Une deuxième vague à Montréal dès cet été?

La Santé publique n’exclut pas qu’une deuxième vague de la COVID-19 survienne durant l’été si les mesures de distanciation physique sont mal appliquées. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a présenté ses plus récents scénarios jeudi après-midi.

« Plus on recommence à avoir beaucoup de contacts, plus le virus a de capacité de se transmettre, a affirmé le médecin épidémiologiste, Gaston De Serres, lors d’un breffage technique à l’intention des journalistes.

« Évidemment, ça peut en plus se faire dans un moment où les conditions environnementales sont propices aux virus respiratoires comme on l’a à l’automne, mais ça pourrait même se produire durant l’été si on a des contacts qui sont extrêmement intenses avec aucune protection », a-t-il ajouté.

Les scénarios tentent de prévoir l’effet du déconfinement en fonction d’une forte adhésion aux mesures de distanciation physique préconisées par la Santé publique ou d’une faible adhésion. Le nombre de morts pourrait ainsi s’élever à 200 par jour en août, seulement dans le Grand Montréal, si les citoyens respectent peu la distance de 2 mètres entre les gens, l’étiquette respiratoire, les mesures de protection dans les commerces et l’isolement en cas de symptômes.

À l’inverse, une forte adhésion limiterait le nombre de décès en deçà de 50 par jour. Dans les deux cas, il s’agit du nombre médian. Ces deux scénarios ne tiennent pas compte du nombre de décès qui pourrait survenir dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Le Grand Montréal comprend les villes de Montréal et de Laval de même que les régions des Laurentides, de Lanaudière et de la Montérégie.

 

Le reste du Québec moins touché

La situation serait moins critique dans le reste du Québec où le nombre de décès quotidiens se compterait sur les doigts d’une main, mais augmenterait tout de même quelque peu si les mesures pour limiter la propagation du coronavirus étaient peu respectées.

L’INSPQ ne tient pas compte, pour l’instant, des voyages entre les régions qui surviendront avec le déconfinement de l’industrie touristique annoncé la veille par le gouvernement Legault et qui pourraient changer la donne. « J’ai déjà commencé à travailler sur le dossier, a indiqué le professeur titulaire de la Faculté de médecine de l’Université Laval, Marc Brisson. C’est de voir la proportion de gens qui bougent d’un endroit à l’autre au Québec par région pour être capable de l’intégrer ensuite dans le modèle. »

L’incidence de ces voyages dépend également de la prévalence de la maladie dans chaque région, combien de gens se déplacent, combien de temps ils demeureront dans la région d’accueil et où ils resteront durant leur séjour. Des données laborieuses à anticiper.

« Le message qui doit être clair, c’est que les gens qui veulent aller dans d’autres régions doivent être encore plus stricts dans leur maintien des mesures de précaution pour ne pas risquer justement d’éparpiller le virus dans des régions qui en sont actuellement épargnées », a ajouté M. De Serres.

Le respect de la distanciation

C’était la troisième fois que l’INSPQ dévoilait ses projections depuis le début de la pandémie, ce qu’elle a fait avec davantage de transparence cette fois.

Il y a un mois, l’Institut avait dû défendre son indépendance après avoir publié de sombres projections pour le Grand Montréal sur son site Internet en fin d’après-midi un vendredi. Ses chercheurs prévoyaient alors 150 morts par jour en juillet avec le déconfinement, ce qui correspond au scénario d’une faible adhésion aux mesures de distanciation physique présenté jeudi.

Les nouveaux scénarios tiennent compte du fait que la réouverture des écoles montréalaises a été repoussée en septembre et que les commerces du Grand Montréal ont seulement rouvert lundi.

Une forte adhésion aux mesures de distanciation comprend entre 60 % et 80 % de contacts protégés à l’extérieur du domicile et entre 75 % et 90 % d’isolement à la maison. L’INSPQ définit une faible adhésion par des contacts moins souvent protégés dans une proportion de 0 % à 40 % et entre 60 % et 75 % d’isolement.

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