La transmission communautaire est en hausse à Montréal

Une femme assise sur un banc a revêtu des gants et un masque, dans Parc-Extension.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Une femme assise sur un banc a revêtu des gants et un masque, dans Parc-Extension.

La transmission communautaire s’amplifie dans la métropole. On compte quotidiennement entre 200 et 300 nouveaux cas de COVID-19 associés à de la transmission en « milieu ouvert ou inconnu » sur l’île de Montréal ces derniers jours, alors que la moyenne pour le mois d’avril était d’environ 175. À l’inverse, la transmission dans les CHSLD, les hôpitaux et parmi les travailleurs de la santé est en baisse. Ces valeurs dépendent évidemment du taux de dépistage, eux aussi en évolution, pour chacun des groupes.

Pour la première fois mercredi, la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal rendait public un bilan détaillé de l’épidémie de coronavirus sur son territoire. On y distingue les cas en fonction du contexte d’exposition : en milieu fermé (hôpitaux, CHSLD, ressources intermédiaires, résidences privées pour aînés, centre de réadaptation), en milieu ouvert ou inconnu, ou chez les employés de la santé.

Depuis le 3 mai, la majorité des cas sont issus d’une transmission en milieu ouvert ou inconnu. Ainsi, malgré le confinement à domicile d’une bonne partie de la population, la plupart des cas nouvellement recensés de COVID-19 proviennent d’une exposition à la maison, à l’épicerie, dans la rue, ou ailleurs en société.

Le nombre de nouveaux cas issus d’une transmission en milieu fermé est quant à lui en diminution depuis le début du mois. En avril, on comptait en moyenne environ 160 nouveaux cas par jour associés à ce type de transmission. Pour la dernière semaine figurant au bilan de la DRSP (du 5 au 11 mai), la moyenne quotidienne est plutôt de 100. Chez les travailleurs de la santé, le nombre de cas détectés chaque jour est passé d’une moyenne de 95, en avril, à moins d’une cinquantaine.

Comment expliquer la hausse du nombre de cas liés à une exposition communautaire ? Selon l’attachée de presse du comité exécutif de Montréal, Laurence Houde-Roy, l’augmentation du nombre de tests de dépistage depuis une semaine, notamment grâce aux cliniques mobiles, ferait partie des raisons.

« Il est certain que la transmission communautaire dans les quartiers nous préoccupe, ajoute-t-elle dans une réponse écrite. Voilà pourquoi nous distribuons des masques dans les quartiers et souhaitons de l’aide [financière des gouvernements] en ce sens. Nous souhaitons également continuer de faire preuve de prudence quant au processus de déconfinement. »

 

Dans le rapport de la DRSP, on peut notamment constater une hausse de la transmission communautaire à Mont-réal-Nord et à Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles — qui sont les deux arrondissements comptant le plus grand nombre de cas de COVID-19 pour 100 000 habitants. La transmission parmi le personnel de santé y est également considérable. Respectivement, 24 % et 27 % des diagnostics positifs concernent des soignants dans ces deux arrondissements, alors que ce taux est de 19 % pour l’île entière.

Selon l’épidémiologiste Nimâ Machouf, la hausse de la transmission communautaire, dans ces quartiers comme ailleurs, découle justement des éclosions en milieu médical.

« L’épidémie communautaire, c’est la suite des CHSLD. La courroie de transmission, ce sont les travailleurs de la santé. C’est la même épidémie. Un employé de la santé peut contaminer un proche, et si celui-ci travaille à l’épicerie du coin, les gens seront exposés », dit-elle.

La Dre Machouf croit ainsi que la hausse de la transmission communautaire arrive avec quelques semaines de décalage par rapport au système de la santé. Et si la transmission en milieu fermé diminue, c’est parce que beaucoup de résidents de CHSLD ont été testés et que les mesures appliquées dans ces résidences « sont bonnes ».

Plus largement dans la communauté, « il y a trop de transmission qui se fait encore », croit-elle.

« Il faut vraiment mettre les bouchées doubles, tester beaucoup de gens, détecter le plus rapidement possible tous les cas positifs, et les confiner à la maison », ajoute cette spécialiste de santé publique. Avec 2003 décès en date de lundi soir, soit plus de 97 par 100 000 habitants, l’île de Montréal est l’une des métropoles les plus touchées dans le monde par la pandémie.

Même si la réouverture de certains commerces est prévue le 25 mai dans la métropole, un nouveau report semble probable.

« Si la situation ne s’améliore pas, nous n’allons pas rouvrir. Donc, nous devons voir une amélioration », a déclaré mercredi le premier ministre, François Legault, lors de la conférence de presse quotidienne. Pour la première fois depuis le début de la crise, il sera de passage à Montréal jeudi et vendredi. Il doit rencontrer la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et les autorités de Santé publique.

Type de transmission

Le milieu d’exposition probable des cas de COVID-19 ne fait pas partie des données rendues publiques quotidiennement par l’Institut national de santé publique du Québec. Jusqu’à récemment, l’Agence de santé publique du Canada (ASPC) donnait ces informations dans son bilan épidémiologique quotidien, mais ce n’est plus le cas maintenant. La grande majorité des cas figurant à ce bilan, fin avril, étaient toutefois d’origine inconnue.

En Ontario, le médecin hygiéniste en chef, David Williams, disait la semaine dernière que 55 % des nouveaux cas étaient liés à une forme ou à une autre de transmission communautaire, et que le reste émanait de foyers de soins pour aînés.

À voir en vidéo


Une version précédente faisait état de plus de 960 décès par 100 000 habitants à Montréal. Or, il s'agit plutôt de 97 décès par 100 000 habitants. Nos excuses.

8 commentaires
  • André Leclerc - Abonné 14 mai 2020 09 h 25

    La transmission communautaire : Québec Vs Suède

    La Suède ayant compté sur la transmission communautaire afin de développer l’immunité de masse a mis sous pression son système hospitalier avec des pics de patients aux soins intensifs qui mettaient au défi la capacité du système (230 au Québec Vs 540 en Suède). La Suède, sauf erreur, a déjà lancé une enquête sur le sujet.
    Mais le nombre de décès à Montréal et à Stockholm est comparable. Les deux centres urbains ont des densités de population similaires (4,780 h/km2 pour l’île de Montréal et 4,200 h/km2 pour la région urbaine de Stockholm). Le nombre de décès au 13 mai était de 2,063 à Montréal (100 décès/100,000 habitants et 65% des décès au Québec) et d’environ 1,650 à Stockholm (103 décès/100,000 et 50% des décès en Suède). Si on divise les ratios de décès/100,000 habitants par la densité, le facteur est de 0.021 à Montréal et de 0.024 pour la région urbaine de Stockholm.
    La situation à l’extérieur de ces grandes métropoles est aussi comparable, bien que la densité au Québec soit de beaucoup inférieure à celle du reste de la Suède. Mais ce n’est pas l’ensemble du territoire québécois qui est habité contrairement à la Suède. Il y a donc environ 18 décès/100,000 habitants dans le reste du Québec et 20 décès/100,000 dans le reste de la Suède.
    Pour l’ensemble du Québec ou de la Suède, les décès sont de 80% à 90% chez les gens de 70 ans et plus et vivant en milieu de soins de longue durée.
    En fermant boutique, le Québec semblait vouloir ralentir la transmission communautaire : réussi en partie car le système hospitalier a été épargné. Mais le problème des soins aux aînés, même s’il n’est pas unique au Québec, est certainement le point critique. C’est ce qui va prolonger la courbe des décès. Pourquoi plus au Québec qu’en Ontario? La question de la semaine de relâche devrait être considérée avec plus de rigueur. Il y a eu 3.7 et 1.8 fois plus d’arrivées internationales en Ontario et en Colombie-Britannique qu’au Québec en janvier et février.

    • Sebastien Nobert - Inscrit 14 mai 2020 12 h 45

      Je crois que l'article de Tracey Lindeman dans le Guardian de Londres, explique bien pourquoi, en partie, Montreal est une catastrophe : https://www.theguardian.com/world/2020/may/13/coronavirus-montreal-canada-hit-hard et nous n'avons pas besoin de nous comparer à la Suède, puisque cette dernière possède un tissu social plus solide que le Québec. Montréal se distingue par ses inégalités et les traitements différenciés de ses populations qui sont moins extrêmes à Stockholm. On semble aussi oublier l'importance du bâti, alors qu'à Montréal la qualité du bâti est trop souvent inexistante, cela n'est pas le cas à Stockholm et même dans les HLM. À Montréal l'idée est de maximiser le profit des entrepreneurs et des promoteurs immobiliers et se foutant du bien-être des locataires, alors qu'à Stockholm on considère dans ses calculs une certaine qualité pour les résidents. Prenez le cas de nombreux immeubles montréalais dans lesquels les occupants partagent les mêmes conduites d'évacuation de cuisine (les 'fans'), non seulement les occupants sentent la nourriture de leurs voisins, mais avec un diamètre de 1 micron, le virus se retrouve rapidement dans la cuisine/l'assiette de l'autre, etc. La Suède a des connduites indépendantes par dans ses HLM et donc partout ailleurs. Ce n'est là qu'un simple exemple anodin, mais il y en a trop pour pouvoir comparer rigoureusement dans le peu d'espace alloué ici. Montréal souffre de disinvestissements prolongés, de concuspicence généralisée et d'individualisme outrancier qui nous ont mené vers une société désintéressée par le sort des autres. Nous sommes donc tous responsables, car les voix des plus démunis sont trop souvent étouffées et banalisées dans une société qui déteste discuter de ses problèmes et qui veut éviter la critique à tous prix. Il vaudrait mieux coparer Montréal à Milwaukee (Wi) ou à Pittsburgh (PA).

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 14 mai 2020 14 h 14

      Je serais aussi curieuse que les médias s'interessent et décortiquent les méthodes de comptage, pas mal sûr qu'on trouverait une explication là aussi.

    • André Leclerc - Abonné 14 mai 2020 16 h 40

      M. Nobert,
      Vous faites bien de signaler les divergences entre la Suède et le Québec et je suis d’accord avec vous que nous avons tendance à surestimer nos valeurs d'empathie et de générosité. J'ai comparé le Québec et la Suède, Montréal et Stockholm, parce que ce sont des sociétés qui se réclament "social-démocrate" et qui se ressemblent sur plusieurs aspects. Ce n'est pas le cas des villes américaines dont les systèmes de santé ne sont pas comparables et où les écarts de revenus et de richesse sont plus importants qu'au Québec ou en Suède. De plus, les chiffres aux États-Unis n’incluent pas toujours les décès en centres de soins de longue durée (application récente et inégale).
      J'ai aussi comparé le Québec et la Suède en raison justement des résultats semblables malgré le confinement en apparence plus sévère au Québec et qu'à la base, dans les deux cas, le principal problème (et non le seul), vient des résidences de soins aux aînés. Donc, malgré les similitudes entre les systèmes, il y a certainement des divergences qui ont aggravé la situation au Québec. Et l'une de ces divergences est sans doute le niveau d'impréparation des CHSLD malgré la connaissance que nous avions de la vulnérabilité des aînés. La priorité a été mise sur le nombre de lits en milieu hospitalier et la capacité des soins intensifs alors que les aînés n'ont même pas eu le temps ou la capacité d'atteindre le milieu hospitalier dans bien des cas. Deuxièmement, la gestion du personnel en CHSLD, justement parce que nous avions oublié ceux-ci, a fort probablement introduit un facteur de propagation (roulement et transfert de personnel, incapacité de remplacer ceux qui tombaient malades, retours prématurés des "guéris", dépistage et traçage insuffisamment ciblés en général). C’est d’autant plus frustrant sachant, par expérience, que le personnel dans le système de santé est tout à fait compétent et fortement dévoué aux patients.
      Le Québec et la Suède ont beaucoup à apprendre de la COVID.

  • André Leclerc - Abonné 14 mai 2020 13 h 09

    La transmission communautaire à Montréal - suite

    Je n'ai pas l'habitude de faire un deuxième commentaire sur le même sujet mais là, je ne peux pas résister. Si vous avez une chance, allez voir les photos du rassemblement tenu le 12 mai dans la communauté juive de Montréal arrondissement Outremont pour la fête Lag Ba'omer.
    https://www.ledevoir.com/politique/montreal/578913/la-communaute-juive-ultra-orthodoxe-de-montreal-fete-la-lag-ba-omer
    Dites-moi si la distanciation physique était respectée. Dites-moi si toutes ces personnes qui se tiennent à moins de 2 mètres les uns des autres vivent à la même adresse. Dites-moi si c'est acceptable? Si je dis que c'était inacpable, on me traitera probablement de raciste; ce qui n'est absolument pas le cas. Mais considérant la situation à Montréal, la difficulté de prévoir comment vont évoluer les courbes de contamination et des décès afin de relâcher un peu la pression sur l'économie ou le retour en classe, laissez-moi douter de la pertinence de ce rassemblement. Et depuis le 12 mai, je suppose que tous ces gens se sont volontairement mis en quarantaine!? Que tous ces gens ne sont pas allés ni au marché, ni à la pharmacie ou à la quincaillerie?
    Ceci ainsi que les deux mariages qui ont fait pas mal de bruit début mars et autres rassemblements à Montréal et Laval font que la communauté juive doit des explications au reste de la population. Et ces gens n'ont ramassé aucun constat pour les rassemblements illégaux? Les policiers n'auraient donc pas vu ce que le photographe Jean-François Leblanc a capturé?
    Tous ces beaux religeux orthodoxes pourront-ils avoir accès à des tests demain matin? Le Québec sera-t-il en position de faire le traçage de tous ceux qui seront déclarés positifs?
    Pas demain la veille d'un semblamt de répit dans les courbes!
    Désolé pour la montée de lait!

  • Daniel Gendron - Abonné 14 mai 2020 16 h 08

    Un modèle québécois

    Je lutte contre la covide. Je reste à la maison sauf pour les sorties essentielles dont le travail.

  • Jo Demers - Inscrite 15 mai 2020 04 h 27

    On ouvre les écoles pis les garderies les commerces let,s go Montreal en region on va se promener pis on se demande pourquoi c,est en hausse mon chat a compris et est plus vite que nos coquilles vides élues oups c,est vrai on veut vraiment que vous le pognez mettre vos masques le gros méchant virus est la quand sa va passer on va nous faire accroire que le CONfinement les gants les masques pis le nettoyage en fou auront eu raison du virus pour justifier leurs abus nos élues sont toute fourrer dans leur menteries !!!!

  • Lysanne Lavallée - Abonnée 15 mai 2020 12 h 44

    La transmission communautaire

    J'ai remarqué depuis quelques temps le fait que les piétons, cyclistes et coureurs de mon quartier, portent de moins en moins le masque et que dans l'ensemble les règles du 2 mètres ne sont pas ou peu respectées et ce, même dans les commerces que je fréquente, un certain nombre de clients ne portent également pas le masque. Il faudrait que les citoyens apprennent et fassent preuve de plus de respect et de savoir-vivre, dans leur façon d'agir et de se comporter vis-à-vis les autres usagers de l'espace public. Cela fait pitié de voir comme ces comportements sont de plus en plus absents dans nos communautés.