Les usagers des CHSLD et des résidences veulent être plus consultés

Une résidente du centre Herron, à Dorval, regardant par la fenêtre, samedi dernier. Le CHSLD a enregistré 31 décès depuis le 13 mars, dont au moins 5 des suites de la COVID-19.
Graham Hughes La Presse canadienne Une résidente du centre Herron, à Dorval, regardant par la fenêtre, samedi dernier. Le CHSLD a enregistré 31 décès depuis le 13 mars, dont au moins 5 des suites de la COVID-19.

Les résidents des CHSLD et des maisons pour aînés veulent être consultés sur leur sort. C’est le message simple et limpide que le Regroupement provincial des comités des usagers lance au gouvernement du Québec, alors que la découverte de la « catastrophe humanitaire » au centre Herron, à Dorval, ébranle la société québécoise.

Québec a révélé vendredi que, depuis le 13 mars, 31 personnes ont perdu la vie, dont au moins 5 des suites de la COVID-19, dans ce centre de Montréal. L’unité des crimes majeurs du Service de police de la Ville de Montréal va mener une enquête.

« On doit s’assurer que certains services sont offerts et qu’ils sont de qualité suffisante », dit au Devoir Patricia M. Gagné, directrice générale du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU). « Comme mandataire, en temps de pandémie, on demande évidemment de jouer notre rôle pleinement. Dans certains établissements, nous sommes partie prenante ; dans d’autres, nous ne sommes pas une priorité. Nous revendiquons que les comités de résidents soient partie prenante de l’information et des communications au sein de leur institution. Nous voulons être informés et, idéalement, nous voulons participer à la prise de décision. »

Y a-t-il des endroits où on a “joué avec la vie” des résidents et du personnel de CHSLD, et ce, de manière volontaire ? C’est ce qui semble transpirer du cas du CHSLD Herron

 

Le RPCU représente plus de 650 comités d’usagers et de résidents de centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et de résidences privées pour aînés. Le mandat confié au regroupement par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) en fait le gardien des droits des pensionnaires et de la qualité des soins qui leur sont offerts.

Le centre privé Herron a fait la manchette à plusieurs reprises au cours des dernières années, toujours pour les mauvaises raisons, rappelle Mme Gagné. Elle dit que son comité des usagers a démissionné en bloc en 2017.

« Dès le début de la crise, le gouvernement a voulu protéger la clientèle des CHSLD en imposant des mesures sévères d’isolement qui ont pris de court les résidents et leurs proches, ainsi que le personnel et les gestionnaires du réseau, dit-elle. Mais ces mesures ont-elles été respectées ? Y a-t-il des endroits où on a “joué avec la vie” des résidents et du personnel de CHSLD, et ce, de manière volontaire ? C’est ce qui semble transpirer du cas du CHSLD Herron […] où il semblerait que les mesures n’ont pas été prises par la propriétaire pour protéger les résidents et ses employés, qui ne portaient pas les équipements de protection personnelle requis pendant leurs interactions avec les résidents. »

Plus de 6000 bénévoles œuvrent dans les comités d’usagers ou de résidents répartis sur tout le territoire. Les pensionnaires souffrent souvent de problèmes cognitifs qui les empêchent de remplir des tâches complexes. Les familles et les proches prennent souvent le relais. Évidemment, pour eux comme pour tout le monde, en ce moment, les rencontres et discussions se font par vidéoconférence.

Mme Gagné elle-même ne siège à aucun groupe gouvernemental de gestion de la crise. « On aurait souhaité le faire, c’est sûr. On est partenaire du MSSS. »

La clé, c’est de participer

Une première partie de l’entrevue a eu lieu après les révélations concernant les problèmes majeurs au CHSLD de Sainte-Dorothée, un des six centres les plus touchés par la pandémie, selon la liste fournie par le premier ministre Legault la semaine dernière.

« À Sainte-Dorothée, le comité de résidents n’est pas très, très actif, dit Mme Gagné. C’est un exemple d’un comité de résidents qui n’est pas partie prenante des décisions de gestion. On peut faire des hypothèses pendant longtemps sur ce qui s’est passé là-bas. On sait qu’il y a un grand problème. C’est difficile pour nous de juger les décisions de gestion prises et de vraiment savoir ce qui est arrivé. On ne peut pas s’avancer. Nous, tout ce qu’on peut demander, c’est que le comité de résidents soit vraiment partie prenante. »

Elle souligne également, comme le premier ministre Legault, la nécessité de tirer des leçons globales de la tragédie en cours. « Quand la crise va être sous contrôle, je veux qu’on revoie toutes nos façons de faire dans les résidences pour les personnes âgées », a dit François Legault samedi, en dévoilant l’ampleur de la catastrophe au centre Herron.

« On le savait que les CHSLD, c’était un peu l’angle mort du réseau, dit la présidente Gagné. Là, on en voit l’illustration flagrante. Il va même falloir prendre le leadership et faire des recherches pour comprendre ce qui s’est passé et ne plus reproduire ce qu’on constate, et qui est dramatique. »