Soulager les symptômes liés à l’âge avec l'art-thérapie

Pascaline David Collaboration spéciale
Un essai clinique a permis de démontrer que les ateliers de peinture réalisés avec des patients âgés présentant une déficience cognitive diminuent la mortalité à l’hôpital ainsi que le nombre de médicaments prescrits lors de la sortie de l’hôpital.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Un essai clinique a permis de démontrer que les ateliers de peinture réalisés avec des patients âgés présentant une déficience cognitive diminuent la mortalité à l’hôpital ainsi que le nombre de médicaments prescrits lors de la sortie de l’hôpital.

Ce texte fait partie du cahier spécial Vieillir mieux

S’il n’existe pas encore d’échappatoire médicale à la vieillesse, la perte de motricité, de mémoire et le sentiment d’isolement qui y sont associés peuvent être apaisés. Le remède ? L’art-thérapie, qui peut jouer un rôle clé dans l’amélioration de la qualité de vie des aînés.

En 2018, le Centre d’excellence sur la longévité et l’Hôpital général juif ont mené une étude clinique longitudinale en partenariat avec le Musée des beaux-arts de Montréal, afin d’étudier les effets de l’art sur les personnes âgées de 65 ans et plus. Les résultats indiquent qu’une « activité artistique participative dans un musée, organisée, soutenue et menée par un professionnel, pouvait de manière significative améliorer le bien-être, la qualité de vie et la santé des aînés vivant dans la communauté. » Rien que ça.

L’art-thérapie est considérée comme une démarche destinée à toute personne vivant avec des difficultés physiques, émotionnelles, spirituelles ou intellectuelles. Ainsi, lors d’ateliers, les participants tendent à se reconnecter avec leurs émotions ou, à l’inverse, à se concentrer sur autre chose que leur douleur.

« Cela permet d’accéder à la capacité d’expression et de créativité unique à chaque individu, indique Julie Corriveau, membre du conseil d’administration de l’Association des art-thérapeutes du Québec (AATQ). En amenant à la surface les images intérieures, il est possible pour la personne de se voir, de se poser et de prendre une distance par rapport à ses problèmes. »

Parfois, la démarche artistique demeure très limitée lorsque la motricité de la personne est très réduite.« On se concentre surtout sur le moment présent, plutôt que sur les résultats », ajoute Julie Corriveau. La valeur esthétique est donc moins importante que la portée thérapeutique. L’AATQ insiste d’ailleurs sur le fait qu’aucun talent artistique ni aucune habileté particulière ne sont requis pour profiter des bienfaits de l’art-thérapie.

Modes d’expression variés

L’art-thérapie est accessible à tout le monde, mais certaines maladies, comme la démence ou l’alzheimer, demandent un degré d’attention supérieur. « Afin d’évaluer si le service répond bien aux besoins de la personne, on invite la clientèle à faire des essais pour découvrir les bienfaits avant de commencer officiellement une thérapie », précise Julie Corriveau.

Mme Corriveau, qui a travaillé auprès de patients atteints d’alzheimer, a pu observer directement leurs réactions. « L’approche est différente avec ces personnes, qui vivent beaucoup d’émotions incontrôlées et qui ont plus de mal à se souvenir de ce qu’elles ont fait dans les dernières minutes », explique-t-elle. Grâce aux activités organisées par les art-thérapeutes, elles vont retrouver une certaine estime d’elles-mêmes, voire un sentiment de fierté pendant quelques instants.

Les intervenants essaient d’adapter les modes d’expression artistiques aux difficultés physiques ou intellectuelles des participants. Certains patients utiliseront la peinture ou la sculpture, pendant que d’autres exploreront la musique, par la pratique ou simplement l’écoute.

Plusieurs études ont d’ailleurs prouvé que la musique peut traiter des problèmes de cognition, d’orientation spatio-temporelle, de mémoire et même des symptômes comportementaux et psychologiques de la démence.

Le Centre d’excellence sur la longévité s’est lui aussi penché sur la question en analysant les effets d’interventions musicales sur l’émotion des patients âgés hospitalisés. Pendant qu’un groupe assistait à des séances de musique données par des étudiants bénévoles de l’Université McGill, d’autres regardaient simplement la télévision. Les participants à la séance de musique ont démontré une augmentation plus importante des émotions positives que ceux regardant la télévision.

Un troisième essai clinique de la même institution a permis de démontrer que les ateliers de peinture réalisés avec des patients âgés présentant une déficience cognitive diminuent la mortalité à l’hôpital ainsi que le nombre de médicaments prescrits lors de la sortie de l’hôpital.

Cadre sécuritaire

Parce que rien ne doit être fait au hasard, les professionnels du milieu établissent un cadre sécuritaire avec les participants, de même que des objectifs cliniques. La relation entre l’art-thérapeute et le patient est également très importante, puisqu’elle permet de construire un lien de confiance et un espace sans jugement.

La recherche menée par le Centre d’excellence sur la longévité s’est étendue auprès d’institutions internationales. Des groupes de contrôle sont actuellement suivis au sein de musées et d’instituts de recherche dans dix autres pays en Amérique, en Europe, en Asie, au Moyen-Orient et en Océanie.

Si la profession est encadrée par un code d’éthique, elle n’est pas reconnue officiellement par la loi québécoise. L’AATQ demande que ses praticiens soient membres de sa structure et aient suivi une formation de deuxième cycle universitaire en art-thérapie. Les établissements qui offrent le programme actuellement sont l’Université Concordia et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Toutefois, cette formation ne donne pas accès au permis de psychothérapeute. Des démarches sont en cours pour changer cela.