Retour à l'école: un risque faible et des bienfaits, selon des experts

Un travailleur posant des écrans protecteurs à l’école primaire Saint-Romain, afin de limiter les risques de propagation lors du retour des élèves.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Un travailleur posant des écrans protecteurs à l’école primaire Saint-Romain, afin de limiter les risques de propagation lors du retour des élèves.

Le retour physique des enfants sur les bancs d’école prévu pour l’automne ne pose que peu ou pas de risques pour leur santé physique et très peu pour leurs enseignants, selon les études et expériences réalisées à ce jour dans plusieurs autres pays.

C’est ce que pensent plusieurs experts en santé interrogés mardi sur l’incidence potentielle du retour à temps plein des enfants en classe. Du moins pour ceux du primaire et du secondaire, hormis ceux des secondaires 4 et 5 qui pourraient n’avoir accès à l’école qu’à mi-temps, selon les établissements.

« Les études épidémiologiques que nous avons jusqu’à maintenant sont assez claires : la charge virale chez les enfants n’est pas plus importante que chez les adultes et ils ne sont pas des vecteurs du virus, comme on l’avait cru au début », affirme la Dre Marie-France Raynault, professeure émérite à l’École de santé publique de l’Université Montréal et chef du département de santé publique et de la médecine préventive au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Plus encore, les enfants semblent protégés par leur système immunitaire, beaucoup plus aptes à se défendre contre le SRAS-CoV-2, et s’avèrent beaucoup moins malades que les adultes quand ils le contractent. En effet, sur les 1975 cas de COVID recensés au Québec chez les moins de 20 ans à la mi-mai, seulement 36 (1,8 %) ont été hospitalisés. Seulement onze enfants de 2 à 19 ans ont été admis aux soins intensifs depuis le début de la pandémie et aucun décès n’a été déclaré chez les moins de 20 ans.

À la lumière de ces chiffres et des plus récentes données scientifiques, les spécialistes et les médecins interrogés jugent que la distance réduite à 1 mètre proposée pour les moins de 16 ans pour le retour en classe accroît très peu le risque d’infection.

On s’interroge toutefois sur le régime particulier suggéré pour les élèves de secondaire 4 et 5, sans réel fondement médical. « Dans tous les autres pays, ces élèves sont en classe comme les autres. Il n’y a pas plus de risques d’infection à 1 mètre à 16 ou 17 ans, qu’à 15 ans. Cette nuance est discutable, car il y a un prix à payer pour ces élèves en termes de socialisation », estime le Dr Karl Weiss, infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Par ailleurs, l’expérience observée dans certains pays où la reprise des cours date déjà de plusieurs semaines, comme la France, ou même de plusieurs mois (avril) comme le Danemark et la Norvège, démontre qu’il n’y a pas eu de résurgence des cas, ajoute la Dre Raynault.

En théorie, tous les guides stipulent qu’une distance de 2 mètres ou plus demeure l’écart idéal pour limiter la transmission à 1,3 % dans la population, dit-elle. Mais celle d’un mètre proposée à l’école réduit déjà de 80 % le risque de contracter le virus. À moins d’un mètre, le risque grimpe en théorie à près de 13 %, rappelle-t-elle, citant les données publiées dans la revue scientifique The Lancet.

« Ce qui est certain, c’est que malgré toute la bonne volonté des professeurs, l’enseignement à distance nuit beaucoup à certains élèves, et qu’en termes de santé publique pour ces jeunes, c’est important de renouer avec la présence physique à l’école. Si on tient au risque zéro, on devra alors attendre l’arrivée du vaccin. Mais actuellement, les cas d’infection diminuent et les décès aussi, c’est ce qui permet d’aller un peu plus loin, dit-elle.

Pour ce qui est des risques de contamination entre élèves et professeurs, cette experte les juge limités, compte tenu de ce qui a été observé ailleurs dans le monde. Selon une revue de littérature scientifique réalisée par l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), une enquête menée en France sur le cas d’un enfant symptomatique de 9 ans, ayant croisé 86 contacts dans trois écoles différentes, a démontré que 55 de ces contacts scolaires ont pu être testés et qu’ils étaient tous négatifs. En Australie, seulement 1,9 % des enfants en garderie et d’âge scolaire considérés comme des contacts étroits de cas ont été déclarés positifs. Une autre étude du même pays menée en milieu scolaire (primaire et secondaire) démontre que sur 863 contacts étroits générés par 18 cas d’infection, seulement deux étudiants ont obtenu un test positif.

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