Premier décès à Montréal d’un itinérant atteint du coronavirus

L’homme décédé logeait dans la résidence de la Maison du Père, où il avait sa propre chambre, et non au refuge.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’homme décédé logeait dans la résidence de la Maison du Père, où il avait sa propre chambre, et non au refuge.

Un itinérant qui avait contracté le coronavirus est décédé dimanche à Montréal, ce qui a créé une onde de choc à la Maison du Père, où il résidait.

L’homme décédé logeait dans la résidence de la Maison du Père, où il avait sa propre chambre, et non au refuge. « Ça vient nous chercher dans nos tripes. On s’attache à eux », explique François Boissy, p.-d.g. de la Maison du Père.

M. Boissy ignore si la COVID-19 est responsable de ce décès, car l’homme souffrait d’autres problèmes de santé. Reste qu’avec la Direction de la santé publique, il a fallu recenser tous ses déplacements et tous les employés qu’il avait côtoyés. Cinq personnes ont été placées en isolement préventif.

Dimanche, la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, avait indiqué que trois cas de contamination au coronavirus avaient été détectés chez les personnes en situation d’itinérance.

État d’urgence

Ce décès survient alors que Montréal a pris les grands moyens pour mieux desservir les personnes en situation d’itinérance. L’état d’urgence décrété par l’administration Plante la semaine dernière permettra à la Ville de procéder à l’ouverture de cinq centres en plein air pour venir en aide aux sans-abri. Les deux premiers ont été installés au square Cabot et à la place Émilie-Gamelin. Trois autres verront bientôt le jour au parc Jeanne-Mance, au parc Lalancette et à la place du Canada.

En plus de l’ancien hôpital Royal Victoria, qui pourra accueillir des itinérants atteints par la COVID-19 ou en attente d’un diagnostic, la Ville a réquisitionné un hôtel pour cette clientèle. « C’est rassurant de voir que les choses bougent. Ça apporte un meilleur soutien aux personnes en situation d’itinérance, mais aussi aux travailleurs communautaires, qui étaient très inquiets et en colère », explique Annie Savage, directrice par intérim du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

Plusieurs organisations œuvrant auprès des itinérants étaient déjà en manque d’effectifs ou s’accommodaient d’un budget serré avant la crise du coronavirus. Ils se retrouvent maintenant en situation difficile, et certains ont dû suspendre leurs activités temporairement. « Nous avons été identifiés comme un service essentiel, mais nous dépendons de donateurs qui se sont évaporés avec la crise. Nous avons dû annuler certains projets de collecte de fonds », fait valoir Matthew Pearce, président et chef de la direction à la Mission Old Brewery. « On a une perte de revenus importante et une augmentation de nos dépenses. »

Il souhaite maintenant que les promesses de financement du gouvernement fédéral se concrétisent. Le 18 mars dernier, le premier ministre Justin Trudeau avait annoncé l’octroi de 157 millions de dollars pour les refuges pour itinérants. Sauf que l’argent se fait toujours attendre.

Matthew Pearce espère que Québec, qui doit distribuer l’argent, versera une première tranche rapidement pour voir au plus pressant. « Sur tous les plans, la COVID-19 est un désastre. Le mieux qu’on peut faire, c’est de protéger les plus vulnérables », dit-il.