L’hôpital Sacré-Coeur placé sous haute surveillance

Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a confirmé qu’une opération majeure de dépistage était en cours à l’hôpital Sacré-Coeur.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal a confirmé qu’une opération majeure de dépistage était en cours à l’hôpital Sacré-Coeur.

L’ensemble du personnel et des patients de l’hôpital Sacré-Cœur sera dépisté au cours des prochains jours en raison d’éclosions de COVID-19 survenues dans plusieurs unités depuis deux jours, forçant l’établissement à rediriger les soins gériatriques et orthopédiques vers d’autres hôpitaux.

Selon certaines sources, ces éclosions ont même forcé la fermeture momentanée de l’urgence jeudi, le temps de décontaminer l’espace. Sans pouvoir dire combien de personnes seraient touchées, le CIUSSS du Nord-de-l’Île de Montréal a confirmé vendredi qu’une opération majeure de dépistage était en cours dans cet hôpital qui compte plus de 4000 employés, 480 médecins et pas moins de 540 lits d’hospitalisation. Ce CIUSSS affirme que l’urgence fonctionne normalement et que le personnel infecté sera placé en quarantaine.

Des éclosions avaient déjà été signalées cette semaine dans cinq unités sur quatre étages, où 25 patients traités en oncologie et en hémodialyse ont été infectés. Deux en sont morts. Ces événements majeurs s’ajoutent à ceux qui se multiplient dans le réseau hospitalier de la métropole.

Des éclosions ont été aussi rapportées dans sept unités de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et une à l’hôpital Santa Cabrini depuis avril, selon le CIUSSS de l’Est-de-l’île-de-Montréal, qui affirme qu’elles ont été rapidement maîtrisées.

D’autres éclosions ont frappé les hôpitaux de Verdun et Fleury, bien que partout, des zones « chaudes » et « froides » soient normalement en place pour isoler les patients atteints de la COVID-19 des autres. Une éclosion est aussi survenue à l’Hôpital général de Montréal, du Centre universitaire McGill (CUSM), où six patients et dix membres du personnel ont été déclarés positifs, et une trentaine mise en quarantaine préventive.

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Étanchéité mise à l’épreuve

L’étanchéité entre les zones chaudes et froides des urgences et des unités de soins des hôpitaux, et entre les hôpitaux et les CHSLD est de plus en plus mise à rude épreuve. « Un membre du personnel infecté est passé d’une zone à l’autre et ça ne devrait pas. C’est clair qu’il y a eu un bris de protocole », a déploré un médecin de l’hôpital Sacré-Cœur de Montréal.

Après l’épidémie vécue dans les CHLSD en raison du mouvement de personnel, on craint que ne se répète la même erreur dans les hôpitaux, et entre les établissements jugés « chauds » et « froids ». Des médecins venus prêter main-forte aux CHSLD éprouvés dénoncent qu’au cours de la même semaine, on leur demande d’aller et venir entre leur hôpital et des CHSLD.

« Il faut stopper les échanges entre ces milieux de soins, sinon on risque la catastrophe », soutient le président de l’Association des spécialistes de la médecine d’urgence, le Dr Gilbert Boucher.

Selon le Dr Stéphane Ahern, interniste à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, la gestion des « zones froides » se complique un peu plus chaque jour, compte tenu des patients asymptomatiques. « C’est là où se produisent le plus d’éclosions, car les gens y arrivent sans aucun symptôme suspect, y reçoivent des soins, puis sont déclarés positifs. On a reçu à l’urgence une patiente de 95 ans totalement asymptomatique ! » dit-il.

Or, en zone « froide », le personnel ne dispose que de masques et de gants. « Plus le temps va passer, plus le virus sera présent dans les hôpitaux. Il va falloir revoir entièrement la façon de gérer nos ressources médicales et matérielles pour prévenir des contaminations », estime le Dr Ahern.

Plusieurs urgences, dont celle de l’Hôpital général Juif, dotent tout leur personnel de visières, de masque et de gants, en zones froides ou chaudes. « Tous les patients en zone froide sont accueillis comme des cas potentiels. Au final, on réalise que 3 à 5 % [d’entre eux] sont infectés. C’est peu, mais ça demande énormément de précautions, car il faut rationner nos EPI », explique le Dr Boucher.

Le rationnement des équipements de protection individuelle (EPI), critique dans les CHSLD, se fait aussi sentir dans certains hôpitaux. « Il va falloir dépister plus de malades, avoir plus d’EPI et généraliser le port du masque à tous les patients. C’est sûr que ça va évoluer au cours des prochaines semaines », ajoute le Dr Ahern, qui siège au Comité des infections nosocomiales du Québec.

Ce dernier craint que des patients ne mettent leur vie en danger en retardant leur visite à l’hôpital par crainte d’y être infectés. « Il faut rassurer les gens et s’assurer que les hôpitaux soient plus sécuritaires », insiste-t-il.

 

Sur deux fronts

Mais plusieurs spécialistes appelés en renfort en CHSLD affirment qu’on place actuellement les hôpitaux à risque en bafouant le principe des zones « chaudes et froides », au péril des patients et du personnel. « J’ai l’impression de m’être exposé au virus et j’ai été surpris de voir des patients froids partager la chambre de patients positifs, et les mêmes aires communes que les autres », confie un jeune médecin résident qui a requis l’anonymat.

La configuration d’hôpitaux vétustes, où plusieurs patients partagent la même chambre, pose parfois un casse-tête insoluble. Des hôtels, dont celui de la Place Dupuis, rue Saint-Hubert à Montréal, viennent d’être réquisitionnés pour loger des patients atteints de la COVID-19 et dégager les étages de plusieurs hôpitaux.

Le respect strict de ces protocoles est pourtant possible. « Nous avons des équipes séparées pour les zones froides et chaudes, et ça reste étanche. Même les salles de radiologie sont distinctes et nettoyées après chaque patient », donne en exemple la Dre Laurie Robichaud, urgentologue à l’Hôpital général Juif.

Depuis le début de l’épidémie, on y a recensé que trois cas de contagion au sein du personnel. Mais l’urgence, toute neuve, dispose de chambres individuelles pour tous les patients reçus à l’urgence, placés en zone chaude ou froide.