne sera appliquée sur le terrain, fait remarquer Mélanie Perroux, coordinatrice générale du Regroupement des aidants naturels du Québec. De nombreux proches aidants se sont vus refuser l’accès à leurs proches lorsque Montréal est passée en zone orange il y a quelques jours, rapporte-t-elle. « La définition de ce qu’est un proche aidant n’est pas toujours comprise par les gestionnaires. Le soutien émotionnel compte aussi, mais c’est pas compris. Qu’un aidant naturel, c’est pas forcément le conjoint ou la conjointe, c’est pas compris. » 

Sera-t-il possible de se déplacer entre régions ? 

Les déplacements interrégionaux et à l’extérieur du Québec ne seront pas interdits, mais plutôt non recommandés sauf pour des déplacements jugés « essentiels », par exemple pour les travailleurs, les familles en garde partagée et le transport des marchandises. 

Bien que les déplacements ne soient pas formellement interdits, des policiers pourraient être présents sur les routes pour rappeler cette recommandation aux automobilistes, a averti le premier ministre.

« Je tiens à vous dire qu’actuellement, même s’il y a des secteurs un peu plus rouges […], c’est partout que ça se joue, a expliqué le Dr Arruda. Et le plus grand danger, c’est de penser que pour moi, c’est moins grave qu’à côté. Parce qu’il va vous frapper par en arrière, le virus. »

Vers un enseignement à distance ?

Dans le réseau de l’éducation, on attendait avec impatience l’intervention du premier ministre.

Or, les écoles et les garderies demeureront ouvertes. Le gouvernement Legault dit garder les écoles ouvertes pour le bien des enfants.

« Pour l’instant, il n’y a rien de changé dans les écoles. La grande majorité, 99 %, des enfants peuvent continuer à suivre leurs cours, et il faut que ça reste comme ça. C’est un risque calculé, et il y a un risque encore plus important si on garde les enfants à la maison », a déclaré le premier ministre, François Legault, en conférence de presse lundi en début de soirée.

Quels sont les autres secteurs épargnés? 

À l’instar des écoles et des garderies, tous les commerces, incluant les salons de coiffure, demeureront ouverts, tout comme les services professionnels et de santé en cabinet privé.

Les gyms, les salles de sport, les cabinets privés et les organismes communautaires resteront également ouverts.

Les mesures sont-elles levées après 28 jours ?

Ces mesures renforcées seront en vigueur, a priori, jusqu’au 28 octobre à minuit. « On pense que c’est possible en 28 jours de changer la tendance, mais il n’y a rien de garanti », a reconnu M. Legault, en insistant sur le besoin d’éviter la socialisation.