Les laboratoires médicaux de dépistage de la COVID-19 débordés

Une boîte contenant un test pour la COVID-19
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une boîte contenant un test pour la COVID-19

Les techniciens des laboratoires médicaux, sous pression depuis des mois pour dépister la COVID-19, sont à bout de souffle. En nombre insuffisant et faisant face à des tests qui s’accumulent, ils interpellent Québec pour trouver des solutions avant une éventuelle deuxième vague.

« J’avoue que l’automne me fait peur. Je ne sais pas comment on va réussir à passer au travers, honnêtement », raconte en entrevue Martin Lavigne, un technologiste médical travaillant au CIUSSS de Laval, mais présentement affecté au laboratoire de l’hôpital Pierre-Le Gardeur à Terrebonne, qui dessert le sud de Lanaudière.

Celui qui est aussi représentant syndical le constate : ses collègues sont épuisés, surtout mentalement. Les derniers mois ont été exigeants, et leur travail a été bouleversé par la pandémie.

Le délestage massif d’activités médicales opéré en début de crise leur avait permis de se concentrer sur le dépistage de la COVID-19, mais les salles d’opération et les cliniques externes ont aujourd’hui repris du service. Et le dépistage du virus s’est accéléré au cours des derniers jours, jusqu’à dépasser plus d’une fois le seuil des 16 000 tests quotidiens. Sans parler de l’arrivée attendue des tests sérologiques.

« Ça commence à être plus compliqué », confie M. Lavigne. Son laboratoire croule sous les demandes, n’arrivant pas à analyser tous les tests de dépistage qu’il reçoit.

Bon nombre d’échantillons sont donc expédiés chaque jour à une entreprise de biotechnologie pour éviter de prendre trop de retard. « Dans une journée de semaine, on peut envoyer des centaines de tests à cette compagnie privée. C’est sûr qu’il doit y avoir un coût », avance le technologiste.

Les limites des appareils expliquent en partie la situation, mais le nerf de la guerre reste le manque flagrant de personnel, souligne-t-il. « Pour nous aider, on embauche présentement des techniciens de classe “B”, mais ils n’ont pas la formation collégiale. Ils ne peuvent pas tout faire, comme valider les tests par exemple. C’est un plaster sur le bobo. »

 

Pression

« On comprend les besoins de cette situation exceptionnelle, mais la pénurie de personnel dans les laboratoires existait bien avant la pandémie », déplore de son côté Andrée Poirier, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). « Ça fait longtemps qu’on lance des signaux d’alarme, mais là, nos voyants sont rouges. Ce n’est pas compliqué, on est rendus à un point de rupture. »

Le manque de main-d’œuvre se fait sentir « depuis dix ans », renchérit Doris Levasseur Bourbeau, présidente de l’Ordre professionnel des technologistes médicaux du Québec (OPTMQ). Et ce, alors que la charge de travail n’a cessé de croître en raison, notamment, du vieillissement de la population et de la complexité grandissante des analyses à mener.

Selon elle, la COVID-19 a ajouté une pression « énorme » sur les laboratoires médicaux de la province. Le traitement des tests ne se résume pas à mettre l’échantillon « dans une machine qu’on met à on », explique Mme Levasseur Bourbeau. Plusieurs manipulations sont nécessaires pour garantir la fiabilité des résultats et un suivi sans faille auprès des patients. « C’est une chaîne de montage vraiment rigoureuse. Il faut être alerte. On ne peut pas arriver là fatigué le matin. »

Or, « nos membres en ont par-dessus la tête », reprend Andrée Poirier de l’APTS, qui représente 55 000 membres dans le réseau de la santé, dont quelque 3450 technologistes médicaux.

Dans une sortie commune avec l’OPTMQ, le syndicat interpelle le nouveau ministre de la Santé, Christian Dubé, pour trouver des solutions avant que frappe la deuxième vague. Car celle-ci risque d’être « la goutte qui fera déborder le vase ».

Un « premier pas », soutient Mme Poirier, serait d’offrir la « prime COVID-19 » de 8 % aux travailleurs des laboratoires — dont les technologistes médicaux et les techniciens diplômés —, au même titre que les infirmières ou les préposés aux bénéficiaires. Une demande maintes fois formulée auprès du gouvernement, mais qui se heurte à une fin de non-recevoir, dit-elle.

« On a aussi proposé d’autres formes d’incitatifs financiers pour reconnaître les risques et valoriser la profession, mais il n’y a eu aucune ouverture », ajoute celle dont le syndicat est en négociation en ce moment avec Québec pour renouveler sa convention collective, échue depuis le 1er avril.

« Il n’est pas dans l’intention actuelle de modifier les titres d’emploi identifiés à l’arrêté ministériel pour inclure d’autres professions », a confirmé de son côté le cabinet du ministre Christian Dubé au Devoir.

Réforme à revoir

Selon l’APTS et l’OPTMQ, Québec doit également s’employer à former davantage de technologistes médicaux dans les 12 cégeps offrant la formation. Et une fois qu’ils sont embauchés, il doit les encourager à rester en poste en leur offrant de meilleures conditions.

Pour ce faire, le gouvernement doit ainsi revoir « en profondeur » la réforme OPTILAB, qui a « fragilisé » le réseau. À leurs yeux, celle-ci a « accentué le problème d’attraction et de rétention » des technologistes, en plus d’avoir alourdi leur travail.

OPTILAB a été lancée sous le règne de l’ancien ministre de la Santé Gaétan Barrette pour centraliser les laboratoires de biologie médicale du Québec. Elle a fait en sorte que, plutôt que d’être analysés dans chaque hôpital, des prélèvements sont désormais envoyés et traités dans les grands centres. La crise sanitaire a toutefois forcé le ministère de la Santé à augmenter le nombre de laboratoires habilités à analyser les tests COVID-19 et à commander de l’équipement supplémentaire.

« Envoyer tous les échantillons au même endroit, on s’est rendu compte que ça ne fonctionne pas. Surtout pendant une pandémie, où chaque région doit être autonome pour répondre à la demande », constate le technologiste Martin Lavigne.

« Nous allons suivre les analyses de laboratoire pour nous assurer que celles qui nécessitent un traitement urgent peuvent continuer de se faire sur place et que les analyses qui seront transférées vers les laboratoires centraux se fassent de façon sécuritaire pour les patients et pour les échantillons », a en outre fait savoir au Devoir le cabinet du ministre Dubé.

141 nouveaux cas de coronavirus au Québec

Le bilan de la pandémie s’est alourdi de trois pertes de vie au Québec, pour un total de 5681 personnes décédées, a-t-on annoncé dimanche. Deux de ces nouveaux décès sont survenus avant le 25 juillet. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a également rapporté 141 nouveaux cas dans la province, ce qui porte le nombre total de personnes infectées à 59 599. Le nombre d’hospitalisations était en régression pour une troisième journée de suite, portant le total à 172 (une baisse de 5). Un lit s’est également libéré aux soins intensifs, où 17 patients luttent toujours contre le virus. On ignore pour le moment le nombre de cas actifs. La région montréalaise demeure la plus touchée par la progression du virus. On a signalé 61 nouveaux cas sur l’île de Montréal par rapport au relevé précédent, pour un total de 28 904 depuis le début de la pandémie. La Montérégie a recensé 19 nouveaux cas, pour un total de 8825, les Laurentides 23, pour un total de 3920, et Laval 12, pour un total de 4512.

La Presse canadienne

 

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4 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 3 août 2020 07 h 25

    Quand tout cela va se terminer?

    Comme d'habitude la centralisation des services dictée par le PLQ et son ministre de la santé Gaétan Barrette continue de nuire au fonctionnement des laboratoires congestionnés! Évidemment, le PM François Legault et la CAQ ne sont encore assez prompts à régler cette situation qui risque de conduire encore à un autre désastre sanitaire. Mais ça, ce n'est pas dans le projet 61 qu'on nous promet fumant!

  • Pierre Labelle - Abonné 3 août 2020 07 h 47

    Le trio virale!

    Oui nous allons longtemps nous souvenir de ce trio de millionnaires qui ont charcuter la RAMQ, et j'ai nommé: Couillard. Barrette et monsieur "primes", le suave Bolduc. Il faudra encore des années pour remettre sur les rails ce ministère, probablement que ne serai plus là pour en appécier les résultats. Mes enfants et petits enfants auront "peut-être" la chance de....

  • Yvon Bureau - Abonné 3 août 2020 10 h 36

    La salive

    c'est pour quand le test simple à partir de la salive?

  • Aimé Lagarde - Inscrit 3 août 2020 10 h 49

    Ma solution, comme dans chaque secteur où on manque d'employés qualifiés, tient en trois points: former, former et former. Or au Québec, comme en France et ailleurs en Francophonie, on est dans un goulot d'étranglement. Plus de 50 % des personnes en âge de travailler sont inaptes à recevoir quelque formation que ce soit, et il en sera ainsi tant que nos élites s'obstineront à mettre de l'avant une école rétrograde, où tout l'apprentissage est basé non pas sur l'acquisition pour la vie d'un système oral et écrit de communication logique, efficace et basé sur le senti, sur le concret plutôt que sur des considérations métaphysiques, liées au respect de civilisations mortes, censées nous dicter par exemple la seule façon normale et sophistiquée, de droit divin, de marquer encore en 2020 nos formes verbales, avec des désinences qui délecteront sans doute les latinistes attardés mais qui n'ont plus la moindre utilité au vingt-et-unième siècle... Sans compter les milliers d'ambiguïtés, de confusions, de contradictions qui parsèment la sacro-sainte orthographe du français.
    Rien de nouveau dans mes affirmations, l'OCDE déjà en 2012 nous informait de cet état de fait: l'incompétence de nos populations en littératie (lecture et écriture) est flagrante, établie et prouvée. Mais nous continuons à croire dur comme fer à la nécessité de former à l'école publique obligatoire pour tous des mandarins du français écrit, et à leur enseigner le crédo du chou, bijou, caillou, pou... À vos plumes, citoyens! Secouez vos perruques miteuses! Coiffez le bonnet du révolutionnaire de la contre-dictée!