Pourquoi les hommes sont-ils plus malades que les femmes?

Les chercheurs ont constaté que les femmes dont l’infection connaissait une évolution défavorable avaient elles aussi des niveaux de certaines cytokines plus élevés (CCL5, IL-15, etc.) au cours de leur infection.
Photo: Getty Images iStockphoto Les chercheurs ont constaté que les femmes dont l’infection connaissait une évolution défavorable avaient elles aussi des niveaux de certaines cytokines plus élevés (CCL5, IL-15, etc.) au cours de leur infection.

Depuis le début de la pandémie, on a remarqué que, bien que les femmes puissent être infectées par la COVID-19 tout autant que les hommes, ce sont plus souvent ces derniers qui développent une forme sévère de la maladie, et ce, plus particulièrement s’ils sont âgés. Une étude parue cette semaine dans la revue Nature qui décrit les caractéristiques de la réponse immunitaire que les hommes et les femmes développent face au SRAS-CoV-2 apporte un début d’explication à cette différence de pronostic entre les sexes.

Les auteurs de l’étude, des chercheurs de la Yale University School of Medicine, n’ont d’abord remarqué aucune différence dans la quantité de virus qui infectaient les hommes et les femmes, ni dans celle des anticorps dirigés contre le SRAS-CoV-2. Ils ont toutefois observé un nombre considérablement moindre de cellules T en activité dans le sang des hommes atteints de la COVID-19 que dans celui des femmes, et ce, dès le début de l’infection. « Cette observation pourrait expliquer le fait que les hommes sont souvent affectés plus gravement de la COVID-19 que les femmes, car en plus, ce sont les cellules T de type CD8, reconnues pour s’attaquer spécifiquement aux cellules infectées par des virus, qui sont moins abondantes chez les hommes que chez les femmes », fait remarquer le Dr Donald Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre universitaire de santé McGill.

Les analyses sanguines effectuées par les chercheurs ont également révélé qu’au début de leur infection, les hommes présentaient des niveaux plus élevés de certaines cytokines (IL-8 et IL-18) que les femmes. « Les cytokines sont en quelque sorte les hormones du système immunitaire que les cellules du système immunitaire utilisent pour communiquer entre elles, pour se mobiliser et coordonner la réponse à mettre en branle contre l’agresseur », explique le Dr Vinh.

Par ailleurs, les chercheurs ont constaté que les femmes dont l’infection connaissait une évolution défavorable avaient elles aussi des niveaux de certaines cytokines plus élevés (CCL5, IL-15, etc.) au cours de leur infection.

Mais le fait que les hommes présentent des niveaux élevés de certaines cytokines proinflammatoires en début d’infection les prédisposerait-il à développer cette tempête d’hormones inflammatoires qui est souvent la cause du décès des patients ?

Le Dr Richard Marchand, microbiologiste médical et infectiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, le croit. « Le système immunitaire des hommes comprend des mécanismes modérateurs et de contrôle moins sophistiqués que celui des femmes, qui produit des cellules régulatrices ou de contrôle, telles que des cellules T, plus efficaces et plus actives qui empêchent notamment que soit détruit le bébé (ce corps étranger) qu’elles portent quand elles sont enceintes. En produisant plus de cellules T que les hommes, les femmes arrivent ainsi à mieux cibler les virus et à mieux contrôler la réponse contre l’agresseur. Or, quand la réponse est plus modérée, ça fait moins de dégâts. Par contre, quand le système immunitaire de l’homme se réveille et s’active, la réponse est souvent plus forte que chez la femme. Face à des cellules infectées, le système immunitaire mâle va lancer une grenade dans le tas qui va tuer toutes les cellules en même temps, alors que celui de la femme va procéder comme avec un fusil, en ne visant que les cellules qui sont malades. La tempête de cytokines semble être plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, et ce, dans plusieurs maladies, probablement parce que le système immunitaire [des hommes] possède moins de mécanismes modérateurs », explique-t-il.

La réponse immunitaire que développent les femmes face au virus est différente de celle des hommes

Rien n’est moins sûr, répond pour sa part le Dr Vinh, qui avance une autre hypothèse possible. Ces niveaux élevés de cytokines IL-8 et IL-18 au début de l’infection sont peut-être le reflet d’une faiblesse innée du système immunitaire des hommes qui n’arrive pas à contrôler les virus dès le début, lesquels se reproduisent alors rapidement — déclenchant ainsi la libération de cytokines IL-8 et IL-18 — tout en faisant beaucoup de dommages, et, en désespoir de cause, le système immunitaire induirait dans ce cas une tempête cytokinique », avance le Dr Vinh.

« Toutes ces observations nous montrent avant tout que la réponse immunitaire que développent les femmes face au virus est différente de celle des hommes. Les femmes ont une réponse cellulaire, particulièrement en cellules CD8, plus robuste que les hommes. De plus, la réponse immunitaire des personnes qui voient leur état se détériorer n’est pas la même que celle des individus qui récupèrent. Il y a des réponses immunitaires qui semblent être liées à l’évolution clinique de la maladie », résume le Dr Vinh.

« Les résultats de cet article sont très intéressants et devront être pris en considération dans les traitements et la vaccination, souligne le Dr Vinh. On pense surtout à cibler le virus pour traiter la COVID-19, mais cette maladie n’est pas seulement un problème de virus, il faut aussi considérer comment l’humain répond à ce virus. On doit penser à renforcer un système immunitaire qui est affaibli ou calmer un système immunitaire qui s’est emballé de façon incontrôlée. En nous expliquant pourquoi les hommes sont plus gravement affectés que les femmes, cet article nous montre qu’on devrait probablement traiter les hommes différemment des femmes et penser à mettre au point des thérapies personnalisées. » Plus précisément, il faudrait stimuler la production de cellules T chez les hommes et freiner la libération de cytokines chez les femmes dont l’état se détériore.

Les auteurs de l’article suggèrent qu’il faudrait également envisager des stratégies différentes pour la vaccination des hommes et des femmes. « Habituellement, on met au point une seule formule vaccinale pour tout le monde. Mais comme le système immunitaire des hommes répond au virus différemment de celui des femmes, on peut imaginer qu’il en sera de même dans la réponse au vaccin », indique le Dr Vinh.

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