La situation se dégrade dans les centres d’hébergement pour aînés

Selon des chiffres rendus publics, plus de 60% des CHSLD du Québec rapportent un ou plusieurs cas confirmés ou suspectés de COVID-19.
Photo: iStock Selon des chiffres rendus publics, plus de 60% des CHSLD du Québec rapportent un ou plusieurs cas confirmés ou suspectés de COVID-19.

La pression monte dans les milieux où vivent plus de 145 000 personnes âgées au Québec, souvent peu équipés pour soigner les malades atteints de la COVID-19.

Étant donné que 566 des quelque 2600 milieux de vie pour aînés au Québec sont maintenant frappés par la COVID-19, le gouvernement Legault maintient qu’il faut éviter le plus possible le transfert de ces personnes vers les hôpitaux et soigner les malades âgés sur place, dans des unités séparées.

C’est du moins ce qu’ont répété jeudi en point de presse le premier ministre, François Legault, et la ministre de la Santé, Danielle McCann, interrogés sur la flambée de cas à laquelle assistent divers centres hébergeant quelque 150 000 personnes âgées au Québec.

Malgré l’inquiétude grandissante de plusieurs familles, le premier ministre Legault et le directeur de la santé publique, Horacio Arruda, ont refusé jeudi de rendre publique la liste des établissements touchés et le nombre précis d’aînés atteints, invoquant la confidentialité des résidents et du personnel. Ce dernier a affirmé que tous les gestionnaires de résidences où se trouvent des cas devraient « idéalement » contacter les familles pour les tenir informées.

C’est primordial, dans les CHSLD, même au niveau des résidences privées, qui ont un certain personnel, de donner les soins sur place quand c’est possible, […] pour ne pas transférer la personne à l’hôpital

Les chiffres rendus publics jeudi fixent à 165 sur 269 les CHSLD publics et privés conventionnés rapportant un ou plusieurs cas confirmés ou suspectés de COVID-19, soit plus de 60 % des CHSLD du Québec. 204 résidences privées pour aînés (RPA) sur 1743 recensent aussi des cas, de même que 12 ressources intermédiaires ou familiales sur 83.

Ces derniers jours, des éclosions importantes ont entraîné des décès et des dizaines d’infections, notamment au CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci à Montréal (7 décès et 25 infections), au CHSLD La Flèche de Shawinigan (3 décès et une quarantaine d’infections), dans plusieurs CHSLD de Laval (4 décès), alors que 6 décès étaient confirmés à l’aile gériatrique de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont jeudi.

Manque de locaux

Pressés de questions à ce sujet, le premier ministre Legault a affirmé qu’il n’était pas souhaitable de transférer des aînés. « C’est primordial, dans les CHSLD, même au niveau des résidences privées, qui ont un certain personnel, de donner les soins sur place quand c’est possible, […] pour ne pas transférer la personne à l’hôpital. Si c’est requis, oui, on va transférer la personne à l’hôpital. Mais il faut donner les soins le plus possible sur place », a renchéri la ministre McCann.

La ministre estime qu’en créant des unités de vie distinctes et des équipes séparées, il est possible de limiter la contagion en cours. On compte sur la réorganisation « du travail pour justement diminuer le nombre de personnes […] en contact dans une résidence donnée », a-t-elle précisé.

Or, CHSLD et RPA se disent parfois incapables de créer de telles conditions, notamment les petits milieux dépourvus de locaux ou de personnel suffisant pour créer des équipes distinctes. « Beaucoup de résidences sont occupées à 99 % et n’ont pas de place pour créer des “zones chaudes” », affirme Yves Desjardins, p.-d.g. du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA).

 

Une quinzaine de CHSLD auraient reçu ces derniers jours l’ordre des autorités de santé d’accueillir en leurs murs des patients atteints de la COVID-19 venus de résidences privées ou d’hôpitaux. Le ministère de la Santé n’a pas été en mesure jeudi soir de confirmer le nombre de CHSLD visés par cette mesure.

C’est toutefois le cas du Centre d’hébergement de l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe, qui loge 400 personnes et qui a dû accueillir 25 patients atteints de la COVID-19 sur un de ses étages inoccupés. Une situation qui inquiète les employés, qui craignent que cette trop grande proximité n’entraîne la contamination des autres résidents.

Le loup dans la bergerie

Pour le Regroupement provincial des comités d’usagers (RPCU), cette situation revient à « introduire le loup dans la bergerie ».

« Nos préposés donnent des soins et des repas à cinq, six, sept résidents. Ils n’ont pas d’équipement pour donner des soins aigus à de grands malades », affirme Patricia Gagné, directrice du RPCU. Selon celle-ci, certains employés commencent à invoquer leur droit de « refus de travailler » en raison du risque posé par cette cohabitation.

Mais le ministre Legault a bon espoir de pouvoir compter sur le personnel, en raison de la hausse de 4 $ du salaire horaire annoncée pour les préposés. Quand il a dit comprendre le souhait des Québécois qui souhaitent retirer leurs parents confinés dans des résidences aux prises avec des cas d’infection, le directeur de la santé publique a plutôt affirmé que « ce n’est pas une bonne idée d’aller rejoindre des parents qui sont dans le groupe à risque si on est dans une zone où ça chauffe ».