Une résidence montréalaise a réussi à éviter complètement la COVID-19

Pour Judith Morlese (à l'arrière-plan, en rose), infirmière-cheffe au Pavillon Camille-Lefebve, il s'est avéré essentiel d’agir tôt et, souvent, de ne pas attendre les directives gouvernementales pour empêcher la contagion.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Pour Judith Morlese (à l'arrière-plan, en rose), infirmière-cheffe au Pavillon Camille-Lefebve, il s'est avéré essentiel d’agir tôt et, souvent, de ne pas attendre les directives gouvernementales pour empêcher la contagion.

Le Pavillon Camille-Lefebvre, à Lachine, est l’un des rares établissements de soins de longue durée de l’île de Montréal à avoir réussi l’impossible : éviter tout contact avec la COVID-19.

Ceux qui ont accompli cet exploit se comptent sur les doigts de la main. Outre Camille-Lefebvre, deux établissements privés situés dans le nord de la ville, un autre situé dans un hôpital et un plus grand établissement public ont pu éviter l’infection, selon les données des cinq CIUSSS de l’île.

Quelques autres, dont l’Hôpital chinois de Montréal, ont pu limiter la propagation à un ou à deux cas.

Le Pavillon Camille-Lefebvre accueille certains des patients les plus vulnérables à une pandémie, dont 18 qui ont besoin d’un respirateur à temps plein.

L’île de Montréal a été le point chaud de la pandémie, non seulement au Québec, mais dans l’ensemble du pays. En date de samedi, on y a recensé 28 883 depuis le début de la crise. Environ 80 % des décès liés à la COVID-19 dans la province sont survenus dans des résidences pour personnes âgées et des établissements de soins de longue durée.

Actions rapides

Selon Judith Morlese, infirmière-cheffe au Pavillon Camille-Lefebve, la chance n’est pas le seul facteur pouvant expliquer l’absence de cas dans cet établissement.

Selon elle, des actions rapides, des équipes dédiées au contrôle des infections et une communication constante avec le personnel ont été quelques-unes des clés de cette réussite. Elles sont autant de pistes à suivre pour d’autres établissements en cas de deuxième vague.

Mme Morlese dit qu’il est essentiel d’agir tôt et, souvent, de ne pas attendre les directives gouvernementales pour empêcher la contagion.

L’établissement a commencé à élaborer un plan de lutte contre la pandémie dès janvier. On ne signalait alors aucun cas dans toute la province. Il a pris très tôt la décision d’interdire les visiteurs et d’exiger de ses employés revenant de l’étranger qu’ils restent à la maison jusqu’à ce qu’ils soient déclarés négatifs.

 

En février, des réunions pour discuter de la pandémie se sont déroulées quotidiennement.

Les directives pour les employés étaient simples : rester à la maison et subir des tests dès l’apparition des premiers symptômes.

Au fur et à mesure que la crise a pris de l’ampleur, on est devenu plus nerveux au Pavillon Camille-Lefebvre. Les employés ont été rencontrés au début de chaque quart de travail pour leur rappeler de traiter tous les patients comme s’ils étaient positifs.

« Nous étions nerveux parce que nous voyions ce qui se passait. Nous nous sentions mal pour nos partenaires du réseau. Nous avions peur, se souvient Mme Morlese. C’est la vérité. Nous avions vraiment, vraiment peur. »

Elle souligne qu’une grande partie du succès de l’établissement repose sur le respect des simples directives sanitaires concernant la désinfection de l’équipement, le lavage des mains et le port d’équipement de protection.

Cependant, l’établissement a pu compter sur deux éléments que beaucoup d’autres n’avaient pas : une équipe de lutte contre les infections qualifiée et la capacité d’empêcher le personnel de travailler ailleurs.

France Nadon, une conseillère en contrôle des infections, mentionne que les employés à temps partiel ont été invités à ne pas travailler ailleurs s’ils voulaient demeurer au Pavillon.

Ceux qui sont restés se sont vus offrir un travail à temps plein. Cette mesure a permis à l’établissement d’éviter la pénurie de personnel constatée dans l’ensemble du réseau. Cette pénurie est l’un des facteurs ayant permis à la COVID-19 de faire autant de ravages, selon les autorités.

Des spécialistes de la lutte contre les infections étaient sur place pour répondre aux questions des employés et les former à l’utilisation des équipements de protection de manière appropriée, dit Mme Nadon.

Encore mieux préparés

De 10 à 15 employés ont été contaminés à l’extérieur de leur lieu de travail, mais aucun d’entre eux ne l’a transmis aux patients, ajoute-t-elle en rendant hommage à la vigilance dont ils ont fait preuve pour respecter les directives de la santé publique. « Ils ont respecté les règles, ils ont gardé leurs masques, ils se sont lavé les mains et leur visière », relate la conseillère en contrôle des infections.

Henry Siu, professeur agrégé de l’Université McMaster qui a étudié la préparation dans les établissements de soins de longue durée, affirme que les chercheurs étudient toujours les facteurs qui ont permis de lutter avec succès contre le virus.

Bien que beaucoup de choses soient inconnues, mais il reconnaît que les établissements qui ont été les premiers à adopter des mesures plus strictes peuvent avoir eu de meilleurs résultats. Et même si « la chance a probablement un rôle à jouer », les établissements proactifs, ayant des protocoles de contrôle des infections à jour et un leadership fort, « seront bien mieux équipés pour y faire face aux épidémies ».

M. Siu espère que les établissements de soins de longue durée canadiens seront mieux préparés lorsque la deuxième vague frappera le pays.

La vigilance, c’est bien, convient-il, mais il faut aussi régler les problèmes systémiques des réseaux, comme la mauvaise conception des établissements, les salaires peu élevés et les mauvaises conditions de travail qui obligent les travailleurs à occuper plusieurs emplois.

De son côté, Judith Morlese dit qu’ils seront encore mieux préparés en cas de deuxième vague, même si l’inquiétude ne disparaîtra pas totalement.

« Nous sommes moins stressés, car nous savons à quoi nous devons faire face », assure-t-elle.

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